Sainte-Merde : une critique de Saint-Amour, de Gustave Kerven et Benoît Delépine

Le 30 juin 2016, par Christophe Siébert

« Comme j’aime à le dire : le Salon de l’agriculture, c’était notre Vietnam. » (Benoît Delépine, interviewé sur le site Chaosreigns.fr)

Le 2 juillet sort en DVD l’absurde Saint-Amour, de Gustave Kervern et Benoît Delépine ; c’est l’occasion pour moi de redire tout le bien (hahaha) que j’en avais pensé lors de sa sortie au cinéma, et d’en profiter pour enfoncer quelques clous à propos de cette culture abjecte du divertissement et de l’ironie.

Si vous avez déjà assisté, malheureux que vous êtes, dans un bar ou ailleurs, à une soirée de type scène ouverte accueillant des poètes, vous voyez sans doute de quoi je veux parler : ce moment où un type lit un texte qui se veut une Ode A La Femme et qui est en fait d’une atroce et naïve misogynie, ou bien cet autre moment où un autre type (à moins que ça soit le même ?) se lance dans la Poésie Érotique.

Cette angoisse qui vous saisit d’un coup, cette honte qui vous prend le ventre et la gorge, cette empathie que vous éprouvez malgré vous pour ce pauvre type ridicule, et qui vous poisse l’âme comme une merde de chien colle à une semelle. Et à tout ça l’envie qui s’ajoute d’être sourd, aveugle, invisible, ailleurs, mort depuis une semaine, en vacances sur Mars, en train de courir dans une rue déserte ou de batifoler dans la campagne ou sur un champ de bataille, en train de voler une voiture ou de foutre le feu à l’immeuble de Canal Plus, enfin, tout sauf ce spectacle ; et vous n’avez même pas le courage de tendre le bras pour appeler le serveur, pourtant une pinte cul-sec serait la seule chose qui pourrait vous sauver.

Et quand c’est terminé et que vous relevez la tête, osant à peine balayer des yeux la salle – vous avez l’impression que croiser ceux du Poète pourrait vous transformer en cendre froide –, vous êtes surpris : le type n’est pas du tout mortifié et son fiasco ne l’affecte pas, les sourire gênés, les regards fuyants non plus, le silence ; il est tout fier de lui, l’abruti, et de son texte, il est rouge de bonheur, il rayonne, il se frotterait le ventre pour un peu, et c’est avec la démarche d’un type qui a conquis l’Olympe qu’il retourne à sa table. Quant à vous, vous commencez à respirer et la honte reflue.

Saint-Amour, de Delépine et Kervern, c’est exactement ça mais porté à un niveau d’incandescence inédit, et sans débander pendant une heure quarante. Je me demande ce qu’a pensé Ovidie du film – la scène qu’elle joue, on voit bien ce qu’elle en pense, oui. Tout le monde à des factures à payer et Ovidie étant qui elle est, j’imagine que quand on l’appelle pour l’être de façon caricaturale et humiliante, elle ferme sa gueule, ravale sa fierté d’avoir voulu à un moment oser être une pornographe féministe, et va au charbon.

EDF sera content, le fisc aussi, Delépine et Kervern jubilent et sans doute se branlent (pas sur le cul d’Ovidie, non, mais sur leur cul à eux, si luisant de la joie d’être de géniaux hurluberlus, si poétiques, si originaux, tellement subversifs, « Passe-moi le Sopalin mon Gustave », « Tiens mon Benoît, je t’aime », « Je t’aime », « Non, pardon mon Benoît, c’est à moi que je parlais, pas à toi », « Mais oui mon Gustave, ne t’inquiète pas, moi aussi c’est à moi que je parlais »)

C’est le film des gens qui vont dans les troquets comme on va au zoo

Pour le reste, ça se résume facilement : c’est un film gentil fabriqué par des gens méchants. Un film sensible fabriqué par des goujats. C’est le regard attendri des nantis sur les pauvres, des aristocrates de Canal Plus sur les ploucs, des gens qui jouent à être punks sur les cassos authentiques, c’est le regard plein d’amour des gens qui ont tout et trouvent si beaux ceux qui n’ont que dalle, et leur ouvrent les bras, parce que nous sommes tous pareils, et au fait, tu dors à quel hôtel, ah bon, tu dors pas à l’hôtel, tu es au RSA, tu dors sur le canapé d’un copain, ah bin on fait une partie du trajet ensemble, alors, on partage le taxi et ça te dit pas d’aller boire un dernier coup, je connais un bar de nuit qui fait des cocktails super-punks, à cette heure-ci normalement il est fermé mais le patron est un pote à Dupontel.

C’est le film des gens qui vont au Chantilly (cf. une chronique précédente) comme on va au zoo. Et il s’agit, au bout d’un moment, de NOMMER L’ENNEMI, et de le faire systématiquement.

Saint-Amour est un film qui fait me penser à Pialat. Plus exactement, c’est un film qui me donne envie d’aller déterrer Pialat, de piquer à son squelette une côte (et de lui faire un bisou sur le front, tant qu’on est là), et cette côte l’utiliser pour crever les yeux de Kervern et Delépine.

L’ironie est le nouvel opium du peuple

Il apparaît maintenant, des plates théories qu’énonce Philippe Djian jusqu’aux enfilages de perles que suscitent les commercialisations de tel ou tel jeu, film, disque ou autre, que l’histoire de l’art et celle du divertissement sont deux histoires confondues. Il s’agirait même, en fait, d’une histoire unique, dont les fils épars seraient enfin rassemblés, Bach, Bowie, Bénabar, Mario Bros, Star Wars, Luc Besson et Bergman dans la même fosse commune et que le meilleur gagne.

Et cette histoire de l’art et du divertissement, m’apparaît de plus en plus comme une histoire de la transgression consensuelle, à destination d’un public faussement choqué (mais il est plus gratifiant de singer le scandale que d’admettre l’ennui, quand l’entrée est payante) ; comme le spectacle des faux tabous que l’on brise pour de faux, des ordres moraux en carton-pâte que l’on pourfend pour rire. Saint-Amour est un exemple, ils sont mille. Et pendant ce temps, les vrais tabous, les ordres moraux réels, ronflent du bon sommeil de celui qui a bien travaillé aujourd’hui, et travaillera bien demain.

Au fond, ce qui m’empêche le plus de dormir, c’est la dérision. La dérision me fait chier et l’ironie m’insupporte. Le persiflage, ce signe d’impuissance absolue, me sort par les yeux, les oreilles, tout ce que vous voulez. Tous ces gens qui ne sont pas assez crapules pour accepter ce monde de merde, pas assez dépourvus d’espoir pour se supprimer, pas assez violents pour prendre les armes et tenter par la force de changer quelque chose, pas assez intelligents pour produire des œuvres de l’esprit qui pourraient le modifier, ce monde de merde, le rendre meilleur… Tous ces impuissants à quoi que se soit qui s’en tirent par le ricanement, la parodie, la farce inoffensive, toujours inoffensive, par le clin d’œil du taré adressé à ses congénères et se mettent ainsi en règle avec leur conscience… J’en peux plus, j’en peux plus.

Du pain et des jeux. Tu parles. Maintenant, ce qui nous tue à petit feu, ce qui dévore notre âme aussi sûrement que les bactéries boufferont nos squelettes, c’est les rires enregistrés c’est les blagues obligatoires et leur réactions pavlovienne, bite, prout, prolo, beauf, gros tas, alcoolo, chatte, nichon, hahaha, hahaha, hahaha. Vous me direz : mais dans Saint-Amour, il n’y en a pas, des rires enregistrés ? Mais si, mais si, il y en a. À chaque scène, à chaque plan. Ils sont dans vos têtes, ils naissent dans vos ventres, ils sortent par vos bouches. Ces rires, ce sont les rires que la télévision vous a collé dans le crâne, vous a dressé à produire.

Il n’y a plus besoin de rires en boîtes quand les boîtes à rires sont les spectateurs eux-mêmes.

Crédit Photo : Second Life / Couch Potatoes

La mode vue par une blogueuse lyonnaise de trente ans : Florence

Le 28 juin 2016, par Marie Cartigny

Écrire un blog est à la mode. Et le sujet de la mode, justement, constitue une bonne matière pour en créer un. De nombreuses femmes se sont mises en tête de mettre à l’honneur leur vide-dressing en faisant montre de dénicher dans des petites boutiques en ligne (ou pas), dans des grandes marques, de quoi renouveler le monde de la mode vestimentaire.

Sur son blog, Florence se présente sous le mode Amélie Poulain : j’aime / j’aime pas avec des détails cocasses.  Par exemple, elle n’aime pas « rester avec un maillot de bain humide » ou « entendre des petits bruits dans les feuillages ». Elle s’est aussi découvert une véritable passion pour la photographie et édite elle-même les visuels de son site. C’est d’ailleurs le cas de beaucoup de blogueuses qui arrivent à fournir du contenu très professionnel sur la mode, pour le plus grand malheur de la presse féminine. Car les relations entre ces rédactrices non professionnelles et les journalistes encartées sont loin d’être au beau fixe.

Florence évoque ici tous ses coups de cœur du moment : mode, shopping, déco, recettes gourmandes…Elle promet à ses lectrices de tout passer au peigne fin, d’explorer les nouvelles tendances et une tonne de bons plans. Mais ce que Florence aime par-dessus tout (parce que ça lui remonte le moral) c’est… faire du shopping ! Ainsi naît, parmi d’autres, une spécialiste de la mode à Lyon et pas seulement puisqu’elle se photographie avec une marinière de marque Kiabi qu’elle marie avec un Jeans Levis 501 CT, pour les intimes de la célèbre marque américaine.

Quand le blog fait parler de lui

Avec Florence, la Sauce Mode, nom de son blog, prend bien puisqu’elle est citée sur plusieurs sites :  Bijoux Chérie, où ses goûts sont mis en valeur, sur le blog de la marque Kiabi, KBlog et enfin à la une d’Hellocoton dans la sélection mode avec une jupe smockée qu’elle détourne en la portant à la façon d’un top. On l’aura compris, la mode c’est son dada ! Et c’est quasiment un temps plein pour Florence que de mettre en avant ses goûts personnels mais aussi des marques typiquement lyonnaises comme la maroquinerie A.M.A.N.D créée par Amandine, nous explique-t-elle, une jeune créatrice qui peaufine à l’infini ses finitions.

Les marques ont bien compris depuis longtemps l’influence des blogueuses mode. Ces dernières sont même invitées à animer des « Fashion Week » d’importance. Crêpage de chignon en vue ! Les journalistes n’aiment pas que l’on marche sur leurs plates-bandes. Et pourtant, elles semblent avoir, bien malgré elles, retourné leur veste, car elles se trouvent maintenant contraintes d’évoquer les blogueuses dans leur propres articles. Histoire de rester « tendances ». Et oui ! Un blog de mode n’a pas pour but que de se mettre en avant mais plutôt de faire connaître ses coups de cœur en matière de vêtements et accessoires. Et c’est cette relation directe et intime que recherche l’internaute. Un blog est aussi le moyen de créer, comme Florence l’a fait, un vide-dressing où elle revend ses vêtements pour en dégoter d’autres afin de trouver « The » style du printemps-été 2016…

Les Hillbilly Moon Explosion têtes d’affiche du Cantal Ink le 2 juillet

Le 28 juin 2016, par Marie Cartigny

Fidèle à son habitude, le Cantal Ink transcende les frontières de la convention de tatouage classique en proposant à ses festivaliers une expérience culturelle forte et éclectique. Cette année marque un tournant pour la programmation musicale de l’événement avec la participation de groupes professionnels à la dimension internationale. Du rockabilly, du rock-country, et une once de burlesque à Chaudes-Aigues en 2016 : le tattoo n’a pas seul le droit de cité.

Un festival de tatouage… Mais pas seulement

DES CONCERTS…
Cette année, le rockabilly est à l’honneur à Chaudes-Aigues, avec comme tête d’affiche le groupe suisse phare The Hillbilly Moon Explosion. Convoqués pour leur prêter main forte Dead Bronco, collectif espagnol au rock-country explosif et déjanté, The Swindlers feat Lady Pirate, et bien d’autres à (re)découvrir comme Les Ennuis commencent ou le DJ Stuntman Dave.

…ET DES SPECTACLES
Une fois de plus, le Cantal Ink se mue en une arène inattendue où défileront illusionnistes, effeuilleuses et héritiers des sideshows, ces spectacles où les tatoués d’antan étaient exhibés dans des cirques, Nos figures de proue ? Les saltimbanques délurés de La Famille Bouffarde, le colosse tatoué Pascal Tourain ou encore la divine Evie Lovelle, découverte dans le film Tournée de Mathieu Amalric.

LE CANTAL INK FAIT AUSSI SON CINÉMA
Cette année, Le Festival du Tatouage déclare sa flamme au 7ème Art, du 29 juin au 5 juillet, Le cinéma du village propose une programmation 100 % tattoos avec la projection d’Alabama Monroe, Le Tatoué, Memento ou encore le film d’animation danois Mon Tonton ce tatoueur tatoué.

Le cinéma itinérant à l’ère du numérique

Le 27 juin 2016, par Marie Cartigny

Nous gardons tous une image un peu folklorique du cinéma dans les zones rurales : une salle des fêtes avec des chaises et des bancs mis en place à l’occasion pour accueillir les villageois, une caméra 35 mm projetant sur une toile blanche des films à succès et les bruits des spectateurs (rires, éternuements…) et ceux des sièges faisant grincer le sol. L’esprit de la fête au village quand les projections sont programmées reste présent même si, depuis 2013, les bobines et les galettes ont été remplacées par des projecteurs numériques derniers cris.

Le cinéma itinérant dans la région lyonnaise existe depuis plus de 30 ans. L’idée est venue de plusieurs passionnés de cinéma qui, devant la difficulté de se déplacer pour aller au cinéma, ont proposé aux habitants grâce à des projecteurs 35 mm, des séances dans les villages tous les 15 jours. Ce circuit comprend 3 cantons : le canton de Saint-Laurent-de-Chamousset, le canton de Chazelles-sur-Lyon, et quelques villages du canton de Saint-Symphorien-sur-Coise.

Le succès croissant de l’association Ciné Monts du Lyonnais depuis 2013 est principalement dû à l’offre CINENUM du Centre National du Cinéma et de l’Image animée (CNC) dont elle a bénéficié. Les caméras numériques 2K, NEC NC 900 C ont remplacé les bobines. Ce succès vient aussi du fait que le cinéma est proposé à un public en milieu rural qui se déplace très difficilement, surtout pour les personnes âgées ou à mobilité réduite parce qu’elles ont peu de moyen. Le cinéma itinérant est peu cher : les places sont à 4€50 pour les adultes et 3€ pour les enfants jusqu’à l’âge de 16 ans.

Le Ciné Monts du Lyonnais a su tirer son épingle du jeu

Cette proposition commerciale peu coûteuse est possible grâce aux 110 bénévoles qui se mobilisent pour accueillir dans leurs villages une programmation cinématographique. Ce bénévolat se fait en partie grâce à un animateur-formateur, salarié de l’Association, Joël Sela. Les bénévoles des différents cantons sont donc formés pour l’accueil, la projection, le rangement et la circulation du matériel d’un point à un autre. Face à cette volonté de promouvoir l’activité culturelle dans les zones rurales, des dotations cantonales sont accordées à l’association. Pour ce qui est des subventions, en dehors du Festival Ciné-Filou qui a lieu pendant les vacances de la Toussaint, le cinéma les a vus fondre au fur et à mesure de son développement.

Cependant, même si les budgets se sont réduits comme peau de chagrin, le Ciné Monts du Lyonnais a su tirer son épingle du jeu grâce au matériel de projection numérique portable. Et oui ! Contrairement, aux salles de cinémas, qui, elles, se sont équipées de projecteurs numériques 4K, plus lourds et statiques, l’association a décidé de fonctionner avec des NEC 900 en 2K. Le Ciné Mont du Lyonnais est devenu également prestataire vidéo extérieur : depuis un an maintenant, des demandes de projections exceptionnelles pour des clients ont démarré. L’association devient ainsi prestataire pour des projections à la demande en fonction de certains événements, dans certains cadres, dans certains lieux autour de Saint-Étienne Métropole qui lui a demandé, l’an dernier dans le cadre du développement durable d’organiser une projection autour du film « Des abeilles et des hommes ». Cette année, l’association a été sollicitée pour renouveler l’opération durant le mois de juin.

Il y a eu également des projections à Lyon l’été dernier pendant lesquelles l’association a été sollicité pour les festivités de « Tout le monde dehors », de juillet à août 2015, pour assurer des projections plein-air sur les places de Lyon. Les films maintenant existant de moins en moins en 35 mm, l’association a ce petit quelque chose en plus à offrir. L’arrivée du numérique dans les villages a eu pour effet d’offrir aux habitants une programmation plus importante et plus large… Bref, que du bonheur pour les pupilles des villageois !

Quel est le poids moyen d’une auvergnate ?

Le 24 juin 2016, par Marie Cartigny

L’auvergnate peut, si elle le souhaite, grimper jusqu’au sommet du Puy-de-Dôme et respirer le grand air. Elle peut également se restaurer à satiété chez le bougnat du coin : truffade maison ou surgelés à volonté. Bonnes ou mauvaises habitudes de vie, clichés ou pas, on peut se questionner sur cette habitante du Massif Central qu’est l’auvergnate et se poser la question de sa morphologie. Est-t-elle charpentée comme un volcan ou bâtie comme Notre-Dame de L’Assomption à Clermont-Ferrand ? Se trouve-t-elle dans la moyenne française ?

L’on sait de source sûre* qu’une française mesure en moyenne 162,5 cm et pèse 62,4 kg. Mais qu’en est-il de l’auvergnate ? Sachant que les candidates à l’élection Miss France 2016 mesuraient aux alentours d’1m76, on peut faire un petit flash back sur Miss Allier 2015, Vinciane Fauveau qui, du haut de son mètre soixante-douze, n’arrivera tout de même pas à briguer le titre de Miss Auvergne 2015, détenu par Pauline Bazoge, jolie brune d’1m71. Aucune auvergnate n’a, à ce jour, obtenu la couronne tant convoitée de Miss France. C’est d’ailleurs la seule région française avec la Haute-Normandie et la Champagne-Ardennes à n’avoir eu aucune Miss France élue depuis 1920. Triste constat.

Mais regardons depuis la Place de Jaude, le panel de femmes qui s’y promène : menue, maigrichonne, mince, enrobée, élancée, ronde, obèse, l’auvergnate se décline dans toutes les mensurations. La Française moyenne fait une taille commerciale de 40 pour 20,6% d’entre elle et une taille 42 pour 16,6% d’entre elle. Au-delà, le surpoids menace ! C’est pour cela qu’une femme sur 3 trouve difficilement des vêtements à sa taille, selon la même étude citée plus haut.

27,2 % d’obèses

Et y aurait-il plus d’obésité en Auvergne que dans une autre région ? Il existe CALORIS, le Centre Auvergnat de l’Obésité et de ses Risques en Santé, qui est la structure de coordination de prise en charge de l’obésité en région, labellisée par l’Agence Régionale de Santé dans le cadre du Plan Obésité. Leur site permet de tester son IMC (indice de masse corporelle) et donne des données épidémiologiques. Si l’on en croit les chiffres de 2015, l’Auvergne n’est pas la région la plus touchée, 47,9 % des adultes y sont obèses ou en surpoids. En ce qui concerne les femmes, le pourcentage est de 27,2 %.

Mais revenons à nos Miss France. La fusion des régions n’aura aucune conséquence sur l’organisation du concours. Sylvie Tellier, sa directrice générale, a même déclaré à nos confrères de L’Express que l’identité des anciennes régions reste une priorité : « Pour un Auvergnat, ne plus avoir de Miss serait très mal pris ». Mais ce que nous prenons mal, Madame Sylvie Tellier, c’est surtout de n’avoir eu aucune Miss France originaire de l’Auvergne depuis 1920 ! Heureusement qu’il nous reste l’élection de Miss Ronde France 2017 pour espérer décrocher un titre !

*CEDITH : Cercle euro-méditerranéen des dirigeants de textile, de l’habillement et des industries de la mode

Le féminisme, en attendant la fin du monde

Le 23 juin 2016, par Christophe Siébert

« Toutes les femmes qui veulent avoir l’investiture doivent être baisables »
(Charles Pasqua, en 1998, répondant à Philippe Seguin qui se demande, à l’occasion des élections régionales, « ce qu’on va faire des gonzesses »)

La place des femmes dans notre société est subalterne. Par exemple, à la dernière réunion du MEDEF, il n’y a eu aucune femme. Par exemple, à Angoulême, en janvier dernier, il n’y avait aucune femme sélectionnée au Grand Prix avant qu’on en sorte une du chapeau suite à la pression publique. Par exemple, dans le cinéma, le nombre de femmes qui produisent des films est ridiculement bas.

Par exemple, mardi soir, dans le bar où je me trouvais à l’occasion de la fête de la musique, vers deux heures du matin, une jeune femme parlait à un type, et le copain de la jeune femme en question est venu, l’air de rien, l’entourer de ses bras, au cas où, et tout le monde a trouvé ça normal – y compris le type à qui elle parlait, qui m’a expliqué que son copain avait « raison d’y faire attention, car elle est quand même très entreprenante et moi je ne veux pas baiser la femme d’un autre. »

UN MONDE PHALLOCRATE

Les différents mouvements féministes engagent leurs militants-es et leurs sympathisants-es à combattre pour davantage d’égalité. C’est-à-dire, si j’ai bien compris, notamment pour qu’il y ait plus de femmes au MEDEF, plus de femmes nominées à Angoulême, à Cannes, au Goncourt ou ailleurs, et que ça soit un mouvement naturel, simple reflet de la production artistique, et non un choix politique imposé, plus de femmes aux postes de pouvoir dans le cinéma, en politique, dans l’industrie ou ailleurs ; plus de femmes dans les bars qui puissent draguer un type sans que leur copain éprouve la nécessité d’aller uriner autour pour délimiter sa propriété.

Je ne suis pas certain que cette ambition (ou ce projet) puisse être un succès. Je ne le suis pas, car je crois que si les femmes sont minoritaires partout où un pouvoir existe, ça n’est pas en raison d’un défaut d’organisation de la société, qui ne serait pas équilibrée, mais en raison d’un défaut dans sa nature même, qui la rend fondamentalement injuste. La société est construite sur des prémisses et des valeurs fausses et tarées, et je ne crois pas que ça soit réparable – pas plus qu’on ne soigne le cancer avec des antidouleurs. Le pouvoir est mauvais. Le pouvoir est maléfique par nature, corrupteur, dégueulasse, c’est un poison mortel et il tue tout le monde, absolument tout le monde.

Ça n’est pas l’absence de femme au MEDEF ou dans les grands prix culturel qui est un scandale. Le scandale est l’existence même du MEDEF et de ces prix. Ça n’est pas la quasi-absence de femme aux postes de pouvoirs qui est obscène, c’est le pouvoir lui-même. Vouloir que des gentils dirigent à la place des méchants revient à jeter des Saints en Enfer en espérant qu’ils éteindront le feu.

La société est phallocrate et tout ce qui la constitue, la justifie, la rend possible, l’est aussi. Ses règles, son mode de pensée, sa philosophie, sa morale, sa métaphysique sont soumises au phallus, qui n’est pas un symbole de virilité mais celui de la Puissance dans toute sa crasse, qui n’a rien à voir avec les bites qui pendent ou se dressent entre les jambes des hommes et tout à voir avec l’épouvantable volonté de conquête et de domination qui tient debout ce monde pourri depuis que nous sommes des singes sans poil, et sans doute même bien avant cela.

Ça n’est donc pas en militant pour injecter plus de femmes aux postes de pouvoir que ça changera. S’il y avait 50% de femmes au MEDEF, à l’Assemblée nationale, partout, notre société ne deviendrait pas juste pour autant. Elle serait toujours une société phallocrate, avec davantage de femmes pour la faire fonctionner. Vous objecterez : si davantage de femmes dirigent, alors elles pourront corriger la nature inique de ce monde, et le conduire à être non plus un monde phallocrate gouverné par des femmes, mais un monde égalitariste. Je ne crois pas. Partout où qui que se soit exerce un pouvoir, le Pouvoir demeure, le Pouvoir commande. C’est une tautologie dont on ne sortira pas vivant. Ce n’est pas l’individu qui exerce le pouvoir mais l’inverse : l’être humain est exercé par le pouvoir. Il en est le véhicule et il s’en croit le conducteur.

Le pouvoir est une maladie mentale, une construction psychologique morbide, pas du tout un objet extérieur, pas du tout quelque chose de réel. C’est une hallucination si on veut, un filtre entre soi et la réalité, et ceux qui s’imaginent que c’est un moyen d’organisation du monde, ou même, plus simplement, un outil qui, correctement utilisé, permet la réalisation des ambitions personnelles, sont fous – cliniquement fous. Leur vision de ce qu’il y a autour d’eux est déformée, comme peut l’être celle d’un paranoïaque, ou de quelqu’un qui entend des voix.

DEVENIR UNE AUTRE ESPÈCE

La solution ne réside donc pas dans la tentative (louable, respectable, digne d’admiration, comme toute tentative un peu sérieuse de renverser ce monde de merde) de certains-es d’amender cette société pour la rendre plus mixte, moins raciste, plus tolérante, moins injuste, mais dans sa mise à bas, dans sa destruction de fond en comble, toutes les têtes des oppresseurs au bout d’une pique, et dans la construction d’une autre, qui sera mixte, non-raciste, tolérante et juste, rejetant le Pouvoir, édifiée sur les cendres de la nôtre et peuplée d’individus essayant très fort de comprendre ce qui avait foiré, pour ne pas le reproduire.

Nous vivons depuis bien, bien longtemps dans ce monde. Il est peut-être temps d’arrêter de vouloir le réparer et d’admettre qu’il ne marche pas, qu’il faut tout brûler. Mais brûler les grands tyrans objectifs de ce monde ne produira un effet que si, au préalable, nous brûlons, tous, chacun, notre petit tyran intérieur. Aller à l’Élysée et défenestrer Valls et Hollande, par exemple, déclarer leur règne achevé tandis que gisent leurs corps dans le jardin, est possible, peut-être que ça arrivera. Mais un tel geste ne pourra servir à quelque chose que si, par nos fenêtres à nous, nous avons avant toute chose jeté nos roitelets intimes – en sommes-nous capables ? Pouvons-nous nous faire ça à nous-mêmes ? À titre individuel, peut-être quelques-uns d’entre nous le peuvent, les plus sains. Mais en tant qu’espèce ? Je ne suis pas convaincu, tant la jouissance procurée par l’exercice du pouvoir semble indiquer que tout en nous est fabriqué pour s’y livrer.

EN ATTENDANT LA FIN DU MONDE

Les tyrans succèdent aux tyrans ; les opprimés succèdent aux opprimés. Devenir une autre espèce, changer l’ADN, ouvrir les crânes, exciser la Pierre de Folie. Je souhaite de tout mon cœur que les femmes tiennent bon, gagnent ce combat, occupent dans cette société ou dans une autre la même place que les hommes. Mais je sais que notre espèce est ainsi faite que si les femmes cessent d’occuper la place subalterne à quoi elles ont été assignées, un autre groupe la prendra, cette place, de gré ou de force.

Au fond, j’aimerais que tout le monde meure et que tout recommence, autrement. En attendant, que faire à part traquer partout, toujours, ses propres symptômes, et tenter maladroitement de les réduire ?

Lyon 21 juin : Jean Moulin pousse le bouchon

Le 21 juin 2016, par Thomas Fauveau

C’est dans un bouchon lyonnais réputé, Le garet, que Jean Moulin a pris son dernier repas avant d’être arrêté par la Gestapo. Dans ce restaurant, il avait rencontré Daniel Cordier, devenu son secrétaire particulier. Ce dernier, agé de 95 ans, était présent lors de la commémoration du 18 juin dernier au Mont Valérien. PressNut.com est allé rendre visite au patron du Garet et a rencontré l’historien François Cartigny, pour qui l’appel du Général de Gaulle n’est pas aussi actuel que d’aucuns le prétendent.

Emmanuel Ferra veille sur la tradition du Garet, l’un des plus discrets mais aussi parmi les plus réputés bouchons de la ville de Lyon. Celui qui a fait ses classes dans les cuisines de nombreux chefs étoilés s’est mis à son compte en octobre 2002. Il se souvient par cœur de l’histoire de cet établissement connu pour être à l’origine, en 1870, un porte pot où l’on venait chercher son vin avant de devenir l’un des tous premiers bouchons en 1920. Durant la guerre, c’est la famille de Maurice Néanne qui tenait le comptoir et les cuisines. L’homme était un discret. L’endroit convenait aux résistants.

C’est ici, au Garet que Daniel Cordier a rencontré et accepté de devenir le secrétaire particulier de Jean Moulin. Un jour où Daniel Cordier était arrivé en avance, il s’était assis à la place de Jean Moulin, lequel le délogea illico presto afin de récupérer la place stratégique sur les banquettes qui lui permettait de surveiller toute la salle et la rue. Une place soulignée aujourd’hui par une plaque de cuivre vissée dans les boiseries. L’endroit est devenu un peu touristique. Il fait en tout cas partie des parcours de quelques tour-opérateurs spécialisés. Les écoliers, tous les ans, suivent également les traces de Jean Moulin dans la ville.

Faire revenir la France dans une idée Gaullienne

Le 18 juin dernier, le président François Hollande présidait aux cérémonies de commémoration du Mont Valérien. Daniel Cordier, en tant que Compagnon de la Libération était présent. Quelques commentateurs politiques ont évoqué le fait que cette visite se tenait dans un contexte particulier d’attentats. D’autres observateurs, qui semblent craindre pour la souveraineté de la France, remarquent que l’appel du 18 juin s’inscrit plus que jamais dans l’actualité. Une idée que ne partage pas François Cartigny, historien spécialiste de la Résistance, pour qui « si la France souffre certes des diktats d’une Europe devenue folle, ceux qui établissent un raccourci avec l’appel du 18 juin font fausse route. Dans un moment où notre pays ne joue quasiment plus aucun rôle à l’échelle de la planète, il faut certes faire revenir la France dans une idée Gaullienne mais les parallèles avec l’appel du 18 juin ne sont pas de circonstances.»

Finalement, c’est là que nous allons revenir à notre bouchon lyonnais, Le Garet. Toutes proportions gardées, il s’inscrit à sa façon dans une forme de résistance. Celle contre la malbouffe et les travers de la mondialisation. Niché au cœur de la cité, de là où s’enfuyait Jean Moulin vers les quais par une petite traboule, il tente malgré les assauts des touristes, de conserver son caractère authentique et discret. L’endroit, où trouvait certains soirs refuge un héros de la Résistance, ferait presque figure de symbole pour ceux qui en appellent à un nouveau 18 juin : un lieu avec une identité forte, à la fois discrète et généreuse, authentique, mais cerné peu à peu par un monde qui aimerait bien la transformer en une attraction morte plutôt qu’en un lieu vivant de mémoire.

 

La petite lucarne en Auvergne Rhône-Alpes

Le 20 juin 2016, par Marie Cartigny

L’histoire de la télévision régionale n’est pas un long fleuve tranquille et se raconte un peu comme une saga qui correspond aux aléas économiques et politiques avec des personnes influentes ou animées par le désir de voir leurs programmes diffusés sur petit écran.

Compte tenu du nombre plus important de chaînes de télévision lyonnaises comparativement à celles que couvrent l’Auvergne, une question se pose : comment monter une chaîne de télévision ? Les ingrédients principaux sont mis à part un plan business béton, une persévérance croissante. Vous l’avez compris trouver sa cible, choisir entre la télé numérique TNT nationale, la télé numérique TNT locale, la télé numérique TNT régional, celle sur câble ou celle sur satellite ou bien celle sur ADSL, internet ou téléphonie sont des prérogatives pour mener à bien son projet. Car une fois la technologie utilisée, les interlocuteurs ne sont pas les mêmes. Certains professionnels vous diront qu’il faut un capital social de 200 000 euros au départ, d’autres peut-être ceux qui ont le plus d’expérience dans le milieu, vous convaincront que pour une chaîne de télévision locale modeste, le budget d’investissement est entre 1 et 2 M€. Cela permet de couvrir l’achat des équipements. Au dessous, il est nécessaire de faire des concessions importantes !

Les coûts importants liés à la réalisation d’une chaîne de télévision et son peu d’audience peuvent expliquer la disparition de certaines chaînes régionales emblématiques aussi bien en Auvergne qu’en Rhône-Alpes. En Auvergne, nous pouvons citer : « Clermont 1ère », lancée le 8 octobre 2000 qui face aux nouveaux traitements de l’information opère une refonte en décembre 2012 grâce à une chaîne dédiée, principalement, à l’actualité : IC1. Ainsi, la Société clermontoise de télévision (SCT), éditrice de la chaîne Clermont 1ère occupe les petits studios, situés dans les locaux du journal La Montagne (devenu principal actionnaire), rue Clos-Four à Clermont-Ferrand. Malheureusement, IC1 essuyant des déboires financiers considérables ne résiste pas et cesse d’émettre dans le Puy-de-Dôme et l’Allier le 1er juin 2015.

la télé qui vous play

Autre flop, cette fois-ci en Rhône-Alpes : avant que TLM (Télé Lyon Métropole) ne soit la télé qui vous play, n’en déplaise, elle est surtout, à ses tous débuts, la télé magouille… La plus ancienne télévision locale de France créée par l’industriel Roger Caille, dès le 25 novembre 1988 démarre au quart de tour avec l’émission « Repérages » dans laquelle le premier invité se trouve être un élu Charles Hernu, maire de Villeurbanne. Ce reportage sera détourné par un collaborateur de la chaîne, Pierre Carles, à des fins politiques en pleine période électorale. Ce scandale entraînera l’exclusion de ce dernier ainsi que celle du président de TLM, son Directeur Général et son Directeur Antenne.

Outre cette anecdote qui correspond aux écueils à éviter pour créer une chaîne télévisée, Lyon regorge de créativité dans le domaine audiovisuel. Elle compte au moins 6 chaînes locales : TLM, Cap Canal, Lyon TV, M6 Lyon, OL TV et France 3 Auvergne Rhône-Alpes… et quelques Web TV. L’Auvergne, quant à elle, ne dispose seulement que d’un seul média consistant : France 3 Auvergne et quelques ovnis sur le web comme CouleurCantal.tv, Watch U (la webtv de l’Université d’Auvergne) et Auvergnelife.tv, sans activité depuis plus d’un an. Nouveauté intéressante, enfin, la nouvelle grande Région a mis en place une web TV, Rendez-vous.tv, sur laquelle est diffusée un magazine « AgoRa », co-réalisé par 4 chaînes locales.

Bon plan vacances : offrez-vous un voiturier pour un départ depuis Lyon Saint-Exupéry

Le 17 juin 2016, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Crée en octobre 2013 par Manoël Roy, Jonathan Grandperrin, Charles Raymond et Thomas de Longvilliers, Ector est le leader français du voiturier-parking, avec plus de 40 000 jours de stationnement vendus depuis son lancement. Ouvert depuis l’automne 2015 à la gare de Lyon en plus des aéroports Parisiens, le service s’est étendu à Lyon Saint-Exupéry et à Nice Côte d’Azur.

quelques chiffres

En 2015, plus de 169 millions de passagers sont passés dans les aéroports français et 2 milliards de voyageurs ont emprunté les gares SNCF. Les préparatifs liés à l’organisation du voyage et au transport peuvent être source d’anxiété. D’après une étude de l’association prévention routière réalisée en 2015, plus d’1 français sur 4 est stressé au volant : 33% a notamment peur d’être en retard.

Une recette simple et efficace

En quelques clics seulement, vous pouvez réserver votre voiturier à l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Avec Ector, vous déposez et récupérez votre véhicule directement au dépose-minute. Une fois prise en charge par un voiturier, votre voiture est stationnée dans un parking partenaire situé à proximité. Et les prix sont compétitifs : comptez 50€ pour un week-end de 4 jours et 100€ pour une semaine de stationnement.

Le principe ?

L’automobiliste réserve son voiturier avec stationnement au plus tard 1 h avant son arrivée à la gare ou l’aéroport via l’application mobile ou le site web. Il confie son véhicule au dépose-minute à un voiturier qui la stationne dans un parking surveillé 24h/24, pendant toute la durée de son séjour.

La voiture est ensuite restituée au propriétaire à son retour également au dépose-minute.
Le service est disponible uniquement sur réservation, et inclut le stationnement avec une assurance tous risques. Ector propose également des services additionnels comme le nettoyage, le plein d’essence ou encore la révision du véhicule.

A propos de la start-up

La start-up française Ector est présente dans les aéroports et gares de Paris, les aéroports de Nice Côte d’Azur, Toulouse, Nantes et Lyon Saint-Exupéry. La start-up qui vise une présence nationale à grande échelle ainsi qu’une présence à l’internationale dans un futur proche avec notamment des ouvertures prévues à Bruxelles et Genève, emploie environ 50 voituriers (indépendants ou sous contrat de travail).

 

Le micro-univers des hommes qui se cherchent

Le 16 juin 2016, par Christophe Siébert

« Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. »
(Baudelaire, La mort des amants)

Bon, encore une chronique dédiée aux toilettes des bars. Non pas que j’y passe mon existence, mais il se trouve que ces derniers temps, avec la vie que je mène (et que je vais sans doute finir par me mettre à raconter, au train où ça va), quand je sors de chez moi, c’est souvent pour aller au bistrot.

De toute façon, les bistrots, c’est le bon poste d’observation pour vous regarder, il me semble, non ? Et après tout, c’est pour ça que PressNut me paie : pour vous regarder, pour vous observer en détail, l’air de rien, et en tirer des petits récits que vous lirez en cinq minutes le jeudi à la pause-café – alors, que ce soit dans les bistrots, dans les manifs ou bien à l’usine Michelin (prochainement), ce qui compte, ça n’est pas tellement l’endroit, mais vous, mes chers petits, vous.

Il y a une semaine, en début d’après-midi, je me trouvais en terrasse, au buffet de la gare, à Clermont-Ferrand. Je discutais avec un éditeur et un auteur, et nous attendions qu’un deuxième auteur, paumé quelque part entre Limoges et ici, nous rejoigne – après quoi la petite troupe serait complète et nous pourrions tous nous rendre, eux en traînant leurs valises pleines de livres et moi en traînant mon ventre plein de bière (j’avais commencé tôt), aux Voix Mortes, puisque c’est moi qui organisais et eux qui étaient invités.

Nous discutions de tout et de rien, nous disions du mal de tel ou tel confrère, tout allait bien, et puis ma vessie s’est manifestée à moi. Répondant donc à l’appel de la nature, me voilà en train de traverser la salle puis d’entrer dans les toilettes.

De l’autre côté du miroir

Et c’est là, en refermant derrière moi la porte du cabinet, que j’ai découvert tout un univers parallèle, inscrit au stylo, au feutre, au crayon, au marqueur, à tout ce qu’on veut, sur la porte. Elle en était recouverte, de ces petits annonces, il n’y avait plus un centimètre de libre. J’en oubliais presque de pisser, tant le choc était important, tant était forte la révélation. Imaginez-moi, mes chers petits, débraguetté, prêt au combat, mais figé dans la contemplation de ces petites annonces d’hommes qui cherchent des sexe arabes à sucer, d’hommes qui cherchent des sexes à sucer à heure fixe, d’homme qui désirent se faire sodomiser dans tel ou tel recoin de la ville et qui promettent de s’y trouver, et qui laissent leurs numéros de téléphone, et celui-là qui précise qu’il préfère quand on ne se lave pas pendant plusieurs jours, et celui-ci qui apprécie qu’on lui urine dessus, il y en a pour tous les goûts.

Les micro-univers, selon une hypothèse de physique cosmologique, ce sont de petits mondes clos, bornés, qui existeraient dans des replis du nôtre, dans des dimensions différentes, complètement inaccessibles, invisibles, et dont les lois ne seraient peut-être même pas les mêmes. Ils pourraient durer quelques nanosecondes, ou bien quelques milliards de milliards d’années, on en sait rien. Certaines équations, en tout cas, gribouillées peut-être sur des tableaux noirs avec la même hâte que ces graffitis que j’avais sous les yeux, en suggèrent l’existence.

Micro-univers

C’était à ça que je pensais, en imaginant ces hommes arpentant la ville, graffitant leurs désirs sur la porte des chiottes du bar de la gare, guettant sur leur téléphone l’appel de celui qui voudra les satisfaire ; ces hommes qui sont là, parmi nous. Nous les croisons, sans aucun doute. Ces hommes vont dans des bars, au comptoir ils demandent des demis, ils boivent, ils pissent, ils prennent le train, ils ont un emploi et peut-être une famille, ils ont des amis, ils ont une voiture, ils paient des impôts, ils regardent à Carrefour les différences de prix entre les diverses marques de café, ils se coupent en se rasant, ils disent je t’aime à quelqu’un et quelquefois ils le pensent, et d’autres fois ils mentent, et la plupart tu temps il n’en savent rien eux-mêmes, comme nous tous. De temps en temps, dans l’isoloir, ils se demandent s’ils ne voteraient pas Lepen, juste une fois, juste pour voir, juste pour foutre un peu plus le bordel. Ils font la queue à la FNAC pour régler leurs achats, ils engueulent leur banquier, se méfient de leur garagiste, ils ont peur de leur dentiste, ils existent, ils ont des vies sociales, des vies professionnelles, des problèmes de santé, des soucis à cause du petit qui ne fout rien à l’école, et ils laissent des annonces pour qu’un Arabe à gros sexe (et pourquoi un Arabe ? Je ne sais pas), désirant se faire sucer par un homme tous les jours à la même heure, sans dire un mot, sans échanger un regard, prenne contact avec eux.

Quelque part dans la ville il y a ce micro-univers peuplé d’hommes, et ils s’y déplacent, s’y laissent des indices, se cherchent, se trouvent, se rencontrent, ont honte, éprouvent un plaisir qui redouble leur honte ; ces hommes qui lorsqu’il se croisent dans l’univers quotidien font semblent de ne pas se connaître, ou alors peut-être s’adressent-ils un signe furtif ? Un sourire entendu ? Éprouvent-ils la complicité de ceux qui y ont été, qui en sont revenus pour un moment, qui y retourneront bientôt ?

Quelque part dans la ville il y a ce micro-univers d’hommes qui se sodomisent en silence, en secret, sans en parler à personne, furtivement, et qui retournent ensuite à leur vie profane.

Quelque part dans la ville il y a ce micro-univers, impénétrable absolument, fermé sur lui-même, à la surface duquel notre regard glisse sans même remarquer qu’il y avait quelque chose à voir.

Quelque part dans la ville il y a ces corps habités par un désir que la honte leur interdit de réaliser dans notre univers, quelque part dans la ville il y a le micro-univers des hommes qui ont honte de leur désir, mais le courage de le vivre quand même, à l’insu de nous tous.
Quand je suis ressorti des toilettes, j’avais l’impression d’avoir fait un grand voyage. J’avais bien envie d’inscrire mon numéro de téléphone moi aussi, sur la porte des WC du buffet de la gare. La prochaine fois je le ferai peut-être.