2017 manières de s’emmerder un peu moins le soir

Le 05 janvier 2017, par Christophe Siébert

« Il ne comprenait pas l’obsession de Lola pour le poète. Moi non plus, je ne comprends pas ta manie de baiser dans un cimetière, dit Lola, et pourtant je ne te juge pas pour ça. Oui, c’est vrai, admit Larrazábal, tout le monde a ses manies. »
(Roberto Bolaño, 2666)

Le soir du 31, au lieu de festoyer comme j’imagine la plupart d’entre vous, et au fait : bonne année, j’ai bouffé des Pringles (pub gratuite), bu de l’ice-tea à m’en faire péter la vessie, et, surtout, bossé toute la nuit sur les corrections du manuscrit de mon prochain bouquin, Descente : c’était une soirée formidable.

Les jours suivants, j’ai regardé toutes sortes de films, qui se sont pour certains révélés merdiques à un point absurde, mention spéciale à Ma Loute, sorte d’Everest dans sa catégorie, d’ailleurs je n’ai pas réussi à le franchir, après quoi j’ai bu de la bière et réfléchi à 2016, à 2017, à la mort, à la vie, à ce que j’allais bien pouvoir écrire ce coup-ci pour vous divertir, vous faire réfléchir. Peut-être pas vous faire grimper sur une chaise comme dans Le Cercle des Poètes Disparus mais au moins vous faire bouger d’un ou deux centimètres, peu importe la direction. J’ai toujours bien aimé la théorie du pas de côté développée par L’An 01, pas vous ?

À la fin (de la bière, de mes réflexions) je me suis dit que j’allais vous raconter pourquoi j’étais devenu écrivain. Je n’ai pas choisi d’être écrivain par amour particulier de la littérature, même si cet amour a fini par venir, mais parce que c’est la seule activité qu’il est possible de pratiquer chez soi, durant toute une vie, sans jamais sortir, sans que jamais personne ne s’y intéresse, et pourtant c’est tout de même une activité. Écrire n’est pas juste rester allongé sur son lit et attendre la mort en fixant son plafond, c’est ça aussi bien sûr, mais en plus on fait quelque chose, on accumule des phrases, l’oisiveté totale est teintée de quelques gestes. J’ai choisi d’être écrivain parce que c’est la meilleure façon possible, quand on a trop peur pour vivre et trop peur pour mourir, de ne pas faire partie du monde mais de faire quand même partie de quelque chose.

ÊTRE CLOCHARD EST UN BON PLAN DE CARRIÈRE

Quand j’avais dix-sept ans, j’écrivais plus ou moins tous les jours, enfin, disons chaque fois que ma dépression et ma flemme m’en laissaient le loisir, mais je ne me voyais pas du tout comme un écrivain, ni même comme un futur écrivain. Tout ce qui m’intéressait à l’époque, c’était quitter le système scolaire, éviter le système salarial – je ne voulais pas sauter de Charybde en Scylla, quoi – et me tirer loin de chez mes parents. Vu qu’il fallait que j’attende encore huit ans avant de pouvoir toucher le RMI, j’ai pris mon mal en patience, terminé le lycée, étudié un peu à la fac. Puis j’ai perdu patience et me suis tiré faire clochard à Toulouse. Je ne voulais vraiment pas avoir de patron, d’horaire ou de compte à rendre à qui que se soit. Clochard, relativement à ces critères-là, apparaît comme un bon choix de carrière. C’est bien longtemps après, il s’était écoulé environ dix ans depuis ma période toulousaine, que j’ai pigé que la littérature était le seul métier où ces conditions idéales sont réunies. Alors, vu que j’écrivais, que j’aimais ça de plus en plus, que je commençais à devenir pas trop mauvais, je me suis dit : pourquoi ne pas devenir écrivain ? Au sens professionnel du terme, je veux dire : gagner des ronds en faisant ce travail, payer mes factures avec mes phrases. Ça a pris du temps, je ne vous le cache pas. En fait ça fait deux ans que j’en vis à peu près, avec des hauts et beaucoup de bas, mais j’y suis enfin. Sur ma page Facebook y a marqué « prolétaire de la littérature » et c’est exactement comme ça que je me considère.

Néanmoins, je suis un prolétaire à la cool. J’ai la belle vie. Je me lève à l’heure que je veux, je travaille une heure dans la journée si ça me chante, ou quinze, ou vingt si j’ai envie, je bouffe quand j’ai faim ; mon amoureuse me le faisait remarquer hier aprèm : « c’est cool, de pouvoir faire l’amour quand on veut ! » Bin, ouais, c’est cool de faire l’amour à seize heures pendant qu’à la cuisine le repas de midi chauffe tranquillement (bon, cette fois-là, il a cramé – on s’en est remis, rassurez-vous), c’est chouette de vivre à son rythme, je vais pas me plaindre. Et c’est formidable, d’être payé pour réfléchir à des trucs, inventer des histoires et fabriquer des émotions.

SAINT-RÉMI, PRIEZ POUR NOUS

Vous savez quoi ? Sans le RSA, et avant ça sans le RMI, cette brillante carrière n’aurait pas été possible pour moi. Peut-être que ça n’aurait pas été une grande perte, j’en sais rien, peut-être qu’un écrivain de seconde zone en moins, ça n’aurait pas gêné grand-monde ? Peut-être qu’être obligé de bosser à l’usine aurait décuplé ma gnaque, mon envie d’y arriver, mon talent ? On ne saura jamais, j’irai pas à l’usine.

Alors, tous ceux qui sont contre les parasites, tous ceux qui estiment filer trop de pognon en échange de rien à des branleurs dans mon genre, musiciens inconnus qui ne jouent que dans des squats, artistes dont on ne voit pas les œuvres ailleurs que dans des fanzines à quatre sous, écrivains dont les manuscrits servent à Gallimard pour se torcher le cul, à tous ceux qui trouvent qu’en France il y a trop de couillons qui se pensent créatifs et croient que nécessaire est leur création, allez au bout de votre idée et votez pour ceux dont vous serez certains qu’ils nous couperont les vivres une fois pour toute, qu’ils transformeront tous ces parasites, tous ces aspirants qui n’y arriveront jamais, en employés de Mac Do enfin utiles à quelque chose. Mais n’oubliez pas un truc : dans un système où les suceurs de sang dans notre genre n’existent pas, eh bien la littérature, la peinture, la musique, redeviennent des activités réservées à une poignée de nantis, de bourgeois ; la création redevient un passe-temps pour riches. À vous de voir ce qui est le mieux : laisser la possibilité de devenir artistes, via la CAF et autres aides, aux enfants des classes moyennes et des classes laborieuses quitte à supporter une bonne proportion de couilles-molles sans talent, ou bien verrouiller ces activités, comme avant le vingtième siècle, et les laisser entre les mains des riches et rien que des riches.

UN SEUL TEXTE DE DAVID COULON VAUT MIEUX QUE TOUT PHILIPPE DJIAN

Et tant que j’y suis : vous avez aussi le choix entre continuer d’aller voir des films produits par des millionnaires, réalisés par des millionnaires, joués par des millionnaires et qui vont rapporter à tous ces millionnaires des millions de millions supplémentaires, et continuer d’acheter les disques des gros plein de lard de la chanson française, et continuer de lire les têtes de con, pardon, de gondoles de la grosse distribution éditoriale (pas de nom, sinon mon rédac’chef va encore me dire que je fais exploser le nombre de signe qui m’est permis), ou alors vous pouvez bouger vos culs, vous secouer un peu la curiosité, et essayer de voir quel genre de création vous financez en payant la CSG.

J’aimerais bien que votre résolution, pour 2017, ça soit d’aller assister à des concerts au Raymond Bar, à la Gueule Noire, au Grnd Zéro, au 17, à Relax et ailleurs ; que ça soit d’acheter Banzaï, Violences, Le Bateau et autres revues qui défrichent, qui cherchent, qui secouent les cocotiers bordant les sentiers battus ; que ça soit d’écouter les disques de Horse Gives Birth To Fly, Jean-François Plomb, Merde Fantôme, Trottoir, Isophrénia et autres musiciens qui ne joueront jamais pour l’Eurovision et ne passeront jamais sur France Inter ; que ça soit d’aller ouvrir les bouquins que publient Trash Éditions, Gros Textes, Les Crocs Électriques, Rivière Blanche, Al Dante, OVNI, United Dead Artists, Le Dernier Cri et j’en passe.

Puisqu’en payant la CSG et la TVA vous contribuez, au moins en partie, à ce que toute cette immense, inépuisable, florissante, fertile culture existe et qu’elle soit variée comme vous n’avez pas idée, j’aimerais bien qu’en 2017, anonymes mécènes, aimables producteurs sans visages, vous alliez voir ce qu’on en fait, de ce pognon. Parce qu’on en publie, des disques, des bouquins, des revues, des films, des bédés, assez pour remplir toutes vos maisons et pour tous les goûts ! On en organise, des expos et des performances, on en fait exister, des salles de concerts et des médiathèques alternatives, des festivals, on en fait tourner, des maisons d’édition underground, je vous jure ! Vous passeriez l’année entière à ne faire que ça, venir nous découvrir, que vous n’en débusqueriez pas la moitié !

Venez.

Une chronique de la rédaction d’AuvergneRhôneAlpes.info – Christophe Siébert

Libère ton cul et ton esprit suivra

Le 01 janvier 2017, par Christophe Siébert

Open up your funky mind and you can fly
Free your mind and your ass will follow
(Funkadelic, Free your mind and your ass will follow)

C’est possible, de se raser la chatte sans être aliénée au patriarcat ? Et s’y laisser pousser les poils sans être féministe, c’est possible ? Et porter une crête sans être punk ? Une burqa sans être soumise ? C’est possible, de faire des choix individuels qui le sont pour de vrai et pas uniquement l’expression d’un déterminisme inconscient ?

Je crois que oui, mais j’observe avec colère que certains militants – et ils ont raison de militer, la question n’est pas là – refusent de l’admettre, soit par aveuglement et orgueil (« pauvres petits, ils ne savent pas ce qu’ils font mais nous allons les sauver d’eux-mêmes »), soit par volonté d’assujettissement et de domination, même chez les révolutionnaires on trouve des petits chefs. À tous ceux-là je dis merde, on n’a pas échappé à un catéchisme pour tomber dans un autre, faut foutre la paix aux gens cinq minutes.

Je crois qu’en France, mais si ça se trouve c’est pareil dans les autres pays, simplement je ne les connais pas assez pour en juger, il y a deux sortes de féminismes. Plus exactement, il y a toute une mosaïque d’idées et de manières d’agir, chacune visant à atteindre l’un ou l’autre de deux objectifs contradictoires. D’un côté, l’émancipation des femmes, et notamment la libération de leurs corps ; de l’autre, la conquête du pouvoir, et elle consiste à dicter des règles, interdire, autoriser, décider ce qui est bon pour la cause ou la trahit. Dans toute contestation organisée, que son objet soit le patriarcat, le phallocratisme, le capitalisme, le racisme ou quoi que ce soit d’autre, deux tensions toujours s’opposent, d’un côté les libérateurs, de l’autre les récupérateurs. Mais à quoi ça sert, bordel, d’échapper à ceux qui nous disent que se raser la chatte est la seule option possible pour être une vraie femme, si c’est pour tomber dans les pattes de ceux qui nous culpabilisent en expliquant que se la raser est la preuve de l’oppression que nous subissons malgré nous ? À quoi ça sert, de réussir à éradiquer de notre corps tous les publicitaires y pullulant comme la gale, si c’est pour le livrer à des idéologues plus affamés qu’une armée de puces ?

UNE CHATTE EST UNE CHATTE EST UNE CHATTE EST UNE CHATTE, ET RIEN D’AUTRE !

Notre corps n’appartient ni au pouvoir ni à ceux qui le contestent, notre corps n’est pas un putain de message ni un argument de plus dans leurs interminables dissertations ! Ce que nous faisons de nos chattes, jambes, aisselles, est une affaire privée, ne concerne que nous ! Ceux qui transforment ça en idéologie sont des crapules. Et pour les crapules, une seule réponse : le goudron et les plumes. L’émancipation, bon sang de bois, ne consiste pas à s’arracher aux griffes des oppresseurs pour se jeter dans celles des libérateurs ! Et là, je parle de féminisme parce que la conversation est venue sur ce tapis-là avec la femme que j’aime, mais bordel ça vaut pour tout le monde ! On peut être marxiste et croire en Dieu, de droite et avoir les cheveux longs, adhérer à la CGT et écouter de la bonne musique !

De plus il m’apparaît bien ténu, le rapport entre un choix esthétique, ou de consommation, et l’expression d’une volonté politique. Ce prodige, qui transforme la fidélité à telle marque et le boycott de telle autre en action pour la paix, contre le colonialisme, pour l’égalité entre hommes et femmes ou contre l’homophobie, voilà bien le plus grand miracle de notre époque ! Que nous achetions un slip, un pantalon ou du café bio, que nous n’achetions pas de clopes, de pâtes ou de godasses, arrêtons cinq minutes de délirer, nous ne militons pas pour deux ronds. Nous consommons des produits, nous refusons d’en consommer d’autres, nous fondons nos choix sur un certain nombre de critères et parmi ceux-là, peut-être, l’idéologie supposée de ladite marque. Mais, nom de Dieu, depuis quand boycotter Danone ou Nestlé ou McDo ou va savoir qui, depuis quand ne pas bouffer de yaourt ou de hamburger, est un geste politique ? Redescendons sur Terre ! Écrire un livre expliquant pourquoi Danone est une entreprise dégueulasse, ça, oui, c’est un geste politique, ou poser une bombe dans une usine Nestlé, ou se faire élire et interdire l’installation d’un restaurant McDonald sur le territoire communal, ou loger une balle dans la tête d’un grand patron.

ON EST LES CHAMPIONS, ON EST LES CHAMPIONS, ON EST LES CHAMPIONS DU SPECTACLE !

Néanmoins, ce tour de passe-passe par lequel les consommateurs se sont persuadés que le choix de leur consommation relevait du militantisme, je ne le comprends que trop. Il est la conséquence de cette idée grotesque consistant à penser que tout est politique. Le moindre geste posséderait une portée idéologique ? Mais quelle foutaise ! C’est ainsi qu’en épinglant sur sa veste une petite main jaune et un petit ruban rouge on lutte contre le racisme et le SIDA, qu’en regardant à la télé un spectacle caritatif animé par des millionnaires, on lutte contre la pauvreté. Remarquez, dans la mesure où, en regardant un match à la télé, on se sent aussi victorieux que l’équipe qui vient de transpirer pendant quatre-vingt-dix minutes, pourquoi pas ? On est les champions, on est les champions, on est les champions du Spectacle ! C’est fou, cette capacité à se convaincre, à si peu de frais, d’être engagé. C’est fou, cette impression, digne d’une hallucination collective, que mettre un pin’s, ne pas bouffer de barre chocolatée ou se raser/ne pas se raser la chatte nous range dans la même équipe que Simone Weil, Judith Butler ou Jean-Marc Rouillan. C’est fou, qu’en lisant cette chronique certains lecteurs puissent se dire que je suis un auteur engagé – pitié, abstenez-vous.

Je rêve d’un monde mieux hiérarchisé, moins confus, où ce ne sont pas les spectateurs mais les sportifs qui gagnent et perdent les compétitions, où s’occuper de sa chatte est une activité intime, où les corps n’appartiennent qu’aux âmes qui les habitent. Je rêve d’un monde où ceux qui veulent changer les choses le font à coups d’idées, d’actes, mais pas en manifestant, face à telle ou telle mode, telle ou telle injonction, leur adhésion ou leur rejet. Et tant que j’y suis, je rêve qu’enfin, enfin, ils le fassent pour eux-mêmes et personne d’autre, éventuellement motivés par l’envie que leurs discours, que leurs actions, servent d’exemple – mais pas au sein d’un groupe ni dans une intention prosélyte. Que chacun milite pour son cul et foute enfin la paix à celui de son prochain, voilà ce qui serait bien.

2016 nuit gravement à la santé

Le 15 décembre 2016, par Christophe Siébert

Moi je suis fasciné, je le dis. Tout ce que la civilisation a produit. C’est impressionnant de richesse, et par contrecoup, la pauvreté de l’existence est impressionnante aussi. (…) Par pauvreté de l’existence, je veux dire le point auquel on s’emmerde. C’est extraordinaire, le point où on s’emmerde.

(Jean-Patrick Manchette, L’Affaire N’Gustro)

Il paraît qu’en fin d’année on fait des bilans. Pour ma part, j’aurais vu mourir un libraire et naître une maison d’édition, j’aurais enterré un manuscrit et j’en aurais mené un autre à terme. Une année équilibrée, en somme, sur le plan métaphysique. Et pour ce qui est du monde ? Là, par contre, je le trouve plutôt mitigé, le bilan. Ce que je retiendrai de 2016, et c’était vrai en partie lors des années précédentes mais ça a pris un tour nouveau, atteint un point critique, c’est cette immense obsession de la mort et du ricanement, et leur victoire qui me semble totale.

Un bon procédé, pour illustrer une idée, consiste à trouver un exemple résumant les choses, tenant lieu à la fois de métonymie et d’allégorie, et je crois que j’ai ce qu’il faut. Les nouveaux paquets neutres incarnent assez bien notre attitude et la manière contemporaine de voir le monde, dans ce pays. L’image qui me vient, quand je pense à la France, c’est un type assez âgé, dont toutes les dents sont pourries, et dont le principal loisir, le seul amusement, consiste à chercher dans le dedans de sa gueule, armé d’un cure-dents, les zones les plus abîmées, les plus douloureuses. Et puis, une fois qu’il les a trouvées, à les trifouiller le plus profond possible, le plus au cœur du nerf, jusqu’à avoir la main qui tremble, les larmes aux yeux, du sang plein la bouche – et à se réjouir de ça. Pour rien au monde il n’irait chez le dentiste, ce type un peu âgé, tant son masochisme est la seule chose qui lui reste, son dernier haillon. Pourquoi, comment sommes-nous devenus ainsi ? Je n’en sais rien. Mais c’est pourtant ce que nous sommes, ça j’en suis sûr, je vois cette attitude à l’œuvre chaque jour. Cette chose que nous appelons ironie, sarcasme, persiflage, ce comportement que nous croyons avoir hérité de Rabelais, de Molière, du professeur Choron, de Reiser, de Siné, mais qui n’en est que le fantôme, qui n’est que la joie méchante de rater. La rage, oui, celle-là même qui animait ceux que je viens de citer mais nous, nous en sommes au dernier stade : celui où les membres tremblent de manière incontrôlée, où l’écume mousse entre les lèvres, où l’animal, dans sa confusion grandissante, se sachant condamné, mord tout ce qui passe à sa portée, y compris lui-même.

LA ROUTE A ÉTÉ COURTE DE THÉLÈME À GROSLAND

Les paquets neutres, oui, comme un condensé de tout ça, comme un hiéroglyphe qui dit tout ce qu’il y a à savoir de notre pays et de nous qui l’habitons, à commencer par sa première contradiction : neutre, vraiment ? Qui serait assez naïf, ou assez dingo, pour croire qu’en ce monde, quelque chose qui a un rapport avec la communication ou avec le fric pourrait être neutre ?

« Le paquet neutre se définit par une absence de tout accessoire publicitaire rappelant l’univers de la marque : couleurs, images de marques, textes promotionnels.
« Tous les paquets de cigarette et de tabac à rouler seront d’une couleur standardisée, quelle que soit la marque.
« De nouveaux avertissements visuels et élargis à 65% du paquet (…) seront apposés, en haut du paquet.
« Le nom de la marque et du descriptif seront imprimés en caractères uniformisés et dans une couleur standardisée. »
(Source)

C’est plutôt cocasse, de qualifier de neutre un packaging qui a pour fonction de dissuader l’achat de l’objet qu’il emballe. En tout cas, au hasard des rues que j’ai foulées en France, en Belgique et en Suisse pendant la tournée Jeanne Van Calck, je suis tombé sur toutes sortes de paquets qui m’ont donné l’envie d’entamer une collection. Pour l’instant, mes deux préférés sont celui orné d’un pied complètement bouffé par la gangrène (il faut le voir pour le croire : imaginez qu’un des protagonistes de La nuit des morts vivants ait décidé de fumer trois ou quatre cartouches en moins de vingt-quatre heures), et celui que décore une photo de cendrier dont les cendres qu’il contient ont la forme d’un fœtus. Lecteurs, lectrices, si vous voulez me faire plaisir, envoyez-moi les vôtres !* (Vides, s’il vous plaît : je suis non-fumeur)

Glissons rapidement, pour en finir avec cet aparté qui n’est pas tout à fait le sujet de cette chronique, sur le fait que le tabac, si on met en balance les dépenses de santé publique, le manque à gagner dû aux morts qui se soustraient prématurément à l’impôt, l’argent que rapportent les taxes et les économies réalisées sur les retraites non-versées aux fumeurs décédés, est une source de revenus pour l’État. Un milliard à peu près, selon BFM, ce qui fait de l’État la seule entité (à ma connaissance) à militer contre l’exercice d’un commerce dont elle tire profit.

UN MONDE OÙ LA MORT RICANANTE A GAGNÉ

Moi, ces paquets neutres, les photographies gores ou simplement sordides qui les accompagnent, le marronnasse qui a été choisi, je les trouve révélateurs de notre déséquilibre. Quand j’observe mes contemporains, quand j’examine leurs actes, leurs discours, leur manière d’appréhender les tragédies de leur époque (ou le mouvement de l’Histoire, comme vous préférez), j’ai le sentiment d’avoir affaire à des gens qui face à la mort, à laquelle ils pensent en permanence, sont tiraillés entre le désir puissant et la peur extrême, et que ce tiraillement se traduit par un cynisme extraordinairement déprimé. La France était le pays de l’humour : elle est devenue celui du rire jaune. Et je ne m’exclue pas de la farandole névrosée, moi qui manifeste mon envie de collectionner ces paquets promettant la mort à ceux qui les achètent, moi qui compare l’argent que coûtent les fumeurs, l’argent qu’ils rapportent, et qui ricane en constatant combien la mort est un bon business.

Nous sommes des gens bizarres. Chaque fois que ça empire quelque chose en nous se réjouit, quelque chose jouit à chaque lézarde, à chaque menace que ça dégringole pour de bon sur nos crânes. Nous jouissons d’avoir le président le plus impopulaire du siècle. Nous jouissons de l’impuissance de l’État face au terrorisme, face à la crapulerie de la haute-finance, face à sa propre corruption, face à l’imbécillité de certains d’entre nous. Nous jouissons de notre propre impuissance, petits Nérons que nous sommes tous devenus, et qui pendant que brûle Rome, cherchent la meilleure punchline, celle qui sera le plus retwitée. De l’affreuse, de la terrible stupidité de certains d’entre nous, nous tirons un plaisir indicible, sale ; le paquet neutre, ce concentré d’ironie morbide, est un parfait résumé de ça. Un produit mortel, que nous consommons par plaisir, vendu très cher par des gens conscients de nous tuer, et que l’État autorise et empêche dans le même mouvement, cet État que nous voyons tout à la fois comme notre patron, notre employé, notre représentant et notre ennemi. Qui dit mieux ? Quel objet pourrait-on trouver pour incarner aussi bien nos contradictions, nos incohérences, le plaisir que nous éprouvons à aller mal et à en être lucides ?

LA VIE EST UNE FARCE MAIS JAMAIS UNE BLAGUE

Il paraît qu’en fin d’année, on prend des résolutions. Pour ma part, je vais tenter de résister un peu mieux, un peu plus, à l’ironie, à la malice, au persiflage, tous ces anticorps qui, naguère salutaires, sont devenus cancers à force qu’on les laisse prendre possession de tout. Je vais essayer de me souvenir, à chaque seconde si je peux, que la mort, la littérature, l’amour, sont des choses sérieuses, que la vie est souvent comique mais qu’elle n’est jamais, jamais, au second degré.

Et ma collection de paquets de cigarettes macabres, j’en ferai non pas un objet dérisoire, ni un outil de dérision, mais un memento mori, bordel de merde.

Joyeux Noël à tous.

*Christophe Siébert, 5 rue Sainte-Rose, 63000 Clermont-Ferrand. D’avance, merci. J’exposerai sans doute sur ma page Facebook les plus dégueulasses.

Une chronique de la rédaction d’AuvergneRhôneAlpes.info – Christophe Siébert

Nathalie K et son boudoir du style, un showroom girly au cœur de Lyon

Le coaching depuis plusieurs années a le vent en poupe, coaching sportif, coaching pour la cuisine, coaching pour maigrir… Tout est conçu autour du bien-être de la personne. Peut-être est-ce le miroir d’une société individualiste ? Pour autant le constat est là, même si le prix d’un coach est assez onéreux, la demande est présente et certaines personnes ont vu l’opportunité de se reconvertir professionnellement en véritable « coach ». C’est le cas de Nathalie Khatir, qui à 33 ans, est conseillère en style, conseillère en image et également maquilleuse dans le centre de Lyon. Après un cursus universitaire dans la communication d’entreprise, elle s’est donc spécialisée dans la communication de l’image de soi et de la personne.

Nathalie Khatir est une femme très féminine qui a le conseil juste dans la peau. Ses amies, l’ont compris et lui demandent de les conseiller au cours de journées shopping dans Lyon. Ainsi, Nathalie se forge un œil de sphinx et repère très vite, en fonction, de la physionomie ou de la morphologie d’une personne, ce qui va et ce qui ne va pas. « Je me suis toujours intéressée de très près à la mode, aux tendances, à la beauté aussi : toutes les astuces et les nouveautés », souligne-t-elle.

Quand PressNut News questionne Nathalie K sur sa profession et la différence qu’elle fait entre une conseillère en image et une blogueuse de mode, celle-ci répond du tac au tac qu’une blogueuse de mode n’est pas au contact des particuliers, elle véhicule une image. Elle, de son côté, a vraiment le contact avec les femmes de tout âge et il y a un échange autour de leurs besoins, de leurs objectifs, leurs complexes. « Il y a un coté  ‘psychologie’ dans ce travail », précise-t-elle.

Nathalie K n’a pas vraiment de modèle dans le milieu de la mode, elle s’inspire vraiment de tout ce qui se fait : « Je m’imprègne, je m’inspire de la mode de la rue parce que mes clientes ne se retrouvent pas forcément à travers une célébrité ». Ses clientes font l’objet d’une étude de style : ce sont plusieurs visuels qui constituent un ‘look book’. Et Nathalie est clairement pour le mélange des styles : « je leur dis que dans tous les cas, elles ne vont pas aller s’enfermer dans un style. Nous avons forcément plusieurs styles, à mon sens, qui nous correspondent et qui varient en fonction des jours. Il y a des jours où l’on a envie un style un peu plus sportswear par exemple, le lendemain nous avons envie d’un côté un peu plus glamour. Cela va dépendre également des événements, des occasions. Il n’y a pas de style type défini. C’est vraiment en fonction de chaque femme et l’on a différents styles. Le but pour moi est de mixer différents styles justement avec la touche au niveau des accessoires. »

Le  Shopping Privé des Lyonnaises, le nouveau rendez-vous Style et Beauté incontournable

Le shopping privé des Lyonnaises est un concept que Nathalie K a lancé à partir des retours de ses clientes sur les mauvais côtés du shopping : «  Pour elles, c’était devenu un calvaire. Dès qu’elles entraient dans une boutique, elles se sentaient perdues. Cela dépend aussi de l’enseigne, parce que forcément quand on va chez Zara, les vendeuses sont débordées et ne peuvent pas conseiller. Et du coup, il y avait un dégoût, elles ne prenaient plus de plaisir. Après quoi, cela devenait un cercle vicieux aussi. Pas de shopping signifiait rien à se mettre le matin et du coup mes clientes perdaient confiance en elle. Alors, je me suis dit : pourquoi ne ferai-je pas moi-même ma propre sélection auprès de différentes marques ? Je propose donc un événement privé dans lequel je suis là pour conseiller chaque personne, les aiguiller sur des idées de look. »

Ce shopping privé se passe en général tous les samedis après-midi, au boudoir du style, un showroom avec un côté très privé et intimiste. Nathalie K organise des événements pendant lesquels des séances de maquillage peuvent être faites. Le shopping privé est découpé en deux moments forts : la première partie sera axée sur l’essayage, le conseil. Nathalie K présente chaque pièce, ses clientes font leurs essayages et Nathalie K est là justement pour les conseiller. Ensuite, il y a une partie beauté pendant laquelle Nathalie K aborde, par exemple, la manière de bien maquiller ses lèvres, comment les mettre en valeur.

A l’approche des fêtes de fin d’année, PressNut News a forcément interrogé cette spécialiste de la mode sur les vêtements à porter. Cette dernière nous a conseillé des petites robes noires dans différentes morphologies évidemment avec un effet de pailleté, du sequin et nous a livré son secret pour égayer le noir : jouer énormément sur les accessoires (les escarpins, les bijoux, les foulards).

 

Tranche de vie d’un crevard underground

Le 17 novembre 2016, par Christophe Siébert

« Qu’arrivera-t-il aux artistes sérieux qui souhaitent conserver [leurs] qualités dans leur travail ? » « Ils seront underground »
(Marcel Duchamp, 1962)

C’est l’histoire d’un type qui écrit dans des revues littéraires et dans des fanzines de poésie. C’est l’histoire d’un type qui passe des heures et des heures à travailler sur des textes ensuite lus par deux cent, trois cent, cinq cent lecteurs et ce type n’en retire pas un sou, c’est l’histoire d’un type qui bosse gratuitement. Mais pourquoi est-ce que ces revues, ces fanzines vendus dix ou quinze balles, ne paient-ils pas leurs auteurs ? Sont-ils radins ? Eh ! non. Simplement, les personnes qui les dirigent ont fait le choix de refuser les subventions, ou bien alors en ont demandées et attendent encore une réponse. Alors tout le fric que génèrent les ventes et les abonnements sert à payer l’imprimeur. Et quelques autres frais fixes, en tout cas pas à enrichir les auteurs, ni les maquettistes, ni les rédac’chef, ni personne qui est lié de près ou de loin au contenu de l’objet, en fait. L’encre et le papier valent plus cher que les mots, mes amis.

C’est l’histoire d’un type qui écrit des recueils de poésie, des recueils de nouvelles, des romans. Tous ces livres sont publiés à quelques centaines d’exemplaires par des éditeurs courageux et pas très connus, certains sont quelquefois prestigieux dans ce qu’on appelle en France l’underground, et ils luttent d’une année sur l’autre pour simplement ne pas crever. C’est l’histoire d’un écrivain le plus souvent payé en exemplaires qu’il doit vendre lui-même (théoriquement, ça n’est pas légal), parfois en droit d’auteurs, et tout ça correspond, en gros, à quelques centaines d’euros gagnés chaque année pour des livre qui vont être lus par deux ou trois cent personnes, cinq cent les années fastes, des livres qui auront demandé un an, deux ans, trois ans de travail.

Serait-ce l’histoire d’un type dont les éditeurs sont radins ? Eh ! non. Simplement, ils refusent de demander de l’aide au Centre National du Livre (ou bien la demandent mais le CNL considère que ça ne vaut pas le coup de les aider, qu’il vaut mieux filer son fric à Verticales ou à Actes Sud, ces maisons menacées par l’indigence). Mais où va le fric, alors, si les bouquins se vendent aussi bien, aussi mal, qu’ailleurs ? Chez l’imprimeur, essentiellement, un petit peu dans les poches du libraire et, pour les plus téméraires d’entre eux, dans celle du diffuseur – le diffuseur, c’est le VRP qui va de librairie en librairie pour convaincre le cher commerçant de prendre tel ou tel livre, un peu comme le représentant Ricard dans les bistrots. En fait, la plupart des livres se vendent à perte et chaque fois que vous en achetez un, vous coûtez du pognon à l’éditeur, arrêtez !

RSA ET BIÈRE LIDL

Blague à part, ce qui fait tenir les revues, ce sont les pubs et les subventions, et les revues indépendantes n’ont ni l’une ni l’autre, et ce qui fait tenir les éditeurs ce sont les subventions et les gros succès, et les éditeurs dont je parle ici n’ont ni l’une, ni l’autre : quand un auteur commence à marcher un peu, il fuit à toute jambe les Marais Maudits de l’Underground pour aller lui aussi signer chez Gallimard et serrer la louche aux pigistes de Libération. Évidemment, vous croyez quoi ? Qu’ils sont des missionnaires ?

Alors, voilà, pas de sou pour payer l’éditeur (tous ceux dont parle cette chronique sont au RSA, ou bien en fin de droit, ou bien dépendants d’un travail alimentaire), encore moins pour payer l’auteur.

C’est l’histoire d’un type qui, pour faire connaître son travail à de nouveaux lecteurs, a cherché un moyen de faire de la promo qui ne passe pas par la télé (vu qu’il n’en ont rien à foutre de lui), ni par France Inter (vu qu’ils n’en ont rien à foutre de lui), ni par la presse culturelle (vu que la presse culturelle, en France, a pour mission de faire connaître au public des auteurs que le public connaît déjà). Alors, que fait-il ? Il lit ses textes sur scène. Il monte quelquefois de belles tournées. La prochaine, en duo avec une collègue à lui, va durer trois semaines et enchaînera presque vingt dates en France, Belgique, Suisse. Bien sûr, comme ils ne sont pas intermittents et ne jouent que dans des lieux qui ne sont pas subventionnés et refusent de faire payer l’entrée quinze balles et vendre le demi de bière à cinq euros, ils leur restera dans les poches, une fois déduits tous les frais, entre cinq cent et mille euros s’ils se démerdent bien. Au black, évidemment, et qui viendront s’ajouter aux quelques autres sources de revenu. L’une d’elles, c’est l’écriture de chroniques comme celle que vous êtes en train de lire. Chaque chronique écrite pour PressNut lui rapporte cent euros, il en écrit deux par mois. Il accepte aussi des commandes de toutes sortes, des choses qui l’intéressent, d’autres qui l’intéressent moins, en tout cas il dit oui à peu près à tout du moment que ça paie les factures, car il a choisi de ne rien faire d’autre qu’écrire, et comme il est têtu comme une brique il ne changera pas d’idée. Heureusement qu’il y a le RSA, les bus pas cher et qu’Internet est accessible à tout le monde, sinon y a bien longtemps qu’il serait redevenu clochard.

L’UNDERGROUND SENT LA CHAUSSETTE SALE

L’underground est un mot aimable pour désigner, dans l’art et la culture, l’ensemble des gens qui ne vivent pas de leur travail et sont trop cons pour envisager de faire autre chose de plus lucratif. Si vous connaissez des boulangers que la faillite menace, des médecins qui devraient faire deux fois plus de consultations pour vivre correctement, des garagistes ou des agriculteurs qui vivent de l’aide sociale pour compléter leurs revenus, si vous connaissez des mères célibataires cumulant deux ou trois mi-temps sous-payés pour joindre le deux bouts, alors vous pouvez vous faire une bonne idée de ce qu’est l’underground.

Petite parenthèse pour que vous pigiez comment ça se passe dans le monde réel, en-dehors de l’underground : vendre cinq cent bouquins, c’est pas si mal. Des tas de type que vous connaissez parce qu’ils sont chroniqués dans Télérama n’en font pas autant. J’en connais un – j’ai pas le droit de dire son nom ni de nommer son éditeur mais c’est de source sûre, faites-moi confiance, mon indic a vu les factures – qui pour son dernier livre, une centaine de pages écrites tellement gros que ta grand-mère pourrait les lire dans le noir, a touché 80.000 euros. L’éditeur est-il richissime et généreux ? Point du tout ! C’est le ministère de la culture qui paie, tout va bien. Qu’on s’entende bien : je ne dis pas ça pour pourfendre la corruption. 80.000 euros pour un mauvais bouquin et que personne ne lira, c’est du fric qui ne servira pas à financer une nouvelle centrale nucléaire, qui ne servira pas à fabriquer un nouveau char d’assaut, et j’aime autant qu’il serve à promouvoir l’embourgeoisement des écrivains sans talent plutôt que l’asservissement des peuples – par contre, j’aimerais bien en croquer moi aussi, du bon pognon !

Bon. Remettons les pendules à l’heure un instant. Cette chronique n’est pas là pour faire couiner les violons. Le but n’est pas qu’on plaigne ces pauvres gens qui après tout ont choisi cette vie et qui se marrent pas mal. C’est une existence superbe et je vous recommande, à tous, de lâcher vos boulots et de vous y mettre. C’est l’histoire d’un type qui bosse quinze heures par jour parce qu’il ne sait, ni n’aime, rien faire d’autre. C’est l’histoire d’un type qui peut faire l’amour à l’heure qu’il veut, manger quand il en a envie et dormir quand il a sommeil plutôt qu’à des horaires imposés par un contexte qu’il ne maîtrise pas. C’est l’histoire d’un type qui est libre, aussi libre qu’on peut l’être dans ce monde, et qui accepte joyeusement d’en payer le prix. C’est l’histoire d’un type qui a autant de chance de devenir riche qu’un joueur de Loto, sauf qu’au lieu de jouer au Loto il pratique un jeu autrement plus passionnant : il écrit.

Bref, tout ça pour dire, chers lecteurs, que je pars en tournée du 16 novembre au 9 décembre et que par conséquent, dans quinze jours, il n’y aura pas de chronique, je n’aurai pas le temps de l’écrire : je vais passer les trois prochaines semaines à dormir dans des bus et des sleepings qui puent la chaussette, à me saouler la gueule à la bière Lidl, à stresser comme un maboule avant de monter sur scène. La chronique que vous venez de lire est la lettre de justification la plus putassière de toute l’histoire de cette longue discipline, autrement dit.

Cette chronique est dédiée à tous mes copains et à toutes mes copines qui écrivent, dessinent, font de la musique, créent des revues et des fanzines, éditent des livres.

Une chronique de la rédaction d’AuvergneRhôneAlpes.info – Christophe Siébert

La ville de Sauxillanges en plein remue-méninges

Le 15 novembre 2016, par Marie Cartigny

Depuis mai 2016, quatre architectes ont transformé l’ancien garage Renault du bourg de Sauxillanges en QG (La Mécanique du Bourg) pour tenter de résoudre, au plus près des habitants, avec leurs propres « caisses à outils », les problématiques liées au bâti, à l’espace public, à la vie sociale et culturelle. Émeline Romanat, architecte-médiatrice au sein de L’association, bureau d’étude associatif, créé il y a un peu plus d’un an à l’occasion de l’appel d’offre sur le bourg d’Ambert, a répondu aux questions de PressNut News.

Vous êtes en résidence depuis mai 2016 à Sauxillanges, quel a été votre premier sentiment sur la ville et ses habitants ?

Très positif. Nous avons été très bien accueilli à la fois par l’équipe municipale en place et les premiers habitants que nous avons rencontrés. Nous avons senti que la ville regorge de « personnes ressources » et qu’il y a plein de projets soit en sommeil, soit en cours. Des projets qui sont assez prometteurs comme le Jardin pédagogique qui vient de démarrer mais aussi il y a tout un groupe de militants autour de l’AMAP et de la Doume, la monnaie locale. C’est un groupe très actif que nous avons rencontré assez rapidement. L’AMAP, ce sont des paniers de produits locaux qui sont distribués une fois toutes les deux semaines au dortoir des moines. Les AMAP sont des ensembles de producteurs qui viennent faire de la vente directe locale.

Votre atout au sein de l’Association est de fédérer des énergies, quelles sont vos actions pour ce faire ?

Nous avons tout un tas d’actions. Déjà le fait d’être en résidence. Pour nous, c’est un peu l’outil central, c’est-à-dire qu’une semaine par mois, nous occupons les lieux. Nous sommes en immersion ce qui nous permet de rencontrer des gens de manière fortuite en allant au marché, en allant faire nos courses. Donc, déjà c’est une chose qui est très importante pour nous. Cela nous permet d’être repérées.

Le local, cet ancien garage, c’est une forme de QG où nous proposons une certaine pédagogie. Cette présence régulière crée des habitudes, une fois sur l’autre les villageois viennent nous revoir. Ils savent que nous sommes là toutes les dernières semaines en fin de mois. Il s’agit donc vraiment d’un travail au long cours avec une confiance qui se crée au fur et à mesure et qui se consolide tout au long de l’étude. Ensuite, nous fédérons les énergies, nous développons tout un tas d’outils autour cette dynamique. Cela représente un important travail de communication. Du coup, comme nous nous sommes installés dans un garage, nous ce que nous aimons faire c’est raconter toute une histoire autour de ça. Par exemple, nous avons renommé le lieu en arrivant : « La Mécanique du Bourg ». Dès lors, dans nos communications, nous travaillons beaucoup autour de cette métaphore de la mécanique, nous proposons aux gens de voir ce qui se passe sous le capot de la ville. Nous recréons un univers : nous sommes en bleu de travail et les habitants nous appellent « les mécaniciennes ».

Fédérer des énergies va passer par des réunions que nous organisons : en fait, au fur et à mesure que l’étude avance, une partie de notre travail consiste aussi à repérer des porteurs de projets et essayer de voir comment les accompagner au mieux et comment faire en sorte qu’ils trouvent leur place dans un projet d’ensemble. Par exemple, ces personnes qui font parties de l’AMAP et de la Doume nous ont sollicitées assez tôt en nous disant qu’ils avaient, suite à la fermeture de la supérette en centre-ville, pour projet de réfléchir soit à créer un magasin de producteurs, soit un magasin géré par des consommateurs. En tout cas quelque chose qui propose à la vente des produits en vrac, des produits locaux et donc quelque chose qui n’existe pas encore à Sauxillanges.

Nous essayons de capter ce qui se passe dans l’air et de réunir les différents interlocuteurs porteurs de projets autour d’une table afin de voir comment passer à l’action. En huit mois, nous ne pourrons pas tout faire mais au moins nous pourrons amorcer des actions et planter des graines.

Vous faites appel à des intervenants extérieurs également ?

Par exemple, nous avons un partenariat avec le DASA, le Développement Animation Sud Auvergne, une association amie à qui nous avons demandé de faire délocaliser une action qui existe déjà. DASA est basé à Brioude et ils font de l’accompagnement aux porteurs de projets, c’est vraiment leur métier. Notre association, qui réunit des architectes, a plutôt vocation à s’occuper de l’aménagement de l’espace. Donc là, nous avons proposé à Marie du DASA de faire une permanence quand nous serions présentes. Et comme nous avions déjà identifié les projets en sommeil ou en attente on lui a calé des rendez-vous, sur toute une matinée, elle a ainsi pu rencontrer 5 ou 6 porteurs de projets et elle a enclenché un premier contact. Elle va pouvoir maintenant avancer avec eux et les accompagner plus loin puisqu’elle a les compétences pour parler de toute la partie économique, poser les problèmes et leurs envies et identifier ce dont les gens ont besoin. Elle a vraiment une méthode pour cela et du coup il y a eu une première permanence qui s’est tenue et qui a été très positive.

Et vous en tant qu’architecte, quel est votre diagnostic sur la ville de Sauxillanges ?

Nous avons fait 3 mois d’enquêtes partagées où nous avons embarqué des habitants avec nous pour élaborer un diagnostic et du coup l’étude que nous menons touche un ensemble de sujets très vastes. Le diagnostic est résumé en 6 carnets.

Les problèmes de circulation en ville est le sujet le plus frappant et la première chose dont le public nous parle. Ce qui se passe à Sauxillanges au niveau de la circulation est que le village n’a pas eu de grosses réfections de voiries depuis un certain temps : la voiture prend énormément de place que ce soit au niveau du stationnement ou de la circulation. Le diagnostic que nous en faisons est que certains axes sont très passants où clairement il n’y a pas d’aménagement pour les piétons ni pour les vélos. Il y a du coup des problèmes de sécurité, de bruit qui sont très compliqués.

Nous pensons que c’est donc la première action à mener : travailler à apaiser la circulation. Pourquoi ne pas créer une zone 30 sur l’ensemble du centre-ville. La manière que nous avons d’avancer est de proposer plusieurs scénarios. Nous avons donc proposé au niveau de la circulation, un scénario qui provoque un grand chamboulement où la voiture est vraiment très restreinte ou un scénario minimum où l’on fait quelques aménagements sur des endroits qui sont très dangereux, par exemple au niveau du château, à l’entrée de la rue des moines, il y a un resserrement, donc nous interviendrons sur des secteurs clés. Soit un scénario intermédiaire.

Que va-t-il se passer à la fin de votre intervention ?

A la fin de notre intervention, vu que nous abordons beaucoup de sujets et que nous devons proposer à la Commune une feuille de route avec toutes les actions à mettre en place dans les années qui arrivent, il va falloir que nous fassions un espèce de bilan financier et démontrer où mettre le paquet, et prioriser les choses.

Nous sommes dans une phase où nous explorons les possibles. Dans la troisième phase qui aura lieu de novembre à Janvier, nous allons commencer à concrètement mettre en place des actions avec l’équipe communale : qu’est-ce que l’on fait et où nous mettons le paquet ? Il se peut que nous mettions l’accent budgétaire sur la circulation parce qu’effectivement, il s’agit d’un gros problème.

Tous les scénarios que nous avons mis en place, nous les avons faits pour essayer de voir s’il y avait une chose qui ressortait, une direction et à l’heure qu’il est, nous ne pouvons pas dire qu’il y ait un scénario qui ait fédéré tout le monde. Le scénario « Village détendu » où Sauxillanges devient un peu un village dortoir (les habitants ne travaillent dans leur commune / ou travaillent tous hors de leur commune, ils sont très dépendants de la voiture) a retenu l’attention de certains habitants. Notre crainte à L’association est que ce scénario risque d’arriver si aucun projet ambitieux ne voit le jour ; c’est la tendance vers laquelle nous allons s’il n’y a pas d’action communale et citoyenne.

Cependant, le scénario au niveau du patrimoine constitue une véritable carte à jouer à Sauxillanges mais avec un bémol : les habitants ne veulent pas être un village mis sous cloche pour faire plaisir aux touristes.

Policier Moustachu…

Le 03 novembre 2016, par Christophe Siébert

Prince Jésus qui a puissance sur tous,
Fais que l’enfer n’ait sur nous aucun pouvoir :
N’ayons rien à faire ou à solder avec lui.
Hommes, ici pas de plaisanterie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.
(François Villon, La ballade des pendus)

Ce qui est sûr, c’est que les policiers en colère ont très peu de chances de se faire gazer, taper sur la gueule ou embarquer par leurs collègues CRS ! Encore que, on sait pas comment la situation pourrait tourner. Une possibilité de guerre civile, serait par exemple l’affrontement entre les policiers manifestants et leurs collègues fidèles au gouvernement, chacun sommé de choisir son camp, fusil contre fusil. Cette guerre profiterait évidemment aux criminels de tous poils parce que de toute évidence, les types comme moi ne risquent pas de se défendre tous seuls. Ce serait une fin du monde très violente et que les paranoïaques actuels n’évoquent guère dans leurs bouquins catastrophistes. C’est dommage, elle a de la gueule.

UNE GRENADE AU PALAIS-BOURBON

Depuis la Libération, la police n’a pas souvent manifesté. Il faut dire que, contrairement à la plupart des autres travailleurs, les policiers n’ont pas le droit de le faire pendant leurs heures de service. La première fois, c’est en 1946 – ils ne sont pas les seuls, d’ailleurs, puisque c’est la majorité du secteur public qui manifeste également. Ils réclament de meilleurs salaires. Les policiers seront entendus, mais le droit de grève leur sera retiré peu après.

En 1958, nouvelle révolte. Ils seront 5000 en civil dans tout Paris, dont 2000 devant les grilles de l’Assemblée Nationale, que ne tardent pas à rejoindre leurs collègues en tenue. Les slogans ne rigolent pas : « Vendus, salauds ! Nous foutrons même une grenade au Palais-Bourbon ! » (Cité par le France-Soir de l’époque). Ils veulent la dissolution du Parlement et que l’Algérie reste française, ils veulent des primes de risque et, globalement, à peu près les mêmes choses que leurs collègues actuels. Au bout du compte ils seront l’une des causes de la chute de la quatrième République et du retour au pouvoir du général de Gaulle, qui s’empresse de nommer Papon à la tête de la préfecture de police.

En 1983, aux obsèques d’un gardien de la paix abattu par des braqueurs liés à Action Directe, le ministre de l’Intérieur, Gaston Deferre, est hué par des centaines de policiers. Devant le ministère de la Justice, ils sont aussi nombreux à réclamer la démission de Robert Badinter et le rétablissement de la peine de mort. « Badinter assassin », crient-ils, avec une involontaire ironie. Ils veulent plus de répression et sont entendus puisqu’à Deferre succèdent Joxe puis Pasqua, qui ne sont pas vraiment des tendres.

Bref, quand les policiers gueulent, des têtes tombent, et pas qu’un peu.

ET AUJOURD’HUI, QUE VEULENT-ILS ?

Leurs revendications officielles, telles que présentées par les deux syndicats majoritaires que sont UNSA-Police et Synergie Officiers, portent sur quatre points principaux :

— Fin de la politique du chiffre et de la prime au résultat ;
— Répression accrue des violences faites aux policiers ;
— Davantage d’effectifs, de matériel, de pognon ;
— Fin des tâches indues telles que le transfert de détenus, par exemple*

Les revendications individuelles des flics interrogés par les journalistes** sont à la fois plus imagées et plus variées : « On est dans l’hyperviolence : pour procéder à une arrestation, on doit faire face à une vingtaine de personnes » ; « Ils n’ont plus peur d’aller tuer les flics » ; « Je ne sais pas si c’est parce qu’ils n’ont plus peur de nous, ou si c’est parce qu’ils n’ont pas peur de la sanction » ; « Un gilet tactique, pour pouvoir porter le matériel au lieu de bourrer ses poches de pantalon, ça coûte environ 70 euros, ou beaucoup plus s’il est pare-balles. Il faut souvent qu’on utilise des gants à usage unique pour éviter de souiller des traces lors de constatations de cambriolage, c’est à notre charge aussi » ; « Les véhicules sont tout le temps en panne » ; « Les vacances sont de plus en plus compliquées à prendre » ; « J’ai des tonnes d’heures supplémentaires que je ne peux même pas poser » ; « Cela me choque que malgré les attaques terroristes on nous mette en Kangoo pour des vacations de huit heures »

CINQUANTE MILLIONS D’AMIS

Selon un sondage IFOP, 91% des personnes interrogées (elles sont 1000 en tout) déclarent trouver justifiée la colère des policiers, ce qui est une sorte de record puisqu’ils ne sont que 60% à approuver les manifestations liées à la Loi Travail, par exemple.

Je sais pas. Moi, je continue à en avoir peur, de la police, et à la mépriser, globalement. Je ne conteste pas la nécessité d’un bras armé de la Société. Comme je disais, je serais bien emmerdé d’avoir à me défendre moi-même, la seule arme que je sais manier avec efficacité, c’est le coupe-ongles (mais grand modèle, quand même, je suis pas une mauviette à ce point). Pourtant, quand je les vois, j’ai pas envie de leur demander mon chemin. Et quand je lis toutes les accusations de sexisme, racisme, violence injustifiée, abus de pouvoir, qui leur tombent dessus à longueur de temps, ça me donne pas envie d’aller manifester avec eux pour qu’ils soient davantage armés.

Ce qui me gêne aussi beaucoup, c’est que dans leurs revendications, on entende pas parler de deux trucs essentiels à mes yeux : une formation plus longue et un niveau de recrutement plus élevé. Parce que là, aucun diplôme exigé pour passer le concours d’ADS et 14 semaines de formation, pour des types qui sont armés (je cite : « L’arme administrative est la même pour tous policiers, néanmoins au contraire des gardiens de la paix, les ADS n’ont pas le droit d’avoir leur arme en dehors des heures de service, elle doit obligatoirement être rangée dans un coffre-fort du commissariat à chaque fin de service. »***), je trouve pas ça rassurant. Pour un gardien de la paix, la formation est de douze mois. Je sais pas si ça vous paraît beaucoup, mais à moi non. Considérant qu’ils « assument des missions de surveillance et de sécurisation, d’aide et assistance aux personnes, de circulation routière, de garde et de protection, des missions de police judiciaire et de recherche de l’information »***, j’aimerais bien qu’ils en sachent un peu plus long. Je veux dire, un bibliothécaire de même grade, dont le boulot consiste à ranger des bouquins sur des étagères et à répondre aux questions des mémés qui cherchent le dernier Musso (no offense, hein), est formé pendant six mois. Ça doit être vachement concentré, la formation de policier, pour que tout tienne dans le double de temps, non ?

SORTIS DU PURGATOIRE

En tout cas ça porte ses fruits, toute la propagande sécuritaire, toute la culture policière dans laquelle on baigne, les séries télé, les romans et tout le bastringue. Les flics ne sont plus des salauds qui assassinent, ne sont plus le bras armé de l’État, ils sont devenus le rempart du peuple contre la violence terroriste et contre celle des dealers et autres petits salauds. On a tous embrassé un flic, on dirait. Une autre hypothèse, c’est que les gens en ont tellement marre de Hollande qu’ils sont prêts à soutenir tous ceux qui veulent le faire chier, que ça soit Dieudonné, les flics, n’importe qui pourvu que l’autre en fasse des nuits blanches. Pourquoi pas.

Je crois plutôt que la période de purgatoire consécutive à l’activité de la police pendant l’Occupation, prend fin.

Pour mémoire : 167 policiers parisiens morts en héros pendant la Résistance, contre 3000 qui prêtent serment à Pétain le 20 janvier 1942. Et 75.000 juifs déportés avec l’aide de la police française (dont 13.000 dans la seule nuit du 16 au 17 juillet 1942 et rassemblés au Vélodrome d’Hiver, et 10.000 dans les nuits du 26 au 28 août 1942 dans la zone sud)****.

Malgré ça, l’un des premiers gestes que fera de Gaulle après la Libération, c’est attribuer la Légion d’honneur à la préfecture de police de Paris, affirmant qu’ils « ont donné à toute la nation un bel exemple de patriotisme et de solidarité ».

Bien sûr, il n’est pas question ici de mettre tout le monde dans le même sac (dans le même S.A.C. ?). Il y a eu des Résistants dans la police, et dès la première heure (cf. l’affaire du Coq Gaulois). Mais il y a eu surtout beaucoup de policiers qui, se pensant au service de l’État quel qu’il soit, ont collaboré. Et ceux-là, à la Libération, n’ont guère été inquiétés. C’est que de Gaulle avait à résoudre un dilemme : envoyer une certaine proportion de sa police en prison, ou bien passer l’éponge et reconstruire le pays avec son aide. Et comme il avait peur des communistes, le général, comme il craignait qu’ils prennent le pouvoir, je ne vous fais pas de dessin…

L’ambiance a dû être bizarre, ces années-là, dans les commissariats, quand devaient se côtoyer ex-Résistants et ex-collabos… Et on parle de Papon ? Devenu en 1958 premier préfet de la police de Paris de la cinquième République (et là, je vous renvoie au début de la chronique). Et les Groupes Mobiles de Réserves, ça vous rappelle quelque chose ? L’ancêtre des C.R.S. – c’est Bousquet qui a crée ça, le même Bousquet qui a délivré des cartes d’identités française à plus de 200 policiers allemands.

LA FOIRE À LA SAUCISSE

Alors, comment conclure cette chronique qui part dans tous les sens ? Bien sûr, les policiers d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’il y a soixante-dix ans. Mais en un sens, ils sont les mêmes. Ils sont les mêmes parce qu’ils ne remplissent toujours pas, pour beaucoup d’entre eux, la totalité de leur fonction. Ils sont inféodés à l’État et seulement à lui, et on le voit dans leur revendications, d’ailleurs, et oublient qu’ils devraient, aussi, être inféodés au peuple, ce peuple qu’ils répriment pourtant chaque fois qu’on leur en donne l’ordre, quand bien même cet ordre est injuste. Les policiers n’ont pas à juger des ordres qu’on leur donne, dites-vous ? Ils n’ont pas à juger leurs supérieurs ? Eh ! Pourtant, ces jours-ci, ils ont l’air de trouver que le gouvernement les prend pour des jambons, non ? Alors, qu’ils ne s’arrêtent pas en si bon chemin ! Qu’ils changent de camp, à Calais, à Notre-Dame des Landes, à Nuit Debout ! C’est partout en France, la foire à la saucisse. Et si tous les jambons du monde voulaient se donner la main… Gauchistes, flics, profs, ouvriers : tous ensemble, vous faites sauter la cinquième République en deux nuits. Chiche ?

PS : le titre est évidemment tiré de la jolie chanson de Ludwig von 88.

*On peut trouver le détail des revendication ici : http://unsa-police.fr/ et ici : http://www.synergie-officiers.com/IMG/pdf/colere_des_policiers_-_action.pdf
**Sources : France Inter et France Infos
***Source : http://www.lapolicenationalerecrute.fr/Blog/Les-differences-entre-Adjoints-de-securite-et-Gardiens-de-la-paix
****Source : archives de la Préfecture de Police

Lyon : pourquoi ne pas tester la médecine chinoise ?

Le 21 octobre 2016, par Marie Cartigny

C’est auprès de Natacha Badrov que PressNut News a voulu se renseigner sur la médecine chinoise. D’abord parce qu’elle a fait ses études à Lyon en 2005 à la FLECT, la seule école de formation en médecine traditionnelle chinoise en France agréée par la World Federation of Acupuncture-Moxibustion Societies (W.F.A.S), organisme reconnu par l’Organisation Mondiale de la Santé. Et également parce qu’elle a une approche intéressante de la médecine chinoise. Remontons, avec vous, à l’origine de l’acupuncture , créée par des moines taoïstes méditant toute leur vie dans les montagnes, il y a des milliers d’années, grâce à cette thérapeute lyonnaise.

Praticienne en Acupuncture, Shiatsu et Chi Nei Tsang, l’approche de Natacha Badrov est la prise en charge globale de la personne : « Nous savons tous que nos problèmes de santé affectent le plus souvent notre psychisme et, de leurs côtés, nos émotions, nos sentiments et certaines de nos attitudes envers la vie génèrent à leur tour des maux physiques. Il s’agit de faire le lien entre le psychique et le physique et donc d’avoir une approche holistique. »

Cette approche holistique n’est pas sans rappeler les principes du Taoïsme auxquels a été formée Natacha Badrov par le moine Man Yan Hor, expert en méditation chinoise (Chi Kong : « Chemise de Fer », « Orbite Microcosmique », « Sourire Intérieur de l’Énergie Curative », « Tao Yin ») et précurseur d’un autre style d’acupuncture. Par ailleurs, c’est auprès de lui que la thérapeute en médecine chinoise a pu perfectionner sa formation en Chi Nei Tsang, qui signifie littéralement « travailler l’énergie des organes internes » ou « transformation de l’énergie des organes internes ». Le Chi Nei Tsang est une approche holistique du massage originaire de la vieille Chine Taoïste. Il consiste en un massage à la fois doux et profond du nombril et des organes du ventre. Il constitue un moyen puissant pour dissoudre les énergies négatives qui se sont accumulées au fil des années dans les différents organes du corps. Ces mauvaises énergies peuvent se manifester dans le corps sous forme de pathologies qui peuvent toucher le physique, le mental et l’émotionnel. De par son approche holistique, le Chi Nei Tsang va à la source des problèmes, y compris en apportant des réponses aux maladies psychosomatiques.

Natacha Badrov pratique ce soin thérapeutique en même temps que l’Acupuncture ou que le Shiatsu (ou « pression du doigt ») : deux branches de la médecine chinoise auxquelles elle a été formée dès 2005. Ainsi, explique t-elle son parcours : « J’ai commencé à mettre un pied dans la médecine chinoise à travers le Shiatsu. Je me suis formée en Shiatsu pendant 3 ans. Suite à cela, j’ai poursuivi pendant 5 ans des études en médecine chinoise, plus précisément en acupuncture. Le Shiatsu étant une technique issue de la médecine chinoise, se former en acupuncture était une continuité ainsi que la pratique du Tui Na, le massage thérapeutique chinois et la diététique chinoise. »

La complémentarité des différentes techniques issues de la médecine chinoise

Toujours avec le souci d’aborder la médecine dans une approche globale de la personne, Natacha Badrov associe tous ces « outils » ( Shiatsu, Acupuncture, Chi Nei Tsang, méditation…) afin de permettre aux patients de retrouver un bien être physique et psychologique, une meilleure santé, une meilleure connaissance de soi ou tout simplement un mieux-être.

Quand nous regardons un peu de près les méthodes et les bienfaits de chaque soin, nous pouvons retrouver, nous béotiens, beaucoup de choses qui se ressemblent. « Par exemple, explique la thérapeute, dans ma pratique, dans une même séance, je peux utiliser plusieurs soins. Je peux utiliser des ventouses, je peux utiliser quelques techniques manuelles et terminer par de l’Acupuncture. Une séance peut durer entre 45 minutes et une heure et demie. Il y a toujours une phase de discussion pour essayer de comprendre la personne, son histoire, sans faire de psychologie. En Chi Nei Tsang, poursuit Natacha Badrov, une sorte de puissance dans les mains peut être beaucoup plus efficace que les aiguilles d’acupuncteurs. Il y a vraiment un contact direct entre la main qui va soigner et le sujet. Cela peut être le cas en Shiatsu et en Tui Na car le contact est permanent, il n’y a donc plus d’intermédiaire entre le thérapeute et le patient. L’énergie peut passer directement du thérapeute à la personne. Le thérapeute étant lui-même dans une posture d’alignement, conscient de l’énergie du ciel et de la terre, il travaille directement avec ces énergies et il les transmet directement à son patient. Cette technique peut être, par exemple, beaucoup plus rapide et beaucoup plus efficace qu’une séance d’acupuncture. »

Le choix des techniques qui vont être utilisées pour une personne n’est pas mathématique, il est de l’ordre du ressenti. Les trois techniques vont apporter un bonheur physique, psychologique et émotionnel. Pour conclure, Natacha Badrov fait sien ce vieil adage : « Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement.»

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Robert Rochefort serrant la main au président

Le 06 octobre 2016, par Christophe Siébert

Sa main était si près que je ne pus m’empêcher de la saisir et de la fourrer dans ma braguette. Elle se leva vivement, pâle et effrayée. Mais déjà ma verge était dehors et frémissait de joie.
(Henry Miller, Tropiques du Capricorne)

En politique on connaît des menteurs, des voleurs, des escrocs, des magouilleurs et des mafieux, et une assez grande quantité de types qui ont du sang sur les mains. Il y a aussi dans le tas quelques violeurs, et bien sûr on ne compte plus les parjures, les traîtres ni ceux qui contre vents et marées tournent leur veste à chaque saison.

Leur point commun, à tous ceux-là, c’est leur étonnante capacité à ressusciter. Procès ? Scandale ? Prison ? Collection complète de casseroles ? Rien à fiche ! Une nouvelle coupe de cheveux, une cravate plus jolie, de beaux remords et hop ! Retour aux affaires ! Un coup ministre, un coup président, un coup consultant, un coup avocat, un coup expert, un coup donneur très cher payé de leçon quelconque, un coup signataire d’un intelligent livre à succès écrit par on ne sait qui, un coup autre chose, et à la fin, quoi ? Sénateur ou député et les voitures de fonction, et le chauffeur, et la soupe à midi, tranquille, les truffes à Noël, le champagne, la belle vie.

Robert Rochefort, rien de tout ça. Il est fini, Robert Rochefort, terminé, lessivé, en voilà un qui s’en ira la queue entre les jambes, qui ne reviendra pas, il peut bien changer de cravate ou écrire lui-même sa lettre d’excuses. Qu’a-t-il fait ? Qui a-t-il étranglé de ses propres mains ? Personne. Lui-même, peut-être, à la rigueur. Robert Rochefort s’est branlé en public, il est grillé, il est foutu – en tout cas, si j’en crois les torrents de haine que l’annonce de son crime a déclenchés il y a un mois, et l’absolu silence qui a suivi depuis.

Il aurait copulé en public, on l’aurait surpris dans une voiture et la bouche d’une prostituée au mauvais endroit, on l’aurait photographié attaché à une croix de Saint-André ou en train de s’amuser dans une backroom avec un copain, c’était toujours le scandale, certes, mais avec lui la gloire, une forme de gloire en tout cas, gloriole scandaleuse mais gloriole quand même, et l’admiration de quelques-uns, l’admiration que les singes timides vouent au grand singe déluré. Mais là ? Opprobre, opprobre, opprobre ! Exhibition solitaire, plaisir solitaire, qui va admirer ça ? Quel pervers refoulé pour tirer son chapeau au pervers au grand jour ? Personne. Il n’y a que des vertueux, des salauds, oui ! Des salauds aux mains propres et qui jettent des pierres à celui qui les a occupées.

PAS D’ACTIVITÉ PLUS INOFFENSIVE QUE CELLE-LÀ

Comment revenir après un coup pareil ? Lui il ne sera jamais au Sénat, et encore moins payé cinquante mille euros de l’heure pour expliquer à une bande de très riches quelques subtilités de droit et de fiscalité, personne ne le prendra au sérieux, tout le monde aura l’image en tête. Même s’il trouve une chaire pas trop tarte à HEC ou au Collège de France. Quolibets sur quolibets et s’ils ont encore des tableaux noirs là-bas, je vois d’ici les graffitis, chaque matin.

C’est l’histoire d’un type qui pour une raison qu’on peut trouver un peu bête, c’est-à-dire quand il est stressé, se masturbe compulsivement. J’en connais, moi, qui dans la même situation frappent leurs enfants, gueulent sur leurs employés, s’enfilent du whisky ou insultent tous ceux qui passent à leur portée.

Celui-là se branle. Oui, on peut se moquer, mais je ne connais pas d’activité plus inoffensive que celle-là. J’aurais bien aimé que certains hommes politiques, au lieu d’utiliser la gégène pendant la guerre d’Algérie, ou de serrer la pogne à Omar Bongo, ou de planter leur zizi dans des employées d’hôtel guère consentantes, ou de se faire financer le narcissisme par la Libye  ou d’envoyer les CRS taper sur les mécontents, fassent de même.
Et les assassins ? Et les suicidaires ? Et les braqueurs de banque ? Et tous ceux qui chaque jour commettent d’irréparables conneries ? Et si ce matin-là, Wolfgang Přiklopil s’était branlé ? Et Andréas Lubitz ? Et Abdelhamid Abaaoud ?

Le 11 septembre ? Branlette !
Hiroshima ? Branlette !
Qui a tué Jaurès ? Personne ! Raoul Villain avait les deux mains occupées !
Hitler, Staline, Napoléon, César ? Branlettes, branlettes, branlettes !

JERK-OFF, NOT WAR !

C’est curieux, quand même, que la masturbation soit le dernier tabou, l’infranchissable, la honte suprême.

Moi, finalement, je le trouve assez courageux, ce geste. Alors, en hommage non-ironique à Robert Rochefort (non-ironique, j’aime autant préciser), hommage non pas à ses idées (dont j’ignore le premier mot) mais à son geste étrange et pacifique, à ce rempart de chair qu’il dresse entre la violence du monde et lui, je vais raconter quelques-unes de mes anecdotes les plus foireuses en la matière.

Bibliothèque d’Agde, début des années quatre-vingt-dix.
Je passe dans la salle de lecture la plupart des mes pauses de midi. Je ne vais pas à la cantine, je ne fréquente personne : j’avale un sandwich et fonce là-bas, pour lire. Je suis en seconde ou en première, je suis fabuleusement mal dans ma peau, j’aimerais être au moins un paria mais on ne me remarque pas assez pour ça, je suis juste invisible. De plus en plus souvent, je me planque dans un coin pour me masturber à travers la poche en lisant des passages de La Louve, d’Emmanuelle Arsan, et j’envoie tout dans mon pantalon, contre ma cuisse, frisson supplémentaire quand il y a d’autres lecteurs.

Un cybercafé situé sur le quai des Bateliers, à Strasbourg, début des années deux mille. Je m’y rends le matin pour écrire quelques pages de mon roman en cours (une chose médiocre qui ne sera jamais éditée sous forme de livre), mais avant cela je visite quelques sites pornographiques et ça se passe de la même manière qu’à l’époque de la bibliothèque d’Agde.

Même cybercafé, à peu près à la même époque. Une femme avec qui je corresponds sur MSN m’encourage à sortir mon sexe devant la webcam et je m’exécute, émoustillé, alors que l’endroit est plein craquer, chaque ordinateur occupé par un client. J’ai l’objet du délit dans une main et la boule en plastique gris de la webcam dans l’autre, son câble tiré au maximum. Cette fois-là, je suis trop timide pour aller jusqu’au bout.

Il y en a d’autres, plus ou moins spectaculaires ou honteuses, je ne vais pas les raconter toutes. Dans des bars, chez des gens, dans la rue, dans des trains, et toutes ont une chose en commun et c’est pour ça que je me sens le frère de Robert Rochefort : elles m’ont rendu le monde un peu, un peu moins insupportable, à des moments où j’avais les meilleures raisons de le détester, lui et ses habitants.

Henry Miller en a quelques-unes aussi à raconter, et Bukowski, et Topor, et Houellebecq, et Fante, et il faudrait aller voir du côté de Balzac et de Flaubert, et des Russes, et il y a aussi Edgar Hilsenrath et même sans parler de Sade je ne suis pas en mauvaise compagnie – les écrivains sont des gens doux et raisonnables, vous voyez bien. Quand la situation devient difficile ils font comme Robert Rochefort, ou plutôt c’est lui qui fait comme eux, ils se recentrent sur eux-mêmes et tels des escargots s’enroulent à l’infini dans le secret de leur coquille, jusqu’à l’extase, jusqu’à la paix, qui jamais ne dure, mais c’est toujours ça de pris, et qu’importe qu’on se trouve en pleine rue ou dans un magasin de bricolage, que je sache Clark Kent se transforme en Superman dans des cabines téléphoniques aux vitres parfaitement transparentes et personne ne trouve à y redire.

Vous devriez essayer. Je suis certain que vous y prendriez goût.

Note de l’auteur – Serrer la main du président : Cette jolie expression désignant la masturbation est d’origine roumaine et se dit, dans la langue d’origine, A da mâna cu presedintele.

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Pétitions, piège à cons ?

Le 22 septembre 2016, par Christophe Siébert

Quand je me suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.

(Blaise Pascal, Pensées)

J’ai vu passer tantôt (merci à mon copain Alex A4, vous devriez aller voir ses dessins, ils sont aussi absurdement lucides que ceux de Topor à l’époque) une pétition dont voici un extrait :

En France, un-e citoyen-ne qui ne peut pas justifier d’un casier judiciaire vierge se voit interdire l’accès à plusieurs professions. Au total, 396 métiers requièrent l’obligation d’un casier judiciaire vierge. En revanche et contre toute logique, pour être élu-e ou réélu-e, vous n’avez pas besoin de présenter un casier judiciaire vierge.
SIGNEZ AFIN DE RENDRE LE CASIER VIERGE OBLIGATOIRE POUR ÊTRE ÉLU-E OU POUR SE MAINTENIR DANS UNE FONCTION D’ÉLU-E ! (voir le texte complet)

Elle recueille, au moment où j’écris ma chronique, plus de cent mille signatures. C’est pas mal, même si je doute sérieusement qu’une pétition ait un jour changé quoi que se soit.

Avant d’expliquer ce que je pense de celle-ci en particulier, je voudrais préciser un dernier point : je ne vote pas. Je ne voterai jamais. Le 5 mai 2002, au lieu de faire barrage au Front National en me joignant aux 80% de chiraquiens spontanément révélés à eux-mêmes, je cuvais ma MDMA de la veille et mon front à moi, je ne sais pas s’il était national ou métèque (plutôt métèque, en fait), mais à coup sûr il était fort lourd. Voilà pour situer la place que j’occupe dans ce que les gens qui travaillent au Nouvel Observateur (il paraît qu’on dit L’Obs, maintenant ?) appellent le processus démocratique.

J’AI CHANGÉ, NOUS DIT MARIE-FRANCE PARADISFISCAL

Interdire à quelqu’un, dont le casier judiciaire n’est pas vierge, de se présenter à une élection… C’est sûr que si j’ai le choix, j’irais pas voter pour Jean-François Partiaveclacaisse, ni pour Marie-France Paradisfiscal.

Mais est-ce une raison pour les empêcher de se présenter ? Je ne crois pas. Et puis, si on empêche toutes les personnes ayant un casier judiciaire de se présenter à une élection, c’est pas seulement les escrocs habituels qu’on exclut : c’est aussi tous les autres.

C’est le mec qui a piqué une bagnole, c’est celui qui a vendu du shit. C’est celui qui en a consommé, aussi, et c’est la caissière qui s’est fait virer parce qu’elle a fauché de la bouffe. Oui, bon, ceux-là ils se présentent pas, on s’en fout.

C’est les syndicalistes qui ont mis le feu à leur usine ou séquestré leurs patrons, c’est les Black Blocs.

Tiens, c’est aussi les déserteurs.

On en connaît, d’anciens militants d’ultra-gauche qui ont fini élus ? D’ancien déserteurs ? Faudrait aller voir de plus près.

C’est quoi, encore ? C’est une longue liste. C’est les écrivains et les éditeurs condamnés pour leurs propos. C’est beaucoup de gens, qui ne pourraient pas se présenter, finalement, et parmi eux c’est un certain nombre qui incarnent une alternative, un contre-pouvoir, et en signant cette pétition on exprime notre désir de les exclure.

Mais vous allez me répéter que de toute façon jamais ils ne se présenteront, le système est bien assez verrouillé comme ça ; là non plus je ne suis pas d’accord. Le système n’est pas verrouillé, ça n’est pas vrai. Il y a tout un tas de procédures franchement décourageantes, c’est exact – mais rien qui interdise, en théorie, à un marginal, à un pauvre, à un prolo, à un connard quelconque de se présenter. Tout bien sûr qui l’interdit en pratique, mais rien en théorie. Quelques-uns y parviennent.

LES GENS QUI SIGNENT CETTE PÉTITION DISENT DEUX CHOSES, LA PREMIÈRE ILS EN SONT CONSCIENTS, LA DEUXIÈME ILS NE L’ONT PAS VUE COMME ÇA, JE CROIS.

Et parmi ces cent mille signataires, combien dont le casier judiciaire n’est pas vierge ? En 2014, c’est presque un demi-million de personnes, dont la condamnation y est portée*. L’année précédente, autant. Combien de français inéligibles, si cette pétition était suivie d’effet ?

Et puis tant qu’à faire, pour éviter qu’un prête-nom quelconque se présente à la place de l’exclu du concours, qui faudrait-il interdire aussi ? Les épouses ? La famille ? Les amis proches ? Jusqu’où, le cercle ? Quel diamètre, pour être sûr ?

Ce qui rend la démocratie intéressante, c’est la possibilité d’élire un salaud, un assassin, une ordure, une crapule – on ne se prive pas, d’ailleurs, et la solution, quand on n’aime pas le résultat du vote, n’est certainement pas de légiférer pour que la fois suivante le même résultat soit impossible.

Et ceux qui votent ? Est-ce qu’il ne faudrait pas les sélectionner un peu mieux, eux aussi ? Ils font souvent n’importe quoi, vous ne trouvez pas ? À Bessan, mon ancien bled, en 2012, ils étaient plus de 40% à élire Marine Le Pen au premier tour. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais bien déchiré une carte d’électeur sur deux.

Chaque fois qu’on réduit le champ de ceux qui votent, le champ de ceux qu’on peut élire, on fait quoi, au juste ?

Votez pour qui vous voulez, mais pas lui parce que c’est un escroc, pas lui parce que c’est un raciste, pas lui parce qu’il a montré sa bite à tous les passants, pas elle parce qu’elle est partie avec la caisse, pas lui parce que c’est un ancien braqueur, pas lui parce que c’est un ancien manifestant qui a pété des vitrines de banques, pas lui parce qu’il est militant d’extrême-gauche et pas lui parce qu’il est militant d’extrême-droite, pas lui parce que c’est un chef d’entreprise qui a coulé sa boîte dans des conditions douteuses et pas lui parce que c’est un prolo que personne ne connaît, il n’a pas ses cinq cent signatures, hooooooooo ! vous avez peur de quoi, au juste ? Qu’on vote pour un pourri ? Qu’on élise un criminel ? Eh ! si c’est ce qu’on veut, voter pour un pourri, si c’est d’un criminel qu’on a envie ? Bordel !

UN SEUL CANDIDAT, CE SERAIT PLUS SIMPLE, AU MOINS ON RISQUERAIT PAS DE SE GOURER !

(En Corée du Nord, les candidats aux élections législatives sont au nombre de un par circonscription, et le vote n’est pas anonyme. Voilà une démocratie qui a bien compris la notion de principe de précaution.)

J’ai l’impression que ce que les français n’ont pas pigé, ne pigeront jamais, c’est que la démocratie est un risque. Voter, c’est s’exposer à faire de grosses conneries – et c’est ça tout l’intérêt de la chose. Mettre en place des processus de vérification, de contrôle, de censure, d’interdiction, dans le but de limiter le danger, dans le but de tenir à l’écart de la petite fête les trublions et les maboules, ça n’est pas seulement manifester du mépris ou de la condescendance à l’égard de ce système politique et de ceux qui l’utilisent, c’est surtout démontrer qu’on y a rien, mais rien compris.

De toute façon, les français ne sont pas démocrates. Ce qu’ils veulent, les français, c’est un roi. Un type dont ils ne sont pas responsables, dont ils peuvent dire : c’est pas de ma faute s’il est là, d’ailleurs c’est un con, d’ailleurs je l’aime pas, d’ailleurs je comprends pas ce qu’il fout ici et si on me demandait mon avis, il dégagerait vite fait à coups de pied où je pense – oui, car le français est poli. Mais manque de chance, dit-il (heureusement, pense-t-il sans même s’en rendre compte), on n’y peut rien, c’est le roi, faut faire avec.

Le pouvoir, on est fort pour le critiquer. Mais pour le prendre, mais pour l’exercer, y a plus personne.

AVANT, AU BOUT DES PIQUES, ON METTAIT DES TÊTES COURONNÉES. MAINTENANT ON Y MET DES APPAREILS PHOTOS

Jacques Chirac, en 2007, 72% des français veulent qu’il dégage. Dix ans plus tard, ils décident que c’est leur ancien président préféré** et les livres qui le prennent pour sujet se vendent comme des petits pains.

Et Louis XVI ? En 1793 ils lui coupent la tête ; deux cent ans plus tard il se pressent devant pour s’y prendre en selfies. Combien y en a-t-il, en France, des statues équestres de Louis XVI, des statues de Louis XIV, des statues de Napoléon ?

Il y a au fond deux manières principales d’aborder le monde, et si on les éclaire assez vivement pour en faire disparaître les nuances, elles se résument à ceci :

La première consiste à placer au-dessus de tout le reste le bien, à estimer justes tous les sacrifices nécessaires pour y parvenir, à être persuadé qu’il est la seule destinée humaine possible, le seul rempart contre une chute qu’il faut éviter coûte que coûte.

La deuxième consiste à voir le libre-arbitre comme une chose supérieure à toute autre, qui ne doit nullement être entravée, et dont il faut accepter que l’usage puisse conduire dans l’abîme, car sans possibilité de chute nul triomphe n’est possible.

Orgueil d’un côté, orgueil de l’autre.

Et puis bien sûr il y a les connards dans mon genre, qui pensent que le bien est un fantasme, le libre-arbitre une illusion, et pour qui l’abîme n’est qu’une pente douce descendant de la naissance à la mort, une sorte de plage qui n’en finirait pas, avec au bout la mer, ou non, je vous laisse libre de vos images, et, kilomètre après kilomètre, année après année, les jambes un peu plus lourdes, le sol un peu plus boueux.

Le reste, comme dirait Pascal, n’est que divertissement.

* Source : http://www.justice.gouv.fr/art_pix/stat_condamnations_2014.pdf
** Sources : http://www.tns-sofres.com/dataviz?type=1&code_nom=chirac1
et http://www.europe1.fr/politique/sondage-jacques-chirac-le-prefere-des-anciens-presidents-940162