Grand Prix Poésie RATP 2017 : Augustin Trapenard, contrôleur de poèmes

Le 31 mars 2017, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Cette année, le jury du Grand Prix Poésie RATP est présidé par le journaliste et critique littéraire Augustin Trapenard. Agrégé d’anglais, cet ancien élève de l’École Normale Supérieure de Lyon est actuellement aux manettes de « Boomerang » sur France Inter, de « 21 cm » et du « Cercle » sur Canal +. Il rappelle que tous les poètes amateurs, quels que soient leur âge ou leur région, ont jusqu’au 15 avril pour participer à la 3e édition du Grand Prix Poésie RATP !

Comment participer ?

Pour participer, rendez-vous jusqu’au 15 avril 2017 ici. Il suffit aux auteurs de s’inscrire dans leur catégorie d’âge, moins de 12 ans, moins de 18 ans et plus de 18 ans, et de déposer leur texte. La thématique est libre, le poème peut être en vers ou en prose et son format court (4 lignes maximum) ou long (14 lignes maximum).

3625 poèmes reçus au total déjà !

Depuis le 15 mars dernier, plus de 3 500 contributeurs ont déjà tenté leur chance et pourront ainsi peut-être voir leur poème affiché durant les deux mois d’été sur l’ensemble du réseau RATP et être lus par des millions de voyageurs chaque jour. Trois grands prix seront, par ailleurs, attribués : le Grand Prix Enfants qui sera récompensé par une tablette tactile ; le Grand Prix Jeunes se verra offrir des chèques cadeaux culturels d’une valeur de 400 € ; et le Grand Prix Adultes remportera un week-end à la découverte de Vienne et son patrimoine exceptionnel.

La RATP et la poésie : une belle histoire

Depuis plus de 20 ans, la RATP offre à ses voyageurs, pendant leur trajet, des moments de poésie, et leur permet ainsi d’être en contact avec les plus grands textes du genre grâce à l’opération « Des lignes et des rimes » qui présente aux voyageurs des poèmes d’auteurs. Depuis 1997, l’entreprise participe à la diffusion de la poésie dont chaque édition est présentée par une personnalité du monde des Arts et des Lettres, tels, ces dernières années, Matthieu Chedid, David Foenkinos, Stéphane de Groodt ou encore Zabou Breitman.

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En Auvergne, Nan Aurousseau, l’ancien braqueur devenu auteur de … – La Montagne

Le 13 mars 2017, par Editor Bot

La Montagne
En Auvergne, Nan Aurousseau, l'ancien braqueur devenu auteur de …
La Montagne
La vie de Nan Aurousseau s'est écrite quelques années en prison. Sorti de la délinquance grâce à l'écriture, l'écrivain et cinéaste, passé de Paris à l'Allier, est auteur de polars. Il publie l'histoire d'un serial killer. La prison, c'est de la …
et plus encore »

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Lyon : l’institut Lumière célèbre le sport à travers la littérature – LyonCapitale.fr

Le 27 janvier 2017, par Editor Bot

LyonCapitale.fr
Lyon : l'institut Lumière célèbre le sport à travers la littérature
LyonCapitale.fr
Du 26 au 29 janvier, la 2e édition du Salon du livre de sport ouvre ses portes rue du Premier-Film, dans le 8e arrondissement de Lyon. 200 m2 dédiés à la littérature sportive, aux recueils de chroniques, à la bande dessinée, aux biographies et autres …

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Grand contrôle de mes tétons

Le 07 janvier 2017, par Christophe Siébert

— De quel isolement parlez-vous ?
— De l’isolement dans lequel vivent les hommes, en notre siècle tout particulièrement, et qui se manifeste dans tous les domaines. Ce règne-là n’a pas encore pris fin et il n’a même pas atteint son apogée.
(Dostoïevski, Les frères Karamazov)

Il y a un an mourraient David Bowie et Leonard Cohen. À cette occasion, j’ai tenté de réécouter l’intégrale de leurs discographies respectives.

Avec celle de Cohen j’ai pris un certain plaisir, teinté d’un peu de tristesse en constatant que, voilà, l’œuvre studio complète de cet artiste, cinquante ans de carrière au compteur, un des chanteurs les plus aboutis du vingtième siècle, durait une douzaine d’heures. On est peu de choses et les fabricants actuels de chansons, qui peinent sang et eau pour en pondre dix dans l’année, doivent regarder avec effroi les kilomètres de musique offerts au monde par ce bon vieux Bach et tous ses confrères.

Bowie, c’est plus long. L’expérience m’a donné l’impression d’être un auto-stoppeur coincé pour l’éternité dans la voiture d’un type qui tournerait à l’infini sur le périphérique, sans jamais songer à prendre une sortie, en écoutant RFM, la face joyeuse. Pourtant, à sa manière improbable, en 2010 il m’a sauvé la vie. Je vivais alors dans une résidence de banlieue avec vue imprenable sur un parking décoré d’arbres aussi tristes que moi, ayant pour seule distraction, après avoir longé sur deux cent mètres la voie rapide donnant accès à l’autoroute, le plus vaste Carrefour de France. Après avoir tenu deux ans dans cet enfer tiède, j’ai craqué. J’ai d’abord échoué quelques temps dans le canapé d’un ami, puis m’est tombé dessus l’héritage inespéré d’une baraque en ruines où j’avais déjà vécu quelques mois, adolescent.

Une vie à mettre certaines questions de côté / Soit par manque de courage pour en accepter les réponses

Bien des années plus tôt, vers vingt ans (le bel âge pour fuguer), j’avais quitté mes parents sans donner de nouvelle, du jour au lendemain. J’avais fui comme on se suicide et ça m’avait fait un bien fou ; à ma résurrection j’étais nettement plus solide. À l’occasion de ce retour parmi les vivants, j’avais dû habiter quelques mois chez mes parents, mais dans la semi-ruine qu’ils avaient achetée entretemps, ils n’avaient pas prévu de pièce pour moi. Logique, j’avais coupé tous les ponts. Ne restait donc de libre qu’une sorte de débarras collé à leur chambre : huit mètres carrés, pas de fenêtre, pour seul ameublement un lit de camp à monture métallique (qui grinçait à chaque mouvement – et à l’époque je me branlais à longueur de nuit), quelques livres empilés au sol, mystères maritimes présentés par le Commandant Cousteau, anthologie de poèmes pour la fête des mères, et, face au lit, les planches en aggloméré vernis et les hauts miroirs piquetés de vert d’une énorme armoire de style années soixante, démontée et laissée là à mourir.

Lorsque j’en poussai la porte quinze ans plus tard, il ne me restait aucun souvenir. Je découvris un taudis rempli de meubles à moitié détruits (une semaine plus tard, une baleine en acier d’un mètre de long, jaillissant du canapé tel un éclair de mort, manquerait de peu transpercer l’ami qui avait eu l’imprudence de s’y asseoir) et impregné d’une odeur évoquant aussi bien le chenil de l’apocalypse que l’arrière-boutique d’un brocanteur mort de la peste. Dire que je m’y suis senti chez moi serait exagéré – mais ça l’était, chez moi, puisque je n’avais nulle autre part où aller. Que je le veuille ou non, ce lit où mon père était mort, ce matelas aux tâches jaunes plus grandes que mon torse, ces dizaines de bombes de laque à cheveux abandonnées un peu partout, ces multiprises figées dans vingt ans de graisse de cuisson, cette collection complète de l’Almanach Vermot, tout ça m’appartenait.

Une vie à dix à vingt à trente ans / Où on ne pardonne pas plus qu’on ne comprend

C’est dans ce contexte d’exploration déprimée que je suis tombé sur une chaîne pas vraiment hi-fi et sur l’impressionnante collection de vinyles de mes parents, qui me fit remonter quelques souvenirs du fond des âges : dimanches entiers à écouter Nana Mouskouri, Mireille Mathieu, des chansons paillardes yougoslaves (ma mère était nostalgique de son pays d’origine) ou encore les plus grands succès des Beatles interprétés par le célébrissime orchestre Ambiance Jeunesse Actualité – et, au milieu de tout ça, le deuxième album de Bowie, dont on se demande bien ce qu’il foutait là, le pauvre. N’ayant pour l’heure ni lecteur mp3, ni ordinateur, ni aucun autre appareil permettant d’écouter de la musique, n’ayant de toute façon pas non plus de musique (je mettrais plusieurs semaines à récupérer mes diverses affaires), Bowie est aussitôt devenu mon meilleur ami, mon sauveur. Mais la chaîne déconnait, et je vous assure qu’écouter Ground control to Major Tom en boucle, pendant trois jours, au semi-ralenti, avec de petites baisses de tension dues au léger voilage affectant le disque, dans une maison évoquant Amityville après six mois de squat par des Zadistes de mauvaise humeur, est une drôle d’expérience et aujourd’hui encore il m’arrive d’y repenser en tremblant. Mais au moins Bowie était là, dans ces heures sombres (et froides – le chauffage ne fonctionnait par très bien), il m’a accompagné. Quoique je pense de ses misérables chansons, je n’oublierai jamais ça.

Depuis, j’ai quitté cette baraque et tout ce que j’y ai laissé a terminé à la poubelle. Finis l’Almanach Vermot et le vinyle de Ground control to Major Tom, au clou la chaîne pas vraiment hi-fi et sa vitesse de lecture aléatoire, terminé. Quant à Bowie, qu’il repose en paix – et sa musique avec.

(Pour les intertitres : Une vie, Programme)

Une chronique de la rédaction d’AuvergneRhôneAlpes.info – Christophe Siébert

A Clermont-Ferrand, une librairie veut promouvoir les artistes de la … – Franceinfo

Le 06 janvier 2017, par Editor Bot

Franceinfo
A Clermont-Ferrand, une librairie veut promouvoir les artistes de la …
Franceinfo
Depuis 6 mois, une nouvelle bouquiniste du centre de Clermont-Ferrand nommée Endroit-Envers profite de la place libre sur ses murs pour exposer les oeuvres d’illustratrices et d’illustrateurs de renoms et du coin. Et jusqu’au 7 janvier, c’est Cécile …

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2017 manières de s’emmerder un peu moins le soir

Le 05 janvier 2017, par Christophe Siébert

« Il ne comprenait pas l’obsession de Lola pour le poète. Moi non plus, je ne comprends pas ta manie de baiser dans un cimetière, dit Lola, et pourtant je ne te juge pas pour ça. Oui, c’est vrai, admit Larrazábal, tout le monde a ses manies. »
(Roberto Bolaño, 2666)

Le soir du 31, au lieu de festoyer comme j’imagine la plupart d’entre vous, et au fait : bonne année, j’ai bouffé des Pringles (pub gratuite), bu de l’ice-tea à m’en faire péter la vessie, et, surtout, bossé toute la nuit sur les corrections du manuscrit de mon prochain bouquin, Descente : c’était une soirée formidable.

Les jours suivants, j’ai regardé toutes sortes de films, qui se sont pour certains révélés merdiques à un point absurde, mention spéciale à Ma Loute, sorte d’Everest dans sa catégorie, d’ailleurs je n’ai pas réussi à le franchir, après quoi j’ai bu de la bière et réfléchi à 2016, à 2017, à la mort, à la vie, à ce que j’allais bien pouvoir écrire ce coup-ci pour vous divertir, vous faire réfléchir. Peut-être pas vous faire grimper sur une chaise comme dans Le Cercle des Poètes Disparus mais au moins vous faire bouger d’un ou deux centimètres, peu importe la direction. J’ai toujours bien aimé la théorie du pas de côté développée par L’An 01, pas vous ?

À la fin (de la bière, de mes réflexions) je me suis dit que j’allais vous raconter pourquoi j’étais devenu écrivain. Je n’ai pas choisi d’être écrivain par amour particulier de la littérature, même si cet amour a fini par venir, mais parce que c’est la seule activité qu’il est possible de pratiquer chez soi, durant toute une vie, sans jamais sortir, sans que jamais personne ne s’y intéresse, et pourtant c’est tout de même une activité. Écrire n’est pas juste rester allongé sur son lit et attendre la mort en fixant son plafond, c’est ça aussi bien sûr, mais en plus on fait quelque chose, on accumule des phrases, l’oisiveté totale est teintée de quelques gestes. J’ai choisi d’être écrivain parce que c’est la meilleure façon possible, quand on a trop peur pour vivre et trop peur pour mourir, de ne pas faire partie du monde mais de faire quand même partie de quelque chose.

ÊTRE CLOCHARD EST UN BON PLAN DE CARRIÈRE

Quand j’avais dix-sept ans, j’écrivais plus ou moins tous les jours, enfin, disons chaque fois que ma dépression et ma flemme m’en laissaient le loisir, mais je ne me voyais pas du tout comme un écrivain, ni même comme un futur écrivain. Tout ce qui m’intéressait à l’époque, c’était quitter le système scolaire, éviter le système salarial – je ne voulais pas sauter de Charybde en Scylla, quoi – et me tirer loin de chez mes parents. Vu qu’il fallait que j’attende encore huit ans avant de pouvoir toucher le RMI, j’ai pris mon mal en patience, terminé le lycée, étudié un peu à la fac. Puis j’ai perdu patience et me suis tiré faire clochard à Toulouse. Je ne voulais vraiment pas avoir de patron, d’horaire ou de compte à rendre à qui que se soit. Clochard, relativement à ces critères-là, apparaît comme un bon choix de carrière. C’est bien longtemps après, il s’était écoulé environ dix ans depuis ma période toulousaine, que j’ai pigé que la littérature était le seul métier où ces conditions idéales sont réunies. Alors, vu que j’écrivais, que j’aimais ça de plus en plus, que je commençais à devenir pas trop mauvais, je me suis dit : pourquoi ne pas devenir écrivain ? Au sens professionnel du terme, je veux dire : gagner des ronds en faisant ce travail, payer mes factures avec mes phrases. Ça a pris du temps, je ne vous le cache pas. En fait ça fait deux ans que j’en vis à peu près, avec des hauts et beaucoup de bas, mais j’y suis enfin. Sur ma page Facebook y a marqué « prolétaire de la littérature » et c’est exactement comme ça que je me considère.

Néanmoins, je suis un prolétaire à la cool. J’ai la belle vie. Je me lève à l’heure que je veux, je travaille une heure dans la journée si ça me chante, ou quinze, ou vingt si j’ai envie, je bouffe quand j’ai faim ; mon amoureuse me le faisait remarquer hier aprèm : « c’est cool, de pouvoir faire l’amour quand on veut ! » Bin, ouais, c’est cool de faire l’amour à seize heures pendant qu’à la cuisine le repas de midi chauffe tranquillement (bon, cette fois-là, il a cramé – on s’en est remis, rassurez-vous), c’est chouette de vivre à son rythme, je vais pas me plaindre. Et c’est formidable, d’être payé pour réfléchir à des trucs, inventer des histoires et fabriquer des émotions.

SAINT-RÉMI, PRIEZ POUR NOUS

Vous savez quoi ? Sans le RSA, et avant ça sans le RMI, cette brillante carrière n’aurait pas été possible pour moi. Peut-être que ça n’aurait pas été une grande perte, j’en sais rien, peut-être qu’un écrivain de seconde zone en moins, ça n’aurait pas gêné grand-monde ? Peut-être qu’être obligé de bosser à l’usine aurait décuplé ma gnaque, mon envie d’y arriver, mon talent ? On ne saura jamais, j’irai pas à l’usine.

Alors, tous ceux qui sont contre les parasites, tous ceux qui estiment filer trop de pognon en échange de rien à des branleurs dans mon genre, musiciens inconnus qui ne jouent que dans des squats, artistes dont on ne voit pas les œuvres ailleurs que dans des fanzines à quatre sous, écrivains dont les manuscrits servent à Gallimard pour se torcher le cul, à tous ceux qui trouvent qu’en France il y a trop de couillons qui se pensent créatifs et croient que nécessaire est leur création, allez au bout de votre idée et votez pour ceux dont vous serez certains qu’ils nous couperont les vivres une fois pour toute, qu’ils transformeront tous ces parasites, tous ces aspirants qui n’y arriveront jamais, en employés de Mac Do enfin utiles à quelque chose. Mais n’oubliez pas un truc : dans un système où les suceurs de sang dans notre genre n’existent pas, eh bien la littérature, la peinture, la musique, redeviennent des activités réservées à une poignée de nantis, de bourgeois ; la création redevient un passe-temps pour riches. À vous de voir ce qui est le mieux : laisser la possibilité de devenir artistes, via la CAF et autres aides, aux enfants des classes moyennes et des classes laborieuses quitte à supporter une bonne proportion de couilles-molles sans talent, ou bien verrouiller ces activités, comme avant le vingtième siècle, et les laisser entre les mains des riches et rien que des riches.

UN SEUL TEXTE DE DAVID COULON VAUT MIEUX QUE TOUT PHILIPPE DJIAN

Et tant que j’y suis : vous avez aussi le choix entre continuer d’aller voir des films produits par des millionnaires, réalisés par des millionnaires, joués par des millionnaires et qui vont rapporter à tous ces millionnaires des millions de millions supplémentaires, et continuer d’acheter les disques des gros plein de lard de la chanson française, et continuer de lire les têtes de con, pardon, de gondoles de la grosse distribution éditoriale (pas de nom, sinon mon rédac’chef va encore me dire que je fais exploser le nombre de signe qui m’est permis), ou alors vous pouvez bouger vos culs, vous secouer un peu la curiosité, et essayer de voir quel genre de création vous financez en payant la CSG.

J’aimerais bien que votre résolution, pour 2017, ça soit d’aller assister à des concerts au Raymond Bar, à la Gueule Noire, au Grnd Zéro, au 17, à Relax et ailleurs ; que ça soit d’acheter Banzaï, Violences, Le Bateau et autres revues qui défrichent, qui cherchent, qui secouent les cocotiers bordant les sentiers battus ; que ça soit d’écouter les disques de Horse Gives Birth To Fly, Jean-François Plomb, Merde Fantôme, Trottoir, Isophrénia et autres musiciens qui ne joueront jamais pour l’Eurovision et ne passeront jamais sur France Inter ; que ça soit d’aller ouvrir les bouquins que publient Trash Éditions, Gros Textes, Les Crocs Électriques, Rivière Blanche, Al Dante, OVNI, United Dead Artists, Le Dernier Cri et j’en passe.

Puisqu’en payant la CSG et la TVA vous contribuez, au moins en partie, à ce que toute cette immense, inépuisable, florissante, fertile culture existe et qu’elle soit variée comme vous n’avez pas idée, j’aimerais bien qu’en 2017, anonymes mécènes, aimables producteurs sans visages, vous alliez voir ce qu’on en fait, de ce pognon. Parce qu’on en publie, des disques, des bouquins, des revues, des films, des bédés, assez pour remplir toutes vos maisons et pour tous les goûts ! On en organise, des expos et des performances, on en fait exister, des salles de concerts et des médiathèques alternatives, des festivals, on en fait tourner, des maisons d’édition underground, je vous jure ! Vous passeriez l’année entière à ne faire que ça, venir nous découvrir, que vous n’en débusqueriez pas la moitié !

Venez.

Une chronique de la rédaction d’AuvergneRhôneAlpes.info – Christophe Siébert

Libère ton cul et ton esprit suivra

Le 01 janvier 2017, par Christophe Siébert

Open up your funky mind and you can fly
Free your mind and your ass will follow
(Funkadelic, Free your mind and your ass will follow)

C’est possible, de se raser la chatte sans être aliénée au patriarcat ? Et s’y laisser pousser les poils sans être féministe, c’est possible ? Et porter une crête sans être punk ? Une burqa sans être soumise ? C’est possible, de faire des choix individuels qui le sont pour de vrai et pas uniquement l’expression d’un déterminisme inconscient ?

Je crois que oui, mais j’observe avec colère que certains militants – et ils ont raison de militer, la question n’est pas là – refusent de l’admettre, soit par aveuglement et orgueil (« pauvres petits, ils ne savent pas ce qu’ils font mais nous allons les sauver d’eux-mêmes »), soit par volonté d’assujettissement et de domination, même chez les révolutionnaires on trouve des petits chefs. À tous ceux-là je dis merde, on n’a pas échappé à un catéchisme pour tomber dans un autre, faut foutre la paix aux gens cinq minutes.

Je crois qu’en France, mais si ça se trouve c’est pareil dans les autres pays, simplement je ne les connais pas assez pour en juger, il y a deux sortes de féminismes. Plus exactement, il y a toute une mosaïque d’idées et de manières d’agir, chacune visant à atteindre l’un ou l’autre de deux objectifs contradictoires. D’un côté, l’émancipation des femmes, et notamment la libération de leurs corps ; de l’autre, la conquête du pouvoir, et elle consiste à dicter des règles, interdire, autoriser, décider ce qui est bon pour la cause ou la trahit. Dans toute contestation organisée, que son objet soit le patriarcat, le phallocratisme, le capitalisme, le racisme ou quoi que ce soit d’autre, deux tensions toujours s’opposent, d’un côté les libérateurs, de l’autre les récupérateurs. Mais à quoi ça sert, bordel, d’échapper à ceux qui nous disent que se raser la chatte est la seule option possible pour être une vraie femme, si c’est pour tomber dans les pattes de ceux qui nous culpabilisent en expliquant que se la raser est la preuve de l’oppression que nous subissons malgré nous ? À quoi ça sert, de réussir à éradiquer de notre corps tous les publicitaires y pullulant comme la gale, si c’est pour le livrer à des idéologues plus affamés qu’une armée de puces ?

UNE CHATTE EST UNE CHATTE EST UNE CHATTE EST UNE CHATTE, ET RIEN D’AUTRE !

Notre corps n’appartient ni au pouvoir ni à ceux qui le contestent, notre corps n’est pas un putain de message ni un argument de plus dans leurs interminables dissertations ! Ce que nous faisons de nos chattes, jambes, aisselles, est une affaire privée, ne concerne que nous ! Ceux qui transforment ça en idéologie sont des crapules. Et pour les crapules, une seule réponse : le goudron et les plumes. L’émancipation, bon sang de bois, ne consiste pas à s’arracher aux griffes des oppresseurs pour se jeter dans celles des libérateurs ! Et là, je parle de féminisme parce que la conversation est venue sur ce tapis-là avec la femme que j’aime, mais bordel ça vaut pour tout le monde ! On peut être marxiste et croire en Dieu, de droite et avoir les cheveux longs, adhérer à la CGT et écouter de la bonne musique !

De plus il m’apparaît bien ténu, le rapport entre un choix esthétique, ou de consommation, et l’expression d’une volonté politique. Ce prodige, qui transforme la fidélité à telle marque et le boycott de telle autre en action pour la paix, contre le colonialisme, pour l’égalité entre hommes et femmes ou contre l’homophobie, voilà bien le plus grand miracle de notre époque ! Que nous achetions un slip, un pantalon ou du café bio, que nous n’achetions pas de clopes, de pâtes ou de godasses, arrêtons cinq minutes de délirer, nous ne militons pas pour deux ronds. Nous consommons des produits, nous refusons d’en consommer d’autres, nous fondons nos choix sur un certain nombre de critères et parmi ceux-là, peut-être, l’idéologie supposée de ladite marque. Mais, nom de Dieu, depuis quand boycotter Danone ou Nestlé ou McDo ou va savoir qui, depuis quand ne pas bouffer de yaourt ou de hamburger, est un geste politique ? Redescendons sur Terre ! Écrire un livre expliquant pourquoi Danone est une entreprise dégueulasse, ça, oui, c’est un geste politique, ou poser une bombe dans une usine Nestlé, ou se faire élire et interdire l’installation d’un restaurant McDonald sur le territoire communal, ou loger une balle dans la tête d’un grand patron.

ON EST LES CHAMPIONS, ON EST LES CHAMPIONS, ON EST LES CHAMPIONS DU SPECTACLE !

Néanmoins, ce tour de passe-passe par lequel les consommateurs se sont persuadés que le choix de leur consommation relevait du militantisme, je ne le comprends que trop. Il est la conséquence de cette idée grotesque consistant à penser que tout est politique. Le moindre geste posséderait une portée idéologique ? Mais quelle foutaise ! C’est ainsi qu’en épinglant sur sa veste une petite main jaune et un petit ruban rouge on lutte contre le racisme et le SIDA, qu’en regardant à la télé un spectacle caritatif animé par des millionnaires, on lutte contre la pauvreté. Remarquez, dans la mesure où, en regardant un match à la télé, on se sent aussi victorieux que l’équipe qui vient de transpirer pendant quatre-vingt-dix minutes, pourquoi pas ? On est les champions, on est les champions, on est les champions du Spectacle ! C’est fou, cette capacité à se convaincre, à si peu de frais, d’être engagé. C’est fou, cette impression, digne d’une hallucination collective, que mettre un pin’s, ne pas bouffer de barre chocolatée ou se raser/ne pas se raser la chatte nous range dans la même équipe que Simone Weil, Judith Butler ou Jean-Marc Rouillan. C’est fou, qu’en lisant cette chronique certains lecteurs puissent se dire que je suis un auteur engagé – pitié, abstenez-vous.

Je rêve d’un monde mieux hiérarchisé, moins confus, où ce ne sont pas les spectateurs mais les sportifs qui gagnent et perdent les compétitions, où s’occuper de sa chatte est une activité intime, où les corps n’appartiennent qu’aux âmes qui les habitent. Je rêve d’un monde où ceux qui veulent changer les choses le font à coups d’idées, d’actes, mais pas en manifestant, face à telle ou telle mode, telle ou telle injonction, leur adhésion ou leur rejet. Et tant que j’y suis, je rêve qu’enfin, enfin, ils le fassent pour eux-mêmes et personne d’autre, éventuellement motivés par l’envie que leurs discours, que leurs actions, servent d’exemple – mais pas au sein d’un groupe ni dans une intention prosélyte. Que chacun milite pour son cul et foute enfin la paix à celui de son prochain, voilà ce qui serait bien.

2016 nuit gravement à la santé

Le 15 décembre 2016, par Christophe Siébert

Moi je suis fasciné, je le dis. Tout ce que la civilisation a produit. C’est impressionnant de richesse, et par contrecoup, la pauvreté de l’existence est impressionnante aussi. (…) Par pauvreté de l’existence, je veux dire le point auquel on s’emmerde. C’est extraordinaire, le point où on s’emmerde.

(Jean-Patrick Manchette, L’Affaire N’Gustro)

Il paraît qu’en fin d’année on fait des bilans. Pour ma part, j’aurais vu mourir un libraire et naître une maison d’édition, j’aurais enterré un manuscrit et j’en aurais mené un autre à terme. Une année équilibrée, en somme, sur le plan métaphysique. Et pour ce qui est du monde ? Là, par contre, je le trouve plutôt mitigé, le bilan. Ce que je retiendrai de 2016, et c’était vrai en partie lors des années précédentes mais ça a pris un tour nouveau, atteint un point critique, c’est cette immense obsession de la mort et du ricanement, et leur victoire qui me semble totale.

Un bon procédé, pour illustrer une idée, consiste à trouver un exemple résumant les choses, tenant lieu à la fois de métonymie et d’allégorie, et je crois que j’ai ce qu’il faut. Les nouveaux paquets neutres incarnent assez bien notre attitude et la manière contemporaine de voir le monde, dans ce pays. L’image qui me vient, quand je pense à la France, c’est un type assez âgé, dont toutes les dents sont pourries, et dont le principal loisir, le seul amusement, consiste à chercher dans le dedans de sa gueule, armé d’un cure-dents, les zones les plus abîmées, les plus douloureuses. Et puis, une fois qu’il les a trouvées, à les trifouiller le plus profond possible, le plus au cœur du nerf, jusqu’à avoir la main qui tremble, les larmes aux yeux, du sang plein la bouche – et à se réjouir de ça. Pour rien au monde il n’irait chez le dentiste, ce type un peu âgé, tant son masochisme est la seule chose qui lui reste, son dernier haillon. Pourquoi, comment sommes-nous devenus ainsi ? Je n’en sais rien. Mais c’est pourtant ce que nous sommes, ça j’en suis sûr, je vois cette attitude à l’œuvre chaque jour. Cette chose que nous appelons ironie, sarcasme, persiflage, ce comportement que nous croyons avoir hérité de Rabelais, de Molière, du professeur Choron, de Reiser, de Siné, mais qui n’en est que le fantôme, qui n’est que la joie méchante de rater. La rage, oui, celle-là même qui animait ceux que je viens de citer mais nous, nous en sommes au dernier stade : celui où les membres tremblent de manière incontrôlée, où l’écume mousse entre les lèvres, où l’animal, dans sa confusion grandissante, se sachant condamné, mord tout ce qui passe à sa portée, y compris lui-même.

LA ROUTE A ÉTÉ COURTE DE THÉLÈME À GROSLAND

Les paquets neutres, oui, comme un condensé de tout ça, comme un hiéroglyphe qui dit tout ce qu’il y a à savoir de notre pays et de nous qui l’habitons, à commencer par sa première contradiction : neutre, vraiment ? Qui serait assez naïf, ou assez dingo, pour croire qu’en ce monde, quelque chose qui a un rapport avec la communication ou avec le fric pourrait être neutre ?

« Le paquet neutre se définit par une absence de tout accessoire publicitaire rappelant l’univers de la marque : couleurs, images de marques, textes promotionnels.
« Tous les paquets de cigarette et de tabac à rouler seront d’une couleur standardisée, quelle que soit la marque.
« De nouveaux avertissements visuels et élargis à 65% du paquet (…) seront apposés, en haut du paquet.
« Le nom de la marque et du descriptif seront imprimés en caractères uniformisés et dans une couleur standardisée. »
(Source)

C’est plutôt cocasse, de qualifier de neutre un packaging qui a pour fonction de dissuader l’achat de l’objet qu’il emballe. En tout cas, au hasard des rues que j’ai foulées en France, en Belgique et en Suisse pendant la tournée Jeanne Van Calck, je suis tombé sur toutes sortes de paquets qui m’ont donné l’envie d’entamer une collection. Pour l’instant, mes deux préférés sont celui orné d’un pied complètement bouffé par la gangrène (il faut le voir pour le croire : imaginez qu’un des protagonistes de La nuit des morts vivants ait décidé de fumer trois ou quatre cartouches en moins de vingt-quatre heures), et celui que décore une photo de cendrier dont les cendres qu’il contient ont la forme d’un fœtus. Lecteurs, lectrices, si vous voulez me faire plaisir, envoyez-moi les vôtres !* (Vides, s’il vous plaît : je suis non-fumeur)

Glissons rapidement, pour en finir avec cet aparté qui n’est pas tout à fait le sujet de cette chronique, sur le fait que le tabac, si on met en balance les dépenses de santé publique, le manque à gagner dû aux morts qui se soustraient prématurément à l’impôt, l’argent que rapportent les taxes et les économies réalisées sur les retraites non-versées aux fumeurs décédés, est une source de revenus pour l’État. Un milliard à peu près, selon BFM, ce qui fait de l’État la seule entité (à ma connaissance) à militer contre l’exercice d’un commerce dont elle tire profit.

UN MONDE OÙ LA MORT RICANANTE A GAGNÉ

Moi, ces paquets neutres, les photographies gores ou simplement sordides qui les accompagnent, le marronnasse qui a été choisi, je les trouve révélateurs de notre déséquilibre. Quand j’observe mes contemporains, quand j’examine leurs actes, leurs discours, leur manière d’appréhender les tragédies de leur époque (ou le mouvement de l’Histoire, comme vous préférez), j’ai le sentiment d’avoir affaire à des gens qui face à la mort, à laquelle ils pensent en permanence, sont tiraillés entre le désir puissant et la peur extrême, et que ce tiraillement se traduit par un cynisme extraordinairement déprimé. La France était le pays de l’humour : elle est devenue celui du rire jaune. Et je ne m’exclue pas de la farandole névrosée, moi qui manifeste mon envie de collectionner ces paquets promettant la mort à ceux qui les achètent, moi qui compare l’argent que coûtent les fumeurs, l’argent qu’ils rapportent, et qui ricane en constatant combien la mort est un bon business.

Nous sommes des gens bizarres. Chaque fois que ça empire quelque chose en nous se réjouit, quelque chose jouit à chaque lézarde, à chaque menace que ça dégringole pour de bon sur nos crânes. Nous jouissons d’avoir le président le plus impopulaire du siècle. Nous jouissons de l’impuissance de l’État face au terrorisme, face à la crapulerie de la haute-finance, face à sa propre corruption, face à l’imbécillité de certains d’entre nous. Nous jouissons de notre propre impuissance, petits Nérons que nous sommes tous devenus, et qui pendant que brûle Rome, cherchent la meilleure punchline, celle qui sera le plus retwitée. De l’affreuse, de la terrible stupidité de certains d’entre nous, nous tirons un plaisir indicible, sale ; le paquet neutre, ce concentré d’ironie morbide, est un parfait résumé de ça. Un produit mortel, que nous consommons par plaisir, vendu très cher par des gens conscients de nous tuer, et que l’État autorise et empêche dans le même mouvement, cet État que nous voyons tout à la fois comme notre patron, notre employé, notre représentant et notre ennemi. Qui dit mieux ? Quel objet pourrait-on trouver pour incarner aussi bien nos contradictions, nos incohérences, le plaisir que nous éprouvons à aller mal et à en être lucides ?

LA VIE EST UNE FARCE MAIS JAMAIS UNE BLAGUE

Il paraît qu’en fin d’année, on prend des résolutions. Pour ma part, je vais tenter de résister un peu mieux, un peu plus, à l’ironie, à la malice, au persiflage, tous ces anticorps qui, naguère salutaires, sont devenus cancers à force qu’on les laisse prendre possession de tout. Je vais essayer de me souvenir, à chaque seconde si je peux, que la mort, la littérature, l’amour, sont des choses sérieuses, que la vie est souvent comique mais qu’elle n’est jamais, jamais, au second degré.

Et ma collection de paquets de cigarettes macabres, j’en ferai non pas un objet dérisoire, ni un outil de dérision, mais un memento mori, bordel de merde.

Joyeux Noël à tous.

*Christophe Siébert, 5 rue Sainte-Rose, 63000 Clermont-Ferrand. D’avance, merci. J’exposerai sans doute sur ma page Facebook les plus dégueulasses.

Une chronique de la rédaction d’AuvergneRhôneAlpes.info – Christophe Siébert