Robert Rochefort serrant la main au président

Le 06 octobre 2016, par Christophe Siébert

Sa main était si près que je ne pus m’empêcher de la saisir et de la fourrer dans ma braguette. Elle se leva vivement, pâle et effrayée. Mais déjà ma verge était dehors et frémissait de joie.
(Henry Miller, Tropiques du Capricorne)

En politique on connaît des menteurs, des voleurs, des escrocs, des magouilleurs et des mafieux, et une assez grande quantité de types qui ont du sang sur les mains. Il y a aussi dans le tas quelques violeurs, et bien sûr on ne compte plus les parjures, les traîtres ni ceux qui contre vents et marées tournent leur veste à chaque saison.

Leur point commun, à tous ceux-là, c’est leur étonnante capacité à ressusciter. Procès ? Scandale ? Prison ? Collection complète de casseroles ? Rien à fiche ! Une nouvelle coupe de cheveux, une cravate plus jolie, de beaux remords et hop ! Retour aux affaires ! Un coup ministre, un coup président, un coup consultant, un coup avocat, un coup expert, un coup donneur très cher payé de leçon quelconque, un coup signataire d’un intelligent livre à succès écrit par on ne sait qui, un coup autre chose, et à la fin, quoi ? Sénateur ou député et les voitures de fonction, et le chauffeur, et la soupe à midi, tranquille, les truffes à Noël, le champagne, la belle vie.

Robert Rochefort, rien de tout ça. Il est fini, Robert Rochefort, terminé, lessivé, en voilà un qui s’en ira la queue entre les jambes, qui ne reviendra pas, il peut bien changer de cravate ou écrire lui-même sa lettre d’excuses. Qu’a-t-il fait ? Qui a-t-il étranglé de ses propres mains ? Personne. Lui-même, peut-être, à la rigueur. Robert Rochefort s’est branlé en public, il est grillé, il est foutu – en tout cas, si j’en crois les torrents de haine que l’annonce de son crime a déclenchés il y a un mois, et l’absolu silence qui a suivi depuis.

Il aurait copulé en public, on l’aurait surpris dans une voiture et la bouche d’une prostituée au mauvais endroit, on l’aurait photographié attaché à une croix de Saint-André ou en train de s’amuser dans une backroom avec un copain, c’était toujours le scandale, certes, mais avec lui la gloire, une forme de gloire en tout cas, gloriole scandaleuse mais gloriole quand même, et l’admiration de quelques-uns, l’admiration que les singes timides vouent au grand singe déluré. Mais là ? Opprobre, opprobre, opprobre ! Exhibition solitaire, plaisir solitaire, qui va admirer ça ? Quel pervers refoulé pour tirer son chapeau au pervers au grand jour ? Personne. Il n’y a que des vertueux, des salauds, oui ! Des salauds aux mains propres et qui jettent des pierres à celui qui les a occupées.

PAS D’ACTIVITÉ PLUS INOFFENSIVE QUE CELLE-LÀ

Comment revenir après un coup pareil ? Lui il ne sera jamais au Sénat, et encore moins payé cinquante mille euros de l’heure pour expliquer à une bande de très riches quelques subtilités de droit et de fiscalité, personne ne le prendra au sérieux, tout le monde aura l’image en tête. Même s’il trouve une chaire pas trop tarte à HEC ou au Collège de France. Quolibets sur quolibets et s’ils ont encore des tableaux noirs là-bas, je vois d’ici les graffitis, chaque matin.

C’est l’histoire d’un type qui pour une raison qu’on peut trouver un peu bête, c’est-à-dire quand il est stressé, se masturbe compulsivement. J’en connais, moi, qui dans la même situation frappent leurs enfants, gueulent sur leurs employés, s’enfilent du whisky ou insultent tous ceux qui passent à leur portée.

Celui-là se branle. Oui, on peut se moquer, mais je ne connais pas d’activité plus inoffensive que celle-là. J’aurais bien aimé que certains hommes politiques, au lieu d’utiliser la gégène pendant la guerre d’Algérie, ou de serrer la pogne à Omar Bongo, ou de planter leur zizi dans des employées d’hôtel guère consentantes, ou de se faire financer le narcissisme par la Libye  ou d’envoyer les CRS taper sur les mécontents, fassent de même.
Et les assassins ? Et les suicidaires ? Et les braqueurs de banque ? Et tous ceux qui chaque jour commettent d’irréparables conneries ? Et si ce matin-là, Wolfgang Přiklopil s’était branlé ? Et Andréas Lubitz ? Et Abdelhamid Abaaoud ?

Le 11 septembre ? Branlette !
Hiroshima ? Branlette !
Qui a tué Jaurès ? Personne ! Raoul Villain avait les deux mains occupées !
Hitler, Staline, Napoléon, César ? Branlettes, branlettes, branlettes !

JERK-OFF, NOT WAR !

C’est curieux, quand même, que la masturbation soit le dernier tabou, l’infranchissable, la honte suprême.

Moi, finalement, je le trouve assez courageux, ce geste. Alors, en hommage non-ironique à Robert Rochefort (non-ironique, j’aime autant préciser), hommage non pas à ses idées (dont j’ignore le premier mot) mais à son geste étrange et pacifique, à ce rempart de chair qu’il dresse entre la violence du monde et lui, je vais raconter quelques-unes de mes anecdotes les plus foireuses en la matière.

Bibliothèque d’Agde, début des années quatre-vingt-dix.
Je passe dans la salle de lecture la plupart des mes pauses de midi. Je ne vais pas à la cantine, je ne fréquente personne : j’avale un sandwich et fonce là-bas, pour lire. Je suis en seconde ou en première, je suis fabuleusement mal dans ma peau, j’aimerais être au moins un paria mais on ne me remarque pas assez pour ça, je suis juste invisible. De plus en plus souvent, je me planque dans un coin pour me masturber à travers la poche en lisant des passages de La Louve, d’Emmanuelle Arsan, et j’envoie tout dans mon pantalon, contre ma cuisse, frisson supplémentaire quand il y a d’autres lecteurs.

Un cybercafé situé sur le quai des Bateliers, à Strasbourg, début des années deux mille. Je m’y rends le matin pour écrire quelques pages de mon roman en cours (une chose médiocre qui ne sera jamais éditée sous forme de livre), mais avant cela je visite quelques sites pornographiques et ça se passe de la même manière qu’à l’époque de la bibliothèque d’Agde.

Même cybercafé, à peu près à la même époque. Une femme avec qui je corresponds sur MSN m’encourage à sortir mon sexe devant la webcam et je m’exécute, émoustillé, alors que l’endroit est plein craquer, chaque ordinateur occupé par un client. J’ai l’objet du délit dans une main et la boule en plastique gris de la webcam dans l’autre, son câble tiré au maximum. Cette fois-là, je suis trop timide pour aller jusqu’au bout.

Il y en a d’autres, plus ou moins spectaculaires ou honteuses, je ne vais pas les raconter toutes. Dans des bars, chez des gens, dans la rue, dans des trains, et toutes ont une chose en commun et c’est pour ça que je me sens le frère de Robert Rochefort : elles m’ont rendu le monde un peu, un peu moins insupportable, à des moments où j’avais les meilleures raisons de le détester, lui et ses habitants.

Henry Miller en a quelques-unes aussi à raconter, et Bukowski, et Topor, et Houellebecq, et Fante, et il faudrait aller voir du côté de Balzac et de Flaubert, et des Russes, et il y a aussi Edgar Hilsenrath et même sans parler de Sade je ne suis pas en mauvaise compagnie – les écrivains sont des gens doux et raisonnables, vous voyez bien. Quand la situation devient difficile ils font comme Robert Rochefort, ou plutôt c’est lui qui fait comme eux, ils se recentrent sur eux-mêmes et tels des escargots s’enroulent à l’infini dans le secret de leur coquille, jusqu’à l’extase, jusqu’à la paix, qui jamais ne dure, mais c’est toujours ça de pris, et qu’importe qu’on se trouve en pleine rue ou dans un magasin de bricolage, que je sache Clark Kent se transforme en Superman dans des cabines téléphoniques aux vitres parfaitement transparentes et personne ne trouve à y redire.

Vous devriez essayer. Je suis certain que vous y prendriez goût.

Note de l’auteur – Serrer la main du président : Cette jolie expression désignant la masturbation est d’origine roumaine et se dit, dans la langue d’origine, A da mâna cu presedintele.

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Pétitions, piège à cons ?

Le 22 septembre 2016, par Christophe Siébert

Quand je me suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.

(Blaise Pascal, Pensées)

J’ai vu passer tantôt (merci à mon copain Alex A4, vous devriez aller voir ses dessins, ils sont aussi absurdement lucides que ceux de Topor à l’époque) une pétition dont voici un extrait :

En France, un-e citoyen-ne qui ne peut pas justifier d’un casier judiciaire vierge se voit interdire l’accès à plusieurs professions. Au total, 396 métiers requièrent l’obligation d’un casier judiciaire vierge. En revanche et contre toute logique, pour être élu-e ou réélu-e, vous n’avez pas besoin de présenter un casier judiciaire vierge.
SIGNEZ AFIN DE RENDRE LE CASIER VIERGE OBLIGATOIRE POUR ÊTRE ÉLU-E OU POUR SE MAINTENIR DANS UNE FONCTION D’ÉLU-E ! (voir le texte complet)

Elle recueille, au moment où j’écris ma chronique, plus de cent mille signatures. C’est pas mal, même si je doute sérieusement qu’une pétition ait un jour changé quoi que se soit.

Avant d’expliquer ce que je pense de celle-ci en particulier, je voudrais préciser un dernier point : je ne vote pas. Je ne voterai jamais. Le 5 mai 2002, au lieu de faire barrage au Front National en me joignant aux 80% de chiraquiens spontanément révélés à eux-mêmes, je cuvais ma MDMA de la veille et mon front à moi, je ne sais pas s’il était national ou métèque (plutôt métèque, en fait), mais à coup sûr il était fort lourd. Voilà pour situer la place que j’occupe dans ce que les gens qui travaillent au Nouvel Observateur (il paraît qu’on dit L’Obs, maintenant ?) appellent le processus démocratique.

J’AI CHANGÉ, NOUS DIT MARIE-FRANCE PARADISFISCAL

Interdire à quelqu’un, dont le casier judiciaire n’est pas vierge, de se présenter à une élection… C’est sûr que si j’ai le choix, j’irais pas voter pour Jean-François Partiaveclacaisse, ni pour Marie-France Paradisfiscal.

Mais est-ce une raison pour les empêcher de se présenter ? Je ne crois pas. Et puis, si on empêche toutes les personnes ayant un casier judiciaire de se présenter à une élection, c’est pas seulement les escrocs habituels qu’on exclut : c’est aussi tous les autres.

C’est le mec qui a piqué une bagnole, c’est celui qui a vendu du shit. C’est celui qui en a consommé, aussi, et c’est la caissière qui s’est fait virer parce qu’elle a fauché de la bouffe. Oui, bon, ceux-là ils se présentent pas, on s’en fout.

C’est les syndicalistes qui ont mis le feu à leur usine ou séquestré leurs patrons, c’est les Black Blocs.

Tiens, c’est aussi les déserteurs.

On en connaît, d’anciens militants d’ultra-gauche qui ont fini élus ? D’ancien déserteurs ? Faudrait aller voir de plus près.

C’est quoi, encore ? C’est une longue liste. C’est les écrivains et les éditeurs condamnés pour leurs propos. C’est beaucoup de gens, qui ne pourraient pas se présenter, finalement, et parmi eux c’est un certain nombre qui incarnent une alternative, un contre-pouvoir, et en signant cette pétition on exprime notre désir de les exclure.

Mais vous allez me répéter que de toute façon jamais ils ne se présenteront, le système est bien assez verrouillé comme ça ; là non plus je ne suis pas d’accord. Le système n’est pas verrouillé, ça n’est pas vrai. Il y a tout un tas de procédures franchement décourageantes, c’est exact – mais rien qui interdise, en théorie, à un marginal, à un pauvre, à un prolo, à un connard quelconque de se présenter. Tout bien sûr qui l’interdit en pratique, mais rien en théorie. Quelques-uns y parviennent.

LES GENS QUI SIGNENT CETTE PÉTITION DISENT DEUX CHOSES, LA PREMIÈRE ILS EN SONT CONSCIENTS, LA DEUXIÈME ILS NE L’ONT PAS VUE COMME ÇA, JE CROIS.

Et parmi ces cent mille signataires, combien dont le casier judiciaire n’est pas vierge ? En 2014, c’est presque un demi-million de personnes, dont la condamnation y est portée*. L’année précédente, autant. Combien de français inéligibles, si cette pétition était suivie d’effet ?

Et puis tant qu’à faire, pour éviter qu’un prête-nom quelconque se présente à la place de l’exclu du concours, qui faudrait-il interdire aussi ? Les épouses ? La famille ? Les amis proches ? Jusqu’où, le cercle ? Quel diamètre, pour être sûr ?

Ce qui rend la démocratie intéressante, c’est la possibilité d’élire un salaud, un assassin, une ordure, une crapule – on ne se prive pas, d’ailleurs, et la solution, quand on n’aime pas le résultat du vote, n’est certainement pas de légiférer pour que la fois suivante le même résultat soit impossible.

Et ceux qui votent ? Est-ce qu’il ne faudrait pas les sélectionner un peu mieux, eux aussi ? Ils font souvent n’importe quoi, vous ne trouvez pas ? À Bessan, mon ancien bled, en 2012, ils étaient plus de 40% à élire Marine Le Pen au premier tour. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais bien déchiré une carte d’électeur sur deux.

Chaque fois qu’on réduit le champ de ceux qui votent, le champ de ceux qu’on peut élire, on fait quoi, au juste ?

Votez pour qui vous voulez, mais pas lui parce que c’est un escroc, pas lui parce que c’est un raciste, pas lui parce qu’il a montré sa bite à tous les passants, pas elle parce qu’elle est partie avec la caisse, pas lui parce que c’est un ancien braqueur, pas lui parce que c’est un ancien manifestant qui a pété des vitrines de banques, pas lui parce qu’il est militant d’extrême-gauche et pas lui parce qu’il est militant d’extrême-droite, pas lui parce que c’est un chef d’entreprise qui a coulé sa boîte dans des conditions douteuses et pas lui parce que c’est un prolo que personne ne connaît, il n’a pas ses cinq cent signatures, hooooooooo ! vous avez peur de quoi, au juste ? Qu’on vote pour un pourri ? Qu’on élise un criminel ? Eh ! si c’est ce qu’on veut, voter pour un pourri, si c’est d’un criminel qu’on a envie ? Bordel !

UN SEUL CANDIDAT, CE SERAIT PLUS SIMPLE, AU MOINS ON RISQUERAIT PAS DE SE GOURER !

(En Corée du Nord, les candidats aux élections législatives sont au nombre de un par circonscription, et le vote n’est pas anonyme. Voilà une démocratie qui a bien compris la notion de principe de précaution.)

J’ai l’impression que ce que les français n’ont pas pigé, ne pigeront jamais, c’est que la démocratie est un risque. Voter, c’est s’exposer à faire de grosses conneries – et c’est ça tout l’intérêt de la chose. Mettre en place des processus de vérification, de contrôle, de censure, d’interdiction, dans le but de limiter le danger, dans le but de tenir à l’écart de la petite fête les trublions et les maboules, ça n’est pas seulement manifester du mépris ou de la condescendance à l’égard de ce système politique et de ceux qui l’utilisent, c’est surtout démontrer qu’on y a rien, mais rien compris.

De toute façon, les français ne sont pas démocrates. Ce qu’ils veulent, les français, c’est un roi. Un type dont ils ne sont pas responsables, dont ils peuvent dire : c’est pas de ma faute s’il est là, d’ailleurs c’est un con, d’ailleurs je l’aime pas, d’ailleurs je comprends pas ce qu’il fout ici et si on me demandait mon avis, il dégagerait vite fait à coups de pied où je pense – oui, car le français est poli. Mais manque de chance, dit-il (heureusement, pense-t-il sans même s’en rendre compte), on n’y peut rien, c’est le roi, faut faire avec.

Le pouvoir, on est fort pour le critiquer. Mais pour le prendre, mais pour l’exercer, y a plus personne.

AVANT, AU BOUT DES PIQUES, ON METTAIT DES TÊTES COURONNÉES. MAINTENANT ON Y MET DES APPAREILS PHOTOS

Jacques Chirac, en 2007, 72% des français veulent qu’il dégage. Dix ans plus tard, ils décident que c’est leur ancien président préféré** et les livres qui le prennent pour sujet se vendent comme des petits pains.

Et Louis XVI ? En 1793 ils lui coupent la tête ; deux cent ans plus tard il se pressent devant pour s’y prendre en selfies. Combien y en a-t-il, en France, des statues équestres de Louis XVI, des statues de Louis XIV, des statues de Napoléon ?

Il y a au fond deux manières principales d’aborder le monde, et si on les éclaire assez vivement pour en faire disparaître les nuances, elles se résument à ceci :

La première consiste à placer au-dessus de tout le reste le bien, à estimer justes tous les sacrifices nécessaires pour y parvenir, à être persuadé qu’il est la seule destinée humaine possible, le seul rempart contre une chute qu’il faut éviter coûte que coûte.

La deuxième consiste à voir le libre-arbitre comme une chose supérieure à toute autre, qui ne doit nullement être entravée, et dont il faut accepter que l’usage puisse conduire dans l’abîme, car sans possibilité de chute nul triomphe n’est possible.

Orgueil d’un côté, orgueil de l’autre.

Et puis bien sûr il y a les connards dans mon genre, qui pensent que le bien est un fantasme, le libre-arbitre une illusion, et pour qui l’abîme n’est qu’une pente douce descendant de la naissance à la mort, une sorte de plage qui n’en finirait pas, avec au bout la mer, ou non, je vous laisse libre de vos images, et, kilomètre après kilomètre, année après année, les jambes un peu plus lourdes, le sol un peu plus boueux.

Le reste, comme dirait Pascal, n’est que divertissement.

* Source : http://www.justice.gouv.fr/art_pix/stat_condamnations_2014.pdf
** Sources : http://www.tns-sofres.com/dataviz?type=1&code_nom=chirac1
et http://www.europe1.fr/politique/sondage-jacques-chirac-le-prefere-des-anciens-presidents-940162

Laurent Wauquiez : de la Silicon Velay à la Silicon Valley

Le 13 juin 2016, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Après la Silicon Velay, chère à Laurent Wauqiez lorsqu’il était maire du Puy, voici le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes en visite dans la Silicon Valley. La vraie cette fois-ci. Son but ? Faire de la Région la porte d’entrée du numérique en Europe.

Accompagné d’une délégation comprenant notamment la vice-présidente en charge du Numérique, Juliette Jarry, Laurent Wauquiez s’est rendu la semaine dernière à San Francisco afin de rencontrer des poids lourds du secteur tels que Intel, Citris, Linkedin, Facebook et Google. Si cette mission a déjà porté quelques fruits, par exemple avec la signature d’un accord de R&D entre le CEA-Leti de Grenoble et Intel, beaucoup de projets restent au conditionnel et relèvent plus d’une prise de contact que d’une réelle mise en œuvre. Ainsi, la Région est « entrée en relation avec Google pour envisager une collaboration sous une forme qui reste à définir ». On dirait un peu un communiqué qui annoncerait une rencontre avec une forme de civilisation inconnue.

Rappelons que la Silicon Valley compte environ 6 000 entreprises de haute technologie avec un PIB équivalent à celui d’un pays comme le Chili. Le niveau de vie dans cet endroit béni des dieux reste l’un des plus élevé de la planète. Avec quelques petits travers tout de même. La population se répartit principalement en deux catégories avec « quelques oligarques richissimes et une classe de travailleurs mal payés pour les servir, pas de classe moyenne, ou alors minuscule » (1). De quoi douter un peu du modèle de la Silicon Valley dont Laurent Wauquiez semble être un fan inconditionnel.

dou you spike djeun’s ?

Si l’on en juge par les messages postés durant sa visite sur sa page Facebook (certifiée), le président de Région s’est régalé. La rencontre (filmée) avec un employé de Facebook est un grand moment : Laurent Wauquiez, qui se la joue « djeun’s » tutoie d’emblée son interlocuteur et se gargarise de mots anglos-saxons en lui demandant par exemple « ce qu’est la ‘hacker culture’ (2) chez Facebook » ou bien « comment le ‘building’ est structuré » ou si le « top management travaille en open-space. »

Laurent Wauquiez a conclut à l’issue de son agréable et couteux voyage (88 000 €) : « Nous sommes venus chercher des opportunités pour rapporter des emplois sur notre territoire, et développer nos entreprises. L’objectif est de faire de la Région Auvergne Rhône-Alpes, la région la plus innovante sur toutes les stratégies du net en Europe et que nous nous imposions comme étant sur notre continent, la porte d’entrée sur toutes les technologies du numérique. Je suis sûr que nous en avons la capacité. Les atouts sont là, il manque juste l’étincelle. C’est aussi ce que nous sommes venus chercher ici ». Mais la concurrence sera rude, car aussi bien Londres que Paris ou encore Berlin sont sur les rangs pour devenir la Silicon Valley de l’Europe.

(1) Le Monde, daté du 6 décembre 2013
(2) La culture ‘Hacker’ chez Facebook consiste à encourager les programmeurs à tester et construire des prototypes. Certains développement donnent lieu au sein de l’entreprise à de véritables défis entre les programmeurs. Le principe à été dévoilé par Marck Zuckerberg dans une note publique datant de février 2012.

CPIP : les oubliés de la pénitentiaire disent stop !

Le 23 mai 2016, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) en ont ras-le-bol et ils veulent le faire savoir. Le sentiment de ne pas être suffisamment représenté, les promesses non tenues des gouvernements successifs et leur exclusion des revalorisations salariales ont mis le feu aux poudres. En Auvergne Rhône Alpes, une délégation a été reçue par le directeur de cabinet de Laurent Wauquiez. PressNut a rencontré l’intersyndicale du mouvement*.

PressNut : quels syndicats représentez-vous ?

Intersyndicale CPIP : le SNEPAP FSU syndique des personnels de l’administration pénitentiaire. Au sein de la CGT pénitentiaire UGSP, qui était à la base multi-catégorielle, la filière insertion-probation possède depuis deux ans sa propre entité. Nous avions le sentiment de ne pas être suffisamment représenté et que nos revendications n’étaient pas assez portées, contrairement aux surveillants pénitentiaires.

PressNut : votre métier n’est pas très connu du grand public…

Intersyndicale CPIP : à l’origine il y avait les éducateurs de prison. Une première reforme a créé les comités de probation en milieu ouvert et les services socio-éducatifs en milieu fermé. En 1998, une réforme a créé le service pénitentiaire d’insertion et de probation. Ces services sont rattachés à chaque Tribunal de Grande Instance. Il en existe un par département. Aujourd’hui nous sommes 3 500 conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation au niveau national.

PressNut : c’est quoi votre job ?

Intersyndicale CPIP : nous sommes des fonctionnaires qui dépendons du ministère de la Justice et de l’administration pénitentiaire. Nous sommes là en tant qu’agents de probation mais aussi en tant que travailleurs sociaux pour accompagner les gens et empêcher la récidive. Il faut différencier le métier de CPIP en milieu ouvert et en milieu fermé. En milieu fermé, nous préparons la sortie et en milieu ouvert nous accompagnons la réinsertion. Un CPIP doit savoir faire les deux.

PressNut : oui mais plus précisément, quelles sont vos missions ?

Intersyndicale CPIP : nous maintenons les liens familiaux, nous luttons contre les effets désocialisants de l’incarcération. Nous mettons en place des actions collectives  telles que l’éducation à la santé, des animations autour de l’art ou encore la culture. Nous travaillons surtout avec les condamnés sur la peine qui doit avoir un sens. Nous sommes le lien entre la personne condamnée, l’extérieur et le juge d’application des peines. En milieu ouvert ou en milieu fermé, nous menons une réflexion avec le condamné : quel est son positionnement face à la victime ? Quelle perception a t-il de son avenir ? Quelles stratégies mettre en place afin d’éviter de commettre à nouveau des faits similaires ?

PressNut : pourquoi avoir initié un mouvement de protestation ?

Intersyndicale CPIP : on nous demande de nous former, ce qui demande du temps. Nous manquons cruellement de visibilité. Nous avons toujours eu le sentiment d’être le parent pauvre, le travailleur de l’ombre de l’administration pénitentiaire. Pourtant on nous demande beaucoup de choses. Nous sommes très volontaires pour effectuer de nouvelles missions mais nous n’avons aucun retour. Christiane Taubira a affiché des recrutements qui n’ont pas été menés complètement à leur terme. Il y a eu une revalorisation affichée de l’ensemble des personnels de l’administration pénitentiaire, or dans la réalité, les CPIP n’ont pas été concernés par ces mesures. La filière insertion et probation a été exclue des revalorisations. Ce qui a mis le feu aux poudres.

Les travailleurs de l’ombre

PressNut : quelles sont vos revendications ?

Intersyndicale CPIP : nous demandons une augmentation des effectifs, une reconnaissance statutaire et indemnitaire comme d’autres agents de l’administration pénitentiaire ont pu l’obtenir. Nous avons toujours le sentiment d’être les oubliés de l’administration pénitentiaire, alors que le CPIP a son importance dans le système judiciaire. Nous avons une position centrale dans la chaîne pénale. 250 000 personnes sont suivies par les CPIP en milieu ouvert et 58 000 en milieu fermé. Voilà la réalité du terrain. Les hommes politiques ont tendance à l’oublier. Pourtant, l’informatisation est arrivée, nous avons des rapports à rendre, l’administration veut avoir une meilleure visibilité de nos métiers. Tout cela demande du temps, sans compter les entretiens que nous avons avec les personnes que nous suivons. Nous sommes happés par une multitude de tâches.  C’est toujours important de se remettre en question, mais nous regrettons que cela se fasse au détriment des personnes suivies, faute de moyens.

PressNut : un CPIP suit combien de personnes ?

Intersyndicale CPIP : c’est très variable. Cela peut aller de 70-80 personnes, jusqu’à 180 personnes, ce qui est énorme. Forcement la vigilance du CPIP va être amoindrie en fonction de l’effectif en face de lui. La moyenne tourne plutôt autour de 120 personnes suivies. Pourtant un premier ministre à une époque, Jean-Marc Ayrault pour ne pas le nommer, dans un communiqué de presse, avait annoncé tendre vers une prise en charge de 40 personnes maximum. Nous en sommes loin. On voulait se calquer sur ce qui se passe au Canada, par exemple. C’est bien, mais ils ont des décennies et des décennies de mise en pratique que nous n’avons pas.

PressNut : vous avez interpellé les députés et les sénateurs, avez-vous eu des retours ?

Intersyndicale CPIP : absolument aucun. Sauf la sénatrice de la Loire qui a répondu à la demande de l’intersyndicale. Le directeur de cabinet de Laurent Wauquiez nous a répondu et un entretien a eu lieu. Mais nous n’avons pas eu de retour pour le moment**. Le ministre de la Justice a reçu l’intersyndicale mais il venait d’arriver. Nous notons que Monsieur Urvoas, actuel ministre de la justice, était par ailleurs la rapporteur de la loi sur le renforcement des CPIP. Sa réponse à nos revendications a été : « oui, mais il n’y a pas de budget. » Donc le mouvement perdure.

PressNut : avez-vous manifesté ?

Intersyndicale CPIP : oui, le 10 mai, partout en France. 1 000  agents sur 3 500 ont suivi le mouvement, soit 1/3 des effectifs, en prenant sur leurs congés car nous n’avons pas le droit de grève.

PressNut : quelles sont les prochaines actions que vous comptez mener ?

Intersyndicale CPIP : l’intersyndicale devait être reçue par François Hollande et cela a été reporté à une date ultérieure. Ce qui cristallise l’actualité, c’est la Loi Travail, les manifestations Nuit Debout, donc notre mouvement en pâtit.

PressNut : si vous arrivez à être reçu par le président, vous lui direz quoi ?

Intersyndicale CPIP : le succès d’un suivi judiciaire, c’est lorsque l’on ne revoie plus la personne dans le circuit judiciaire. Le bon résultat, on ne le voit jamais, si la personne ne récidive pas, et c’est tant mieux. Nous sommes plus confrontés à l’échec qu’aux personnes qui réussissent à s’en sortir. Il faut rendre les personnes suivies acteur de leur réinsertion. Il faut qu’ils s’approprient les mesures judiciaires prises à leur égard pour en tirer les conséquences et le bénéfice. Globalement, ce que les CPIP déplorent, c’est le manque de reconnaissance. Même s’ils ont une certaine autonomie professionnelle et une liberté pédagogique, ce qui fait la liberté de ce métier.

Propos recueillis par Marie de Luze et Ferdinand de Menditte

* Les deux agents que nous avons rencontré, s’exprimant au nom de leur syndicat, n’ont pas souhaité voir leurs noms apparaître. Ils figurent donc dans cet article sous l’appellation : « intersyndicale CPIP ».

** Contacté à ce sujet par la rédaction de PressNut.com, le cabinet de Laurent Wauquiez n’a pas apporté de réponse à ce jour.

Vers un tourisme artificiel en Auvergne Rhône-Alpes ?

Le 09 mai 2016, par Thomas Fauveau

La Région a annoncé, au mois de mars dernier, sa politique touristique. Au programme : de la pleine nature, toujours plus de nature. Où en sommes-nous réellement ?

Un mois tout juste après le programme de la nouvelle politique touristique d’Auvergne Rhône-Alpes, la Région a voté une subvention de 4,7 millions d’euros pour aider à la construction d’un Center Parc à Roybon, un projet pourtant stoppé par la justice. La bulle climatisée, véritable usine à touristes, ne ravit par tout le monde. En ce début de printemps 2016, après un hiver catastrophique pour les professionnels de la montagne, Laurent Wauquiez vient d’annoncer que 50 millions d’euros seront investis au cours de son mandat dans la production de neige artificielle.

Les stations de ski semblent bel et bien engagées dans une course folle à la production de neige de culture. Il faut dire qu’elles ont sans doute moins bien anticipé le réchauffement climatique que leurs consœurs autrichiennes ou italiennes, beaucoup mieux équipées. A tel point que nous avons vu une station savoyarde se faire livrer 100 tonnes de neige par hélicoptère l’hiver dernier pour faire plaisir aux skieurs. Loin de se satisfaire d’utiliser des canons à neige au pied des pistes afin d’éviter une extension de l’exploitation dans les sommets, au détriment de la nature, certaines stations en installent même à 3 000 mètres d’altitude.

Lorsqu’on la retourne, il se met à neiger dans la boule

Avec ces nouvelles mesures, les usines à neige vont tourner à plein régime dès l’hiver prochain. D’un point de vue écologique, les canons à neige ont certes fait beaucoup de progrès. Surtout depuis l’abandon des adjuvants depuis maintenant plusieurs années. Il n’en reste par moins que ce procédé génère des nuisances pour l’environnement. Les sols recouverts de neige de culture ont une fâcheuse tendance à l’imperméabilisation, ce qui facilite leur érosion. La production de neige artificielle nécessite en outre des millions de mètres cubes d’eau et une dépense en énergie absolument phénoménale.

Avec tout ça, on en oublierait presque que le ski est à l’origine un sport de nature. Mais une question cruciale reste en suspens. Il ne suffit pas de vouloir fabriquer de la neige pour y parvenir. Nous pouvons investir autant de millions que possible dans des enneigeurs, si le thermomètre ne veut pas descendre en dessous de zéro, rien n’y fera. Et Dame Nature semble bien déterminée à inverser la courbe des températures et à nous imposer sa loi. Il va falloir s’y faire. Mais il existe peut-être une solution : installer un globe, non pas à Roybon, mais au dessus de Notre Dame de France, au Puy-en-Velay. On pourrait y mettre de la neige artificielle dedans. Ce serait joli. En secouant le tout, nous aurions ainsi une magnifique boule à neige, idéale en guise de vitrine touristique pour notre belle région.

Emmanuel Macron visite l’Auvergne, le web s’agite !

Le 29 avril 2016, par Thomas Fauveau

La visite du ministre de l’économie en Auvergne en ce début de semaine n’est pas passée inaperçue. Et pour cause ! Emmanuel Macron n’en a pas été réduit à escalader une grille, la chemise en lambeau pour échapper à une foule en colère. Non. Mais il a tout de même encaissé des critiques d’une rare violence de la part de quelques syndicalistes. Et il a eu chaud aux fesses. Car les bougnats ont le sang chaud ! Petite revue de web…

25 avril matin. Issoire, dans le Puy-de-Dôme. Le ministre de l’économie vient visiter l’usine aéronautique Rexxia située dans la ZI des Listes. La visite prévue initialement au mois de mars avait été reportée pour cause de réunions sur la loi Travail. Cette fois, tout est bien cadré. Bercy lance son invitation presse avec le programme détaillé. Oui mais voilà, tout ne se déroule pas comme prévu. Emmanuel Macron est accueilli sous les huées des syndicalistes : « Vous allez le payer de vous foutre de la gueule du peuple ! », peut-on entendre notamment. Le ministre affiche un rictus d’anthropophage et reste imperturbable. « Issoire, bon vin à boire, belles filles à voir! ». Nul doute qu’Emmanuel Macron s’en souviendra.

Du côté de la presse, la séance fait rapidement le buzz. Les images d’iTélé tournent en boucle. Le Monde rapporte qu’une fois rentré dans l’usine, Emmanuel Macron aurait lancé, comme pour se rassurer : « Ca va mieux en moyenne, c’est la vérité, ce sont les chiffres. » Si ses tableaux Excel le disent… Dans La Montagne, le ministre explique que Rexxia est en train d’opérer une large transformation de son modèle classique vers ce que l’on appelle « l’entreprise du futur ». Une transformation qui, si elle est inéluctable, ne sera sans doute pas sans conséquences en terme de suppressions de postes. A quand un revenu universel, monsieur le ministre ? Le site NewsAuvergne rapporte que le ministre a décidé de s’intéresser à la vie des gens et de ne plus parler de la présidentielle. Qui va croire ça ?

« Hé Ho, t’es socialo et t’as pas d’électeurs ! »

Tout cela n’a pas laissé les internautes indifférents. Certains même se déchaînent. Sur Facebook, les commentaires fusent : « Un bon à rien le macaron ! », « mangeons-le ! », « Le pauvre Manu, mamie le consolera à son retour… » Certains commentaires sont même carrément insultants, tel ce « Connard, dégage », resté 8 heures durant sur la page de La Montagne sans que les modérateurs ne jugent bon de le supprimer. Sur le post du Point, même si quelques excités ont envie de déchirer la chemise du ministre, les réactions sont globalement à l’opposé : « Les syndicalistes sont-ils capables d’autre chose que de faire la grève et pourrir la vie des gens ? », « Moi président, je mettrais tous les syndicalistes à l’ombre pour six mois. », « Les syndicalistes sont des militants certainement sincères mais manipulés par un ramassis de guignols opportunistes se prostituant avec l’extrême gauche ».

A l’issue de sa visite, Emmanuel Macron finira tout de même par s’exprimer sur « Hé Ho La Gauche », ce qui ne manquera pas non plus de faire réagir immédiatement les internautes : « Hé Ho, t’es socialo et t’as pas d’électeurs ! », peut-on lire ici ou là. Nabilla, ou l’obsolescence programmée de la pensée ! Une brèche dans laquelle s’est royalement engouffré Raphaël Enthoven, philosophe bobo sorti d’une pub pour L’Oréal, dans sa chronique du 26 avril matin sur Europe 1 : « C’est l’interpellation magnanime d’un groupe de colonels dépourvu de soldats, une armée mexicaine qui emprunte le lexique de Nabilla pour envoyer sur le champ de bataille l’homme exténué qui sur un malentendu l’avait emporté 5 ans plus tôt ». Doutant fort qu’Emmanuel Macron soit venu lundi se faire écharper à Issoire comme un bon petit soldat de la République, c’est son mouvement « En marche » qui, en réalité, vient de connaître en Auvergne quelques soubresauts. Mais il en faudra plus pour le désarçonner.

Photo : capture d’écran itélé

Nuit Debout à Lyon : « du miel dans les ruches du patronat »

Alors que la mayonnaise peine un peu à prendre dans quelques villes, notamment à Bordeaux, le mouvement Nuit Debout Lyon continue son petit bonhomme de chemin. Pour finir la semaine, PressNut.com est allé faire un tour sur le « chat » du site Internet du collectif. Et ça bourdonne !

A première vue, le design du site lyonnais consacré à Nuit Debout est bien moins attractif que le site national. Mais qu’importe ! Ce site régional a au moins le mérite d’exister. Contrairement à beaucoup d’autres villes de l’hexagone, qui se contentent d’une sous-section du site parisien, le site lyonnais semble avoir un ou des administrateur(s) et il est mis à jour régulièrement. En plus de proposer les informations classiques sur les dates et heures des rassemblements, il offre également la possibilité d’accéder à quantité d’autres services, tels un forum, un chat, des liens vers les réseaux sociaux ainsi que la webradio.

La webradio, en construction, propose quelques interviews des participants au mouvement. Dans un extrait intitulé « c’est les media qui nous font chier », un individu déclare : « On vit dans un système de merde, de corrompus ! En réalité c’est médiatisé par les media (sic). J’ai juste un truc à dire : je suis contre les antisémites et je pense que les arabes ils sont toujours maltraités. Je suis franco-algérien-allemand et j’ai des lointains parents qui étaient nazis. » Bon. Nous compatissons. Un autre à qui il est demandé ce qui le fait rêver, répond juste : «Rien ! Je suis une personne révoltée. La politique c’est tout du blabla. »

« Y’a bien quelqu’un qui va se lever le cul pour me libérer ? »

Sur le Chat, nous accédons à la discussion par le canal général. Nous sommes très loin des revendications de Nuit Debout. Un certain « Lutch » vient de se connecter. Il a un gros problème. Un dénommé Abdel a dormi chez lui et il est parti avec son téléphone en l’enfermant dans son propre appartement. « MarieFakir » tente de venir à son secours en localisant Abdel. Peine perdue. « Lutch » sort de ses gonds : « Il m’a laissé un sac avec un calebard sale à l’intérieur ! » (calme-toi, Lutch ! Au moins, tu as l’ADN d’Abdel). Après quelques instants, il finit par relativiser : « Il m’a pris mes clés et mon téléphone mais il m’a laissé sa bouteille de Schweppes. Beau geste, quand même. » Le pseudo « LeJu » réagit : « Fair play ! Au frigo, au moins ? » « Même pas » se désespère « Lutch » qui finira par être libéré à 17h47 !

« Lutch » a finalement pu rejoindre la place Guichard, juste à temps pour la première assemblée de 19h. Espérons qu’avec la poisse qu’il se trimballe, il ne se fasse pas attaquer par un homme ivre et déguisé en Tigrou, comme c’est arrivé à des participants de la Nuit Debout de Toulouse mardi dernier (voir l’édition du Parisien du 19 avril 2016). Fort heureusement, les compte-rendus des assemblées générales redonnent un peu de dignité au mouvement Lyonnais. La dernière mouture ne fait aucune mention de la mésaventure de « Lutch » et se concentre plutôt sur les revendications, l’organisation générale et la préparation d’un grand bal populaire le 24 avril. Le groupe « Tractage et diffusion de textes politiques » demande des nouvelles de Bernard Arnault, dont les oreilles doivent fortement siffler. Car, attention messieurs les patrons, « il y a du miel dans les ruches du patronat », et certains semblent bien avoir l’intention de se préparer quelques tartines.

Budget de la Région Auvergne Rhône-Alpes : Debat fuit le débat !

Le 18 avril 2016, par Thomas Fauveau

Le jeu de mots est un peu facile, j’en conviens volontiers. Il n’en reste pas moins qu’il illustre bien le niveau auquel se situe le débat politique, particulièrement délétère dans notre région. Jeudi 14 avril 2016, une partie seulement des élus a voté le premier budget de la nouvelle mandature. Les élus du PS et du FN ont en effet décidé de boycotter la session.

Ambiance tendue lors de l’assemblée plénière qui s’est tenue au Conseil régional jeudi dernier. Jean-François Debat, le chef de file du parti socialiste, a décidé de se retirer de l’hémicycle, entrainant avec lui ses camarades. Dans un bel élan de solidarité, les élus du FN lui ont emboité le pas. Nous avons donc pu assister à un cortège d’élus FNPS quittant, ulcérés, l’assemblée. Gageons qu’ils n’en renonceront pas pour autant à leurs indemnités. Dans une conférence de presse improvisée, Jean-François Debat a déclaré : « Laurent Wauquiez ne se place pas au niveau des responsabilités qui lui ont été confiées et on ne veut pas participer à cette mascarade ». Ce à quoi le même Laurent Wauquiez a rétorqué : « vous préférez fuir le débat ».

Quelle est la raison de cet embrouillamini ? Il semble bien que ce soit l’attitude de Laurent Wauquiez qui pose problème, plutôt que le budget en lui même. Qualifié à la fois de « prince », de « populiste » et « d’autocrate », le président de Région en prend pour son grade. Juste avant le vote, Jean-François Debat a publié sur son blog un « bilan des 100 jours » de la mandature de Laurent Wauquiez, dans lequel il dénonce le clientélisme, le copinage et les effets de « com ». Rien de bien nouveau, en somme, si ce n’est ce que les politiques se reprochent habituellement les uns les autres à mesure qu’ils s’échangent les majorités. La Région, elle, continue sa « com » et annonce un beau budget, tout bien ficelé, tout bon, tout chaud.

Le poète a toujours raison

De leur côté, les élus du Rassemblement citoyen écologique et solidaire, ont sorti la sulfateuse. Dans un long communiqué de presse, ils dressent de Laurent Wauquiez le portrait d’un homme « brutal et dangereux ». Rien que ça ! Mais ils dénoncent surtout « des choix budgétaires destructeurs ». Si tout est discutable, comme toujours en politique, il semble bien que la décision d’allouer 4,7 millions d’argent public à Pierre & Vacances pour la construction d’un Center Parc leur reste en travers de la gorge. Et convenons que cela pose questions ! En quoi cette usine à touristes est-elle en adéquation avec la politique touristique affichée par Laurent Wauquiez ? La « pleine nature » sous une bulle climatisée, cherchez l’erreur !

Quel est le fond du problème ? Et bien, la vraie question, c’est sans doute celle de la faiblesse du pouvoir actuellement en place au niveau national. La faiblesse d’un gouvernement qui se retrouve obligé de négocier la Loi Travail avec des étudiants qui n’ont jamais travaillé. La faiblesse d’un gouvernement en train de danser le rigodon. Un pas en avant, deux en arrière ! Laurent Wauquiez cherche peut-être tout simplement à prendre la posture inverse, à se positionner en homme fort et providentiel. Il n’en reste pas moins que le système semble à bout. Le mouvement Nuit Debout est un signal fort. D’aucuns diront à Jean-Louis Murat de s’occuper de ses chansons, mais il a déclaré dans une récente interview : « La politique ne m’intéresse pas. Sauf pour en dire du mal. C’est le fumier de la démocratie. Les générations futures, si elles veulent s’en sortir, devront inventer autre chose. Le suffrage universel, ça ne marche plus. » Le poète aurait-il toujours raison ?

Le point sur la bourse au mérite qui vient d’être rétablie en Auvergne-Rhône-Alpes

Le 11 avril 2016, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Lui-même titulaire d’un baccalauréat mention « Bien », Laurent Wauquiez n’aurait pas eu droit à la bourse qu’il a décidé de rétablir en faveur des élèves les plus méritants. En effet, celle-ci est destinée à tous les nouveaux bacheliers de la région obtenant la mention « Très Bien », sans condition de ressources.

Sous Charlemagne déjà, l’enseignement était en principe gratuit. Mais c’est au cours du XIXe siècle que l’on observe une évolution progressive vers la réelle gratuité. Auparavant, il revenait aux conseils municipaux de fixer le montant de la rétribution scolaire payée par les famille et de dresser la liste des familles qui en étaient exemptées. Les lois Jules Ferry votées en 1881-1882, instaurent l’école gratuite, l’instruction obligatoire et l’enseignement public laïque. Le secondaire restera toutefois payant jusqu’en 1933. Mais jamais il n’a été question de bourses au mérite pour les élèves. Seul le professorat secondaire et supérieur était presque gratuit grâce à ce type de bourses dans les années 1890.

C’est uniquement en 2009 qu’une bourse au mérite est mise en place pour les lycéens obtenant le bac avec la mention « très Bien ». Seulement 4 ans plus tard, et un changement de majorité survenu entre-temps, décision est prise par le ministère de l’Enseignement Supérieur de supprimer cette mesure. La mise en application a été effective à la rentrée 2014. Et ce malgré le tollé général du côté des étudiants et de la part de nombreuses associations. Le Gouvernement a avancé l’augmentation du nombre de mentions pour justifier cette suppression et expliqué vouloir privilégier les boursiers sur des critères sociaux. Face à la protestation, le Gouvernement a finalement reculé et rétabli cette bourse en 2015… mais divisée de moitié.

Le mérite, une valeur qui divise

Existerait-il un certain malaise entre la gauche et la valeur « mérite » ? Il semble bien que oui. Le mérite serait en définitive une « repoussante » idée de droite. Mais les choses ne sont pas si simples car la droite traditionaliste semble elle-même divisée sur le sujet. Le premier courant, qui privilégie l’excellence, assimile l’égalité des chances à la reconnaissance du mérite. Le président Pompidou, passé des classes d’un village du fin fond du Cantal à Normale Sup est un exemple typique de promotion sociale par l’instruction publique. Le second courant, technocratique, entend assurer la promotion scolaire du peuple à travers l’enseignement technique.

La nouvelle mesure prise par la Région va concerner tous les lycéens inscrits en formation initiale dans un établissement d’enseignement secondaire d’Auvergne Rhône-Alpes (centre de formation des apprentis, lycée public, ou privé sous contrat d’association avec l’État), dépendant du Ministère de l’Éducation Nationale ou du Ministère de l’Agriculture. Cette bourse au mérite régionale de 500 euros viendra se rajouter à la bourse nationale. Laurent Wauquiez, président du Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, a déclaré que « face à une décision profondément injuste de la Ministre de l’Éducation nationale, il était très important de valoriser et récompenser les efforts accomplis par nos jeunes lycéens et de les accompagner dans les meilleures conditions dans leur parcours d’étude. » Cette mesure pourrait concerner jusqu’à 6 000 lycéens, ce qui représente donc une enveloppe globale de 3 millions d’euros.

Le mouvement « Nuit Debout » s’implante à Lyon

Le 05 avril 2016, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Avis aux insomniaques révolutionnaires ! Après Paris, Rennes, Strasbourg et Toulouse c’est au tour de Lyon d’appeler à la mobilisation ce mardi 5 avril 2016 pour un rassemblement à partir de 18h00 sur la place Mazagran.

Le collectif « Nuit Debout », né à Paris dans le sillage de la contestation de la Loi El Khomri (ou ce qu’il en reste), semble vouloir essaimer dans tout l’hexagone. Composé de citoyens engagés, d’intermittents, de syndicalistes, d’étudiants et parfois même de lycéens, ce rassemblement informel souhaite prendre de l’ampleur au point de, pourquoi pas, venir s’inscrire dans la continuité de mouvements nés dans différents pays européens comme « Occupy » ou encore « les indignés de la Puerta del Sol » apparu en 2011 à Madrid.

Pour le moment les revendications sont floues. Elles dépassent en tout cas largement les oppositions à la loi travail pourtant à l’origine de la contestation. Chose intéressante, le revenu universel fait partie de ces revendications. Très à la mode en ce moment, le sujet fait largement débat au sein de l’Europe. Certains pays comme la Finlande l’on même déjà programmé pour novembre 2016, date à laquelle chaque citoyen recevra la somme de 800 € par mois. Les Pays-Bas vont le tester dans plusieurs villes et la Suisse se prononcera dans le courant de cette année.

Férinel, tous propriétaires à la montagne !

Parmi les autres revendications du collectif « Nuit Debout » figurent le droit au logement, la démocratie directe ou encore le plafonnement des hauts-revenus. Le mouvement s’appuie largement sur les idées du collectif « Convergence des Luttes », né de la dynamique du documentaire satirique « Merci Patron ! » réalisé par François Ruffin. Dans ce film, Bernard Arnault, ancien promoteur immobilier Férinel reconverti dans le luxe, se voit subtilement délesté de 40 000 € par un couple du nord au chômage. Là réside sans doute toute la symbolique des tensions sociales actuelles.

Quoi qu’il en soit, les réseaux sociaux s’agitent fortement. On ne compte plus les pages Facebook, Twitter, Tumblr et même les chaînes YouTube dédiées au mouvement. Dans notre région, Le compte Twitter @NuitDeboutLyon compte déjà 856 abonnés et tweet à tout va.