Révolution ?

Le 30 mai 2016, par Christophe Siébert

« Le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique, quoique que leurs mobiles soient incomparables, sont les deux mâchoires du même piège à con. »
(Jean-Patrick Manchette, Nada)

Je ne suis pas révolutionnaire dans la mesure où, si se déclenche une Révolution, je resterai chez moi car la violence physique me fait peur et que ce monde-là ne me déplaît pas suffisamment, et qu’un autre monde possible ne m’attire pas suffisamment, pour risquer de prendre des coups, risquer d’en donner, risquer de mourir, risquer de tuer. Autrement dit je suis un modéré, un tiède, ou un lâche.

Ce qui ne m’empêche pas d’observer avec beaucoup d’intérêt les gens qui en ce moment se battent contre une loi qui me semble, pour ce que j’en ai lu, injuste (mais qui ne me concerne en rien, moi qui suis écrivain, pas salarié), et qui est surtout le prétexte, la goutte qui fait déborder le vase plein de merde et qu’il était temps de vider.

Je ne suis pas non plus anti-flic car je continue de croire que la police est là pour empêcher toutes sortes de salopards de me faire du mal – pourtant quand je vois un policier en tenue, le premier sentiment que j’éprouve c’est de la méfiance, et j’aimerais que ça change, c’est-à-dire que la police choisisse d’être non plus la valetaille du pouvoir mais la protection du peuple.

Ce long préambule était nécessaire, afin que le lecteur comprenne qui je suis avant que je donne mon opinion sur LA VIOLENCE DANS LES MANIFESTATIONS.

Spectacle de la répression

Je vois toutes sortes de vidéos supposées montrer les exactions de policiers violents ou abusant de leur pouvoir ; j’en vois d’autres supposées montrer les actes violents de casseurs.

J’en ai visionné deux, récemment, qui me semblent emblématiques. L’une montre un policier tirant un projectile en direction de la personne qui filme, tandis qu’un manifestant répète à plusieurs reprises, de façon très audible : « tir tendu, c’est interdit ! », comme s’il se trouvait sur un terrain de sport et qu’il signalait, à l’attention de l’arbitre, une faute qu’aurait commise un joueur de l’équipe adverse. C’est touchant, j’ai l’impression de voir mon fils qui, se faisant bousculer dans la cour alors que l’instituteur a le dos tourné, prend conscience que les règles sont un consensus et pas une loi naturelle.

L’autre vidéo est très connue, il s’agit de celle qui montre une voiture de police se faire aborder et incendier, tandis que le policier qui en sort fait preuve de sang-froid face à la personne qui cherche l’affrontement avec lui, puis s’éloigne sans précipitation et en recueillant au passage des marques de sympathie de la part de quelques manifestants. Et on me présente ces vidéos comme des illustrations de la VIOLENCE POLICIÈRE dans un cas, de la VIOLENCE DES CASSEURS dans un autre. C’est quand je vois ça que je me dis que la Révolution n’est pas près de se produire, pas encore.

Actuellement, compte tenu de leur équipement et de leur armement, la riposte policière est d’une modération extrême – elle est très exactement à la mesure de ce que pense le gouvernement de ce mouvement populaire : un spectacle de répression, pour répondre à un spectacle de révolte, une manière de faire baisser la fièvre, un défoulement sans conséquence sérieuse, le monde continuera de tourner, chacun restant à sa place. Ceux qui sont dans la rue retourneront à leurs postes de travail et dans leurs maisons, ceux qui sont au gouvernement y resteront, ceux qui possèdent les moyens de production demeureront les maîtres, ceux qui doivent travailler pour vivre seront un peu plus inconsolables, un peu plus fatigués.

À la minute même où le gouvernement décidera que la récréation est finie, elle sera terminée.

Attaquer un policier armé et protégé comme pour aller à la guerre avec une baguette en plastique souple ?! Mais enfin, redescendez sur Terre ! Si ce policier effectue des parades à l’aide de ses avant-bras, c’est uniquement pour faire plaisir au jeune homme énervé qu’il a en face de lui ! C’est par sympathie pure, pour ne pas le vexer, comme quand mon père faisait semblant d’avoir mal quand nous jouions à la bagarre !

Romantisme ou insurrection

Non, je ne vois nulle violence dans les actions de ceux qu’on appelle les Casseurs, et qui selon moi méritent autre mot : INSURGÉS. C’est en tout cas ainsi que Hugo les appelait en 1848.

Tout ce que je vois pour l’instant, c’est de l’excitation, du romantisme. Quand ils utiliseront des fusils d’assaut, quand ils foutront le feu aux voitures de police non pas par inadvertance mais pour en faire sortir les occupants afin de mieux les massacrer à la hache, quand ils attaqueront les commissariats pour en piller l’armurerie, quand il casseront non plus des vitrines de banques mais des crânes de banquiers là, oui, on pourra parler de violence et ce sera, à ce moment-là, la possibilité de la Révolution.

Je dois quand même signaler que quelques vidéos, montrant des manifestant roués de coups, montrant surtout – c’est nouveau, je n’avais jamais vu ça encore – des policiers passés à tabac, frappés à coups de pieds dans la tête jusqu’à perdre conscience alors qu’ils sont à terre, laissent penser à une escalade, à un point de rupture qui approche, à la possibilité que la violence réelle éclate.

Mais l’élément déclenchant de la Révolution ne sera pas la mort sporadique d’un ou plusieurs policiers, parce qu’ils sont aussi remplaçable que les autres travailleurs, et que le gouvernement n’accorde pas un prix immense à leur vie. Les auteurs de meurtres seront bien sûr individuellement punis, et sans doute très sévèrement, mais ça n’ira pas plus loin, pas tant que les policiers demeureront obéissant et se laisseront tuer de temps en temps sans proposer de réponse proportionnée, c’est-à-dire du hachis de manifestant à l’arme lourde pour chaque flic mort.

L’élément déclenchant de la Révolution sera le moment où les policiers feront feu sur la foule pour protéger leur vie. Mais, pour que ce moment-là arrive, il faut que la foule progresse encore beaucoup en désespoir, en colère, en peur et en certitude de n’avoir plus rien à perdre.

Dans les coulisses d’un sex-shop en ligne

Le 25 mai 2016, par Thomas Fauveau

C’est un drôle de rendez-vous que j’ai aujourd’hui. J’avoue que je ne sais pas trop à quoi m’attendre car je dois rencontrer le webmaster d’un sex-shop en ligne. A travers les ruelles étroites de la vieille ville de Clermont-Ferrand, je trace mon chemin jusqu’à un immeuble en pierre de lave. C’est là, dans les bureaux situés au quatrième étage, que je rencontre un certain David. Ici est géré l’un des 10 sex-shop en ligne incontournables de France.

PressNut : alors, c’est ici que tout se passe ? Où sont donc les fouets, godes et autres accessoires BDSM ?

David : je te rassure tout de suite, ici nous nous occupons de la communication, du design et du marketing. Notre société possède également des bureaux dans le sud de la France d’où sont gérées toutes les expéditions ainsi que le développement informatique.

PressNut : en quelle année a été créé le site Rue des Plaisirs ?

David : il y a une quinzaine d’année, en 2001 avec l’essor du commerce en ligne. Notre société, qui est une agence de développement de e-commerce a repris le site en mars 2015. Nous avons trouvé rigolo de vendre des love toys sur Internet.

PressNut : vous vous positionnez comment ?

David : nous sommes l’un des dix sexshop en ligne français un peu incontournables. Quand nous l’avons repris, nous avons refondu tout le design du site et nous l’avons rendu responsive, car les ventes sur mobile et sur tablette représentent près de 50 %.

PressNut : vous avez enrichi la gamme de produits ?

David : oui, j’ai personnellement rentré beaucoup de lingerie. C’est un pôle que je voulais agrandir.

PressNut : tu es fétichiste de lingerie ?

David : on peut dire ça (rires). Mais c’est un poste qui me semblait intéressant car cela permet d’attirer des gens qui ne connaissent pas forcement les love-toys. En France c’est encore un peu caché. On est resté avec la vieille image du sex-shop planqué derrière un rideau miteux avec un panneau rouge qui clignote, alors que dans d’autres pays d’Europe, ce n’est pas du tout le cas.

PressNut : comment est la clientèle ?

David : elle est issue de toute la France et même des pays étrangers. Nous livrons beaucoup en Israël, au Canada, énormément dans les DOM-TOM et même dans les pays du Maghreb. Les belges et les Suisses sont, proximité oblige, de très bons clients. Enfin, par l’intermédiaire de certaines marketplaces nous vendons dans le monde entier.

Les love-toys bientôt remboursés par la sécu ?

PressNut : et la tranche d’âge ?

David : de 0 à 18 ans c’est 0% et heureusement car c’est réservé à un public adulte. De 18 à 25 ans, 8 %. De 25 à 35 ans, 27 %. de 35 à 50 ans 26 % et de 60 à 70 ans nous sommes à 10 %. Au delà de 70 ans nous sommes à 29 % mais je pense que ce sont des gens qui mentent sur leur âge ou alors nous sommes dans un pays où les retraités se portent plutôt pas mal.

PressNut : un sex-shop en ligne, ça se gère comme n’importe quel site de e-commerce ?

David : pas tout à fait. Il y a certaines spécificités que certains clients ne conçoivent pas toujours. Notamment les retours produits. Nous avons tous déjà commandé des vêtements et demandé la taille en dessous ou au dessus. Et bien nous avons certains clients qui nous disent « écoutez, le sex-toy que nous avons acheté, on l’a essayé, il est trop gros, on aimerait bien avoir la taille en dessous ». Malheureusement ce n’est pas possible car nous ne sommes pas dans un magasin de chaussures et la loi ne nous autorise pas à échanger ces produits qui sont considérés comme des produits pharmaceutiques. Mais nous faisons parfois des gestes commerciaux.

PressNut : quelle est la tendance du moment ?

David : incontestablement c’est le Womanizer, un vibromasseur, à priori plutôt pour les femmes clitoridiennes. Il ressemble à un petit aspirateur et son taux de satisfaction approche les 99 %. Enfin c’est ce qu’on m’a dit.

PressNut : et pour les hommes ?

David : là aussi ce sont les masturbateurs qui marchent bien. Certains sont moulés sur le corps d’actrices bien connues. Nous avons été stupéfaits par un produit que nous venons de rentrer le TwerkingButt Deluxe, un masturbateur très innovant et très moderne puisque l’utilisateur a un casque de réalité virtuelle sur la tête et un fessier moulé en silicone qui, parait-il, donne des sensations plus vraies que nature. Il est chauffant et il vibre au rythme de la musique.

PressNut : une anecdote pour finir ?

David : un jour un client voulait un produit que je ne connaissais pas. Je lui ai demandé un mail pour lui répondre et c’était un truc du style « lasuceusedeputeaux », le genre de mail qu’on n’utilise pas pour s’inscrire sur Pôle emploi, tu vois (rires)… Sinon nous avons aussi des clients très décomplexés qui nous appellent pour nous dire : « c’est génial votre truc ! Ça marche super bien ! » Ça fait toujours plaisir d’avoir des retours…

La vidéo de présentation du TwerkingButt Deluxe est tellement rigolote qu’on a souhaité vous la faire partager :

Chaâba, du bled au bidonville, le 23 mai dernier sur F3 Rhône-Alpes

Le 23 mai 2016, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Dans le dialecte sétifien, le mot « chaâba » signifie « endroit perdu, trou, nulle part, no man’s land… ». Mais le chaâba a été le lieu de vie de 1949 à 1967 d’une trentaine de familles algériennes venues en France métropolitaine au sortir de la seconde guerre mondiale pour travailler, participer à la reconstruction du pays.

Ce documentaire diffusé le 23 mai dernier après Soir 3 retrace l’histoire de ces primo-arrivants, de leur implantation dans la cité villeurbannaise pour mieux connaitre de l’intérieur l’histoire de ce bidonville.

Retrouver la mémoire de ces femmes et de ces hommes…

Pourquoi et comment sont-ils venus ? Comment ont-ils vécu cette histoire ? Comment ont-ils été accueillis ? Quelles relations entretenaient-ils avec la France métropolitaine ? Comment ont-ils vécu la guerre d’Algérie et l’indépendance ? Que reste-t-il aujourd’hui du mythe du retour et que reste-t-il du chaâba ?

Retrouver la mémoire de ces femmes et de ces hommes depuis leurs origines jusqu’à leur devenir actuel est une démarche patrimoniale, mais plus encore. Ce documentaire plaira sans doute à ceux qui ont apprécié la lecture du livre autobiographique d’Azouz Begag, « Le Gone du Chaâba », édité par Éditions du Seuil, en 1986. Et pour ceux qui n’ont pas lu le livre, précipitez vous sur ce documentaire en replay, puis dans votre librairie favorite !

Crédit photo : Le Gone du Chaâba / Capture d’écran du film réalisé par Christophe Ruggia en 1997, adapté du livre d’Azouz Begag

 

CPIP : les oubliés de la pénitentiaire disent stop !

Le 23 mai 2016, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) en ont ras-le-bol et ils veulent le faire savoir. Le sentiment de ne pas être suffisamment représenté, les promesses non tenues des gouvernements successifs et leur exclusion des revalorisations salariales ont mis le feu aux poudres. En Auvergne Rhône Alpes, une délégation a été reçue par le directeur de cabinet de Laurent Wauquiez. PressNut a rencontré l’intersyndicale du mouvement*.

PressNut : quels syndicats représentez-vous ?

Intersyndicale CPIP : le SNEPAP FSU syndique des personnels de l’administration pénitentiaire. Au sein de la CGT pénitentiaire UGSP, qui était à la base multi-catégorielle, la filière insertion-probation possède depuis deux ans sa propre entité. Nous avions le sentiment de ne pas être suffisamment représenté et que nos revendications n’étaient pas assez portées, contrairement aux surveillants pénitentiaires.

PressNut : votre métier n’est pas très connu du grand public…

Intersyndicale CPIP : à l’origine il y avait les éducateurs de prison. Une première reforme a créé les comités de probation en milieu ouvert et les services socio-éducatifs en milieu fermé. En 1998, une réforme a créé le service pénitentiaire d’insertion et de probation. Ces services sont rattachés à chaque Tribunal de Grande Instance. Il en existe un par département. Aujourd’hui nous sommes 3 500 conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation au niveau national.

PressNut : c’est quoi votre job ?

Intersyndicale CPIP : nous sommes des fonctionnaires qui dépendons du ministère de la Justice et de l’administration pénitentiaire. Nous sommes là en tant qu’agents de probation mais aussi en tant que travailleurs sociaux pour accompagner les gens et empêcher la récidive. Il faut différencier le métier de CPIP en milieu ouvert et en milieu fermé. En milieu fermé, nous préparons la sortie et en milieu ouvert nous accompagnons la réinsertion. Un CPIP doit savoir faire les deux.

PressNut : oui mais plus précisément, quelles sont vos missions ?

Intersyndicale CPIP : nous maintenons les liens familiaux, nous luttons contre les effets désocialisants de l’incarcération. Nous mettons en place des actions collectives  telles que l’éducation à la santé, des animations autour de l’art ou encore la culture. Nous travaillons surtout avec les condamnés sur la peine qui doit avoir un sens. Nous sommes le lien entre la personne condamnée, l’extérieur et le juge d’application des peines. En milieu ouvert ou en milieu fermé, nous menons une réflexion avec le condamné : quel est son positionnement face à la victime ? Quelle perception a t-il de son avenir ? Quelles stratégies mettre en place afin d’éviter de commettre à nouveau des faits similaires ?

PressNut : pourquoi avoir initié un mouvement de protestation ?

Intersyndicale CPIP : on nous demande de nous former, ce qui demande du temps. Nous manquons cruellement de visibilité. Nous avons toujours eu le sentiment d’être le parent pauvre, le travailleur de l’ombre de l’administration pénitentiaire. Pourtant on nous demande beaucoup de choses. Nous sommes très volontaires pour effectuer de nouvelles missions mais nous n’avons aucun retour. Christiane Taubira a affiché des recrutements qui n’ont pas été menés complètement à leur terme. Il y a eu une revalorisation affichée de l’ensemble des personnels de l’administration pénitentiaire, or dans la réalité, les CPIP n’ont pas été concernés par ces mesures. La filière insertion et probation a été exclue des revalorisations. Ce qui a mis le feu aux poudres.

Les travailleurs de l’ombre

PressNut : quelles sont vos revendications ?

Intersyndicale CPIP : nous demandons une augmentation des effectifs, une reconnaissance statutaire et indemnitaire comme d’autres agents de l’administration pénitentiaire ont pu l’obtenir. Nous avons toujours le sentiment d’être les oubliés de l’administration pénitentiaire, alors que le CPIP a son importance dans le système judiciaire. Nous avons une position centrale dans la chaîne pénale. 250 000 personnes sont suivies par les CPIP en milieu ouvert et 58 000 en milieu fermé. Voilà la réalité du terrain. Les hommes politiques ont tendance à l’oublier. Pourtant, l’informatisation est arrivée, nous avons des rapports à rendre, l’administration veut avoir une meilleure visibilité de nos métiers. Tout cela demande du temps, sans compter les entretiens que nous avons avec les personnes que nous suivons. Nous sommes happés par une multitude de tâches.  C’est toujours important de se remettre en question, mais nous regrettons que cela se fasse au détriment des personnes suivies, faute de moyens.

PressNut : un CPIP suit combien de personnes ?

Intersyndicale CPIP : c’est très variable. Cela peut aller de 70-80 personnes, jusqu’à 180 personnes, ce qui est énorme. Forcement la vigilance du CPIP va être amoindrie en fonction de l’effectif en face de lui. La moyenne tourne plutôt autour de 120 personnes suivies. Pourtant un premier ministre à une époque, Jean-Marc Ayrault pour ne pas le nommer, dans un communiqué de presse, avait annoncé tendre vers une prise en charge de 40 personnes maximum. Nous en sommes loin. On voulait se calquer sur ce qui se passe au Canada, par exemple. C’est bien, mais ils ont des décennies et des décennies de mise en pratique que nous n’avons pas.

PressNut : vous avez interpellé les députés et les sénateurs, avez-vous eu des retours ?

Intersyndicale CPIP : absolument aucun. Sauf la sénatrice de la Loire qui a répondu à la demande de l’intersyndicale. Le directeur de cabinet de Laurent Wauquiez nous a répondu et un entretien a eu lieu. Mais nous n’avons pas eu de retour pour le moment**. Le ministre de la Justice a reçu l’intersyndicale mais il venait d’arriver. Nous notons que Monsieur Urvoas, actuel ministre de la justice, était par ailleurs la rapporteur de la loi sur le renforcement des CPIP. Sa réponse à nos revendications a été : « oui, mais il n’y a pas de budget. » Donc le mouvement perdure.

PressNut : avez-vous manifesté ?

Intersyndicale CPIP : oui, le 10 mai, partout en France. 1 000  agents sur 3 500 ont suivi le mouvement, soit 1/3 des effectifs, en prenant sur leurs congés car nous n’avons pas le droit de grève.

PressNut : quelles sont les prochaines actions que vous comptez mener ?

Intersyndicale CPIP : l’intersyndicale devait être reçue par François Hollande et cela a été reporté à une date ultérieure. Ce qui cristallise l’actualité, c’est la Loi Travail, les manifestations Nuit Debout, donc notre mouvement en pâtit.

PressNut : si vous arrivez à être reçu par le président, vous lui direz quoi ?

Intersyndicale CPIP : le succès d’un suivi judiciaire, c’est lorsque l’on ne revoie plus la personne dans le circuit judiciaire. Le bon résultat, on ne le voit jamais, si la personne ne récidive pas, et c’est tant mieux. Nous sommes plus confrontés à l’échec qu’aux personnes qui réussissent à s’en sortir. Il faut rendre les personnes suivies acteur de leur réinsertion. Il faut qu’ils s’approprient les mesures judiciaires prises à leur égard pour en tirer les conséquences et le bénéfice. Globalement, ce que les CPIP déplorent, c’est le manque de reconnaissance. Même s’ils ont une certaine autonomie professionnelle et une liberté pédagogique, ce qui fait la liberté de ce métier.

Propos recueillis par Marie de Luze et Ferdinand de Menditte

* Les deux agents que nous avons rencontré, s’exprimant au nom de leur syndicat, n’ont pas souhaité voir leurs noms apparaître. Ils figurent donc dans cet article sous l’appellation : « intersyndicale CPIP ».

** Contacté à ce sujet par la rédaction de PressNut.com, le cabinet de Laurent Wauquiez n’a pas apporté de réponse à ce jour.

L’association L214 interpelle les lyonnais sur les abattoirs

Le 20 mai 2016, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Samedi 21 mai 2016, à 15h place de la République à Lyon, l’association L214 organise une action symbolique pour ouvrir le débat sur l’abattage des animaux pour la consommation alimentaire.

Le scandale des abattoirs remet-il en cause la légitimité de la viande ?

Les images filmées ces derniers mois dans les abattoirs d’Alès, du Vigan et de Mauléon, ont non seulement suscité l’indignation, mais aussi un questionnement quant à nos habitudes de consommation. Manger moins de viande est un objectif pour une part croissante de consommateurs, et selon un sondage Terra Eco, 10% des Français envisagent de devenir végétariens. Accompagnant cette tendance de fond, la grande distribution commence à répondre à ces nouvelles attentes en développant des gammes d’alternatives aux produits carnés.

Dans les abattoirs, les cadences soutenues du rythme d’abattage n’offrent que panique et souffrance comme derniers moments de vie. L’opacité des abattoirs nous empêche de voir ce qu’il s’y passe au quotidien. Pourtant, à chaque fois que des images sont diffusées, elles sont accablantes. Une commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs est en cours et L214 y a été auditionnée à la fin du mois d’avril.

Des milliards d’animaux tués sans nécessité nutritionnelle ?

Chaque année, 60 milliards d’animaux terrestres et plus de 1 000 milliards de poissons sont tués pour être consommés. Pourtant, l’Association américaine de diététique, la plus grande association au monde de professionnels de la nutrition, a établi que « les régimes végétariens (y compris le végétalisme) menés de façon appropriée seraient bons pour la santé, adéquats sur le plan nutritionnel et bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. »

Happening pour la fermeture des abattoirs

Samedi 21 mai, de 15h à 16h30 place de la République, pendant plus d’une heure, des militants immobiles tiendront solennellement des photos grand format d’abattoirs. Des cris d’animaux seront diffusés. Un « compteur humain » permettra de visualiser les 5 000 animaux terrestres tués toutes les 10 secondes rien qu’en France.

Lyon accueille la tournée française de l’Exposition universelle 2025

Le 19 mai 2016, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Lyon accueille pendant 4 jours, du jeudi 19 au soir jusqu’au dimanche 22 mai 2016, sous une sphère de 12 mètres de haut (librement inspirée du projet de globe d’Elisée Reclus pour l’Exposition universelle de Paris en 1900), trois espaces pour présenter les grandes lignes du projet EXPOFRANCE 2025. L’inauguration a lieu ce soir, sur la place Bellecour, à partir de 17h.

Les stéréoscopes

À l’entrée, des totems porteurs de stéréoscopes offrent aux visiteurs la possibilité de découvrir des vues inédites des Expositions universelles grâce à des photographies en relief d’époque.

La projection immersive

Un film en 3D de 3 minutes projeté en continu retrace les grands enjeux mis en scène par l’Exposition 2025 : village global, technologie et innovation, nouvelles mobilités, nouvelles solidarités, etc.

L’espace connecté de soutien à la candidature française

Un espace collaboratif et connecté dont les murs affichent un photocall librement inspiré de l’œuvre de Raoul Dufy « la Fée Électricité », permet aux visiteurs de se prendre en photo et de témoigner, de façon ludique sur l’ensemble des réseaux sociaux, de leur soutien à la candidature de la France.

À l’extérieur, les murs de l’exposition sont couverts d’une fresque présentant, le long d’une échelle de temps, les grandes Expositions universelles passées et les progrès qu’elles ont apportés pour les pays organisateurs en particulier et pour le monde en général.

Chaque soir, sur la sphère surplombant l’exposition, un film de 10 minutes sera projeté en continu et présentera de manière onirique l’imaginaire du projet EXPOFRANCE 2025. Par ailleurs, les enfants des écoles sont invités à réaliser en amont des dessins figurant leur vision de l’avenir. L’ensemble de leurs œuvres sera ensuite intégré dans le spectacle nocturne diffusé sur la sphère. Ils pourront ainsi les faire découvrir à leur famille à la nuit tombée.

Crédit photo : © ATHEM & SKERTZÒ

Bruce tout puissant sur la scène auvergnate

Après un passage à Avignon puis à Lyon, Bruce Fauveau joue son spectacle « Bruce Tout-(im)puissant ! » à La Baie des Singes de Cournon-d’Auvergne ce 21 mai 2016. Rencontre avec un artiste qui mise tout sur la gestuelle pour capter son public.

PressNut : Bruce, tu t’es intéressé au théâtre bien avant de faire une école ?

Bruce Fauveau : Oui, à l’époque, je faisais plus du théâtre conventionnel et je m’apercevais que ce n’était pas tout à fait mon truc, notamment le registre dramatique. Il n’y a que plus tard que j’ai compris que ce qui m’intéresse c’est l’humour et plus spécifiquement le solo.

PressNut : Tu es rentré à l’école Jacques Lecoq. Quelle est sa particularité ?

Bruce Fauveau : On y apprend la gestuelle, ce n’est pas trop basé sur la technique. On y apprend à exprimer des choses avec autre chose que la parole.

PressNut : C’est pour ça que tu as choisi cette école ?

Bruce Fauveau : Oui, durant deux ans on ne travaille sur aucun texte. Il n’y a pas de metteur en scène. C’est le corps qui parle. On travaille avec des masques, ce sont des formes qui changent du théâtre classique. En plus, c’est une école internationale et comme j’ai eu une enfance loin de France, cela m’intéressait de retrouver cet aspect là et de pouvoir avoir des contacts un peu partout dans le monde.

PressNut : Tu savais que tu voulais t’orienter vers l’humour ?

Bruce Fauveau : J’avais déjà suivi des cours de one man show, d’écriture, d’interprétation et d’improvisation. Je me suis aperçu que c’était une piste pour moi. Même si je n’avais pas encore compris que c’est avec le corps que je veux bosser. C’est l’école Lecoq qui a permis de faire le lien entre tout ça.

Des débuts au Québec

PressNut : Quelles ont été tes débuts ?

Bruce Fauveau : Avec mon metteur en scène, rencontré à l’école, nous avons créé un premier spectacle en 2011 et décidé de le jouer au Québec. Les Québecois sont très ouverts à l’humour. Ça a bien fonctionné, je jouais dans un théâtre local et j’ai eu quelques passages télé. Et puis mon visa a expiré. Ce n’est pas simple d’émigrer là-bas en tant qu’artiste. Étant bilingue, j’ai pu jouer aussi mon spectacle au Canada anglophone et après en Angleterre.

PressNut : Tu es revenu en France depuis moins de deux ans donc ?

Bruce Fauveau : Oui, j’ai repris mon spectacle et je viens de démarrer en janvier 2015. J’ai passé quelque temps à Avignon et j’ai rencontré des Lyonnais qui m’ont fait venir à un festival. Dans la foulée j’ai joué à l’Espace Gerson. Un passage télé m’a permis d’obtenir une salle en Auvergne. Voilà, ça se passe pas mal. Je suis un peu le seul dans mon créneau.

PressNut : Est-ce que justement tu t’es inspiré d’anciens humoristes qui ont beaucoup basé leur travail sur le corporel ?

Bruce Fauveau : Michel Courtemanche était vraiment très fort dans ce domaine. Et Jim Carrey, avant de faire du cinéma est aussi une source d’inspiration. Gad Elmaleh dans ses premiers spectacles a été salué pour ses performances de mime. Ce sont des gens que j’admire, bien sûr.

PressNut : Quelle est la réception de ton public à ton spectacle ?

Bruce Fauveau : Ça marche plutôt bien. J’essaie d’offrir quelque chose de différent avec un peu de stand-up et puis j’incarne des objets, des animaux… A chaque début de sketch le public peut s’attendre à tout… Le spectacle en lui-même évolue au fur et à mesure, parfois au gré de l’actualité. Je reste aussi ouvert à tout ce qui peut se passer dans le public. Si un spectacle n’évolue pas, il se renferme un peu sur lui-même…

PressNut : Aujourd’hui tu vas jouer en Auvergne, quelle image as-tu du bougnat, de l’auvergnat moderne si tu devais le caricaturer gentiment ?

Bruce Fauveau : Écoutes, j’entends tellement de belles choses sur cet endroit que je vais  prendre un jour après le spectacle pour aller marcher dans la région. Quant à l’Auvergnat, pour moi, il restera avant tout celui de la chanson de Brassens. Je le sens chaleureux, prêt à découvrir quelque chose de nouveau et à rire…

Bruce Tout-(im)puissant ! par Bruce Fauveau
La Baie des Singes – 21 mai 2016 – 20h35
6 avenue de la République
63800 Cournon d’Auvergne

L’homme qui murmure à l’oreille du cheval d’Auvergne

Le 11 mai 2016, par Rédaction AuvergneRhôneAlpes.info

Laurent Pradier est passionné de chevaux depuis toujours. Lorsqu’il fait l’acquisition du domaine de Moidas sur la commune d’Orbeil, près d’Issoire, une question se pose tout naturellement : comment entretenir les 200 hectares pentus et escarpés autour de la base de loisirs en plein air Crapa’Hutte qu’il gère conjointement avec son activité d’éleveur de chevaux depuis 20 maintenant ? La réponse est dans la question : il s’intéresse aux chevaux de pays et contacte trois éleveurs. Une association de sauvegarde et de relance est créée. Laurent Pradier devient, après un laborieux et trépidant travail de rassemblement des bêtes et de documentation sur celles-ci, le président de l’association nationale du cheval d’ Auvergne. Gros plan sur le sauvetage de cette espèce.

La quasi disparition du cheval d’Auvergne est intimement liée à l’histoire militaire de notre pays : l’armée au 19ème siècle est devenue une armée d’occupation, une armée coloniale avec l’Afrique du Nord. Ce dont l’armée avait besoin, ce n’était plus d’une cavalerie mais d’occuper un territoire en assurant la logistique. Or, la logistique se fait avec des mulets et non pas avec des chevaux : le mulet a donc remplacé le cheval. Les seuls à avoir gardé quelques étalons sont les haras nationaux qui avaient pour politique de faire ou du lourd ou du léger : « Par exemple dans la plaine du Forez, on s’est mis à faire du Trotter, on a allégé le cheval de pays. Dans le Massif Central, la tendance a été à l’alourdir. Au 20ème siècle , il y a eu la mécanisation de l’agriculture et le seul débouché pour les chevaux, c’était la viande. En 4 générations, nous sommes passés de ce petit cheval qui faisait 500 kg à un cheval qui faisait 800 kg à 1 tonne. », explique Laurent Pradier.

Tout le travail de l’éleveur et de son association a été de se battre, depuis 1996, pour préserver le « Bidet osseux » comme l’écrivait Alexandre Dumas dans ses Trois Mousquetaires. « Ce cheval a été sélectionné pendant des siècles pour être un cheval de travail. Contrairement aux chevaux de compétition, c’est un animal qui s’inscrit dans la durée. Il est petit et trapu, comme tous les chevaux dans les territoires d’altitude. Il est résistant, rustique, il se nourrit de peu et passe l’hiver en montagne avec son double poil, comme à l’état sauvage. Le cheval d’Auvergne est typiquement ce que l’on appelle un cheval de montagne : robe sombre, du crin, double poil, des sabots noirs parce que la corne noire est plus solide que la corne blanche, pas très grand, environ 1m50… »

Reconnaissance de la race du cheval d’Auvergne

Pour relancer la race, Laurent Pradier a commencé avec seulement 32 bêtes. C’était en 1996 et ces quelques têtes étaient tout ce qui restait du cheval d’Auvergne. L’avantage, qui fut aussi un inconvénient, a été que le berceau de race est immense. La distance entre les départements a quelque peu freiné le regroupement. Mais la nature fait bien les choses : tous les gênes de rusticité sont des gênes dominants. A partir des années 1950, les juments ayant été croisées avec des chevaux plus lourds, donnaient de temps en temps naissance à un poulain plutôt de souche Auvergne. Pendant 10 ans, tout le travail de l’association a été de réunir ces chevaux et de « réabsorber » tous ces gênes et de refaire des croisements. Jusqu’à retrouver la race d’origine. Quinze ans après avoir démarré ce sauvetage, et grâce au soutien de la Région, l’association est arrivée à obtenir plusieurs centaines de chevaux. Aujourd’hui, l’association possède 500 animaux et avec les naissances de cette année, elle va approcher les 600 têtes.

En 2010, Laurent Pradier a réussi à faire reconnaître la race du cheval d’Auvergne : « L’association a signé une convention avec les haras nationaux , l’IFCE, et à partir de 2010 nous avons entamé un processus de reconnaissance. C’est en 2013 que la race a été reconnue, sur la foi d’écrits très anciens, tels que les descriptions d’Antoine de Pluvinel, véritable précurseur de l’école d’équitation française au XVIème siècle, et de tableaux d’époque. A présent, les éleveurs ont une petite aide financière pour la garde des étalons et pour les saillies. La gestion des lignées et des reproducteurs est assurée par l’IFCE. Tout est informatisé. L’association a des pleins papiers, c’est-à-dire qu’elle est sûre de la traçabilité des chevaux. »

Suivant l’âge, suivant le travail, un poulain d’Auvergne coûte entre 800 et 1 000€ . Il est possible d’atteindre les 3 000€ pour un cheval bien dressé d’environ 4 ans. L’association participe à des salons et à des concours. Il y a plusieurs types de concours : pour les éleveurs, ce sont des concours de modèles et d’allures, l’intérêt étant de sélectionner les reproducteurs. Ensuite, il y a les concours d’utilisation afin de mettre en valeur le cheval. Enfin, il y a les concours labellisation loisir : quasiment toute la cavalerie du Domaine de Moidas est labellisée loisir. Le cheval d’Auvergne a un caractère qui se prête particulièrement bien à cette activité : il est petit, trapu et n’a peur de rien. Et puis, l’association occupe des salons pour la promotion de la race : le salon de l’agriculture à Paris, le sommet de l’élevage à Cournon d’Auvergne, le salon du cheval à Lyon, Equita’Lyon. La race du cheval d’Auvergne est très dynamique. A tel point que des réflexions sont en cours pour la développer au delà des « frontières » de l’Auvergne. Et notamment en Rhône-Alpes qui ne possède pas de race de cheval typiquement régionale, ni de réelle vitalité d’un point de vue de l’élevage.

Vers un tourisme artificiel en Auvergne Rhône-Alpes ?

Le 09 mai 2016, par Thomas Fauveau

La Région a annoncé, au mois de mars dernier, sa politique touristique. Au programme : de la pleine nature, toujours plus de nature. Où en sommes-nous réellement ?

Un mois tout juste après le programme de la nouvelle politique touristique d’Auvergne Rhône-Alpes, la Région a voté une subvention de 4,7 millions d’euros pour aider à la construction d’un Center Parc à Roybon, un projet pourtant stoppé par la justice. La bulle climatisée, véritable usine à touristes, ne ravit par tout le monde. En ce début de printemps 2016, après un hiver catastrophique pour les professionnels de la montagne, Laurent Wauquiez vient d’annoncer que 50 millions d’euros seront investis au cours de son mandat dans la production de neige artificielle.

Les stations de ski semblent bel et bien engagées dans une course folle à la production de neige de culture. Il faut dire qu’elles ont sans doute moins bien anticipé le réchauffement climatique que leurs consœurs autrichiennes ou italiennes, beaucoup mieux équipées. A tel point que nous avons vu une station savoyarde se faire livrer 100 tonnes de neige par hélicoptère l’hiver dernier pour faire plaisir aux skieurs. Loin de se satisfaire d’utiliser des canons à neige au pied des pistes afin d’éviter une extension de l’exploitation dans les sommets, au détriment de la nature, certaines stations en installent même à 3 000 mètres d’altitude.

Lorsqu’on la retourne, il se met à neiger dans la boule

Avec ces nouvelles mesures, les usines à neige vont tourner à plein régime dès l’hiver prochain. D’un point de vue écologique, les canons à neige ont certes fait beaucoup de progrès. Surtout depuis l’abandon des adjuvants depuis maintenant plusieurs années. Il n’en reste par moins que ce procédé génère des nuisances pour l’environnement. Les sols recouverts de neige de culture ont une fâcheuse tendance à l’imperméabilisation, ce qui facilite leur érosion. La production de neige artificielle nécessite en outre des millions de mètres cubes d’eau et une dépense en énergie absolument phénoménale.

Avec tout ça, on en oublierait presque que le ski est à l’origine un sport de nature. Mais une question cruciale reste en suspens. Il ne suffit pas de vouloir fabriquer de la neige pour y parvenir. Nous pouvons investir autant de millions que possible dans des enneigeurs, si le thermomètre ne veut pas descendre en dessous de zéro, rien n’y fera. Et Dame Nature semble bien déterminée à inverser la courbe des températures et à nous imposer sa loi. Il va falloir s’y faire. Mais il existe peut-être une solution : installer un globe, non pas à Roybon, mais au dessus de Notre Dame de France, au Puy-en-Velay. On pourrait y mettre de la neige artificielle dedans. Ce serait joli. En secouant le tout, nous aurions ainsi une magnifique boule à neige, idéale en guise de vitrine touristique pour notre belle région.

A la lumière de Didier Amblard, artiste peintre auvergnat exposé à Rotterdam

Le 04 mai 2016, par Marie Cartigny

Le regard crispé sur sa toile, le regard du juste qui construit depuis plus de trente ans l’univers qui l’entoure et le transcende par sa peinture, Didier Amblard est un être à part qui œuvre quotidiennement en art thérapie à Clermont-Ferrand. Nous sommes bien loin de l’univers marketing des « artistes » bobos qui font de leur signature une marque, dans une démarche frisant l’indécence. Rencontre avec, sans doute, l’un des plus grands peintres français contemporains , parmi les plus émouvants et pourtant méconnus acteurs de l’art brut. Didier Amblard est exposé en permanence à Paris et, en ce moment, au musée Kunsthal de Rotterdam.

L’échange avec Didier Amblard sur sa peinture se fait peu à peu dans une intimité qui se nourrie de questionnement sur son œuvre et d’anecdotes sur sa vie d’avant, avant son hospitalisation en 1984. Le passé se fait confus, il parle de sa famille avec laquelle il a vécu, à Saint-Symphorien, près de Châtel-Guyon, du métier de son père, entrepreneur en maçonnerie avec qui il a travaillé. Il passe un CAP de menuiserie avant de basculer dans un tourbillon qui l’amènera à dessiner puis à peindre. C’est un réconfort pour lui. Et presque une mission : faire revivre à travers ses premiers dessins au stylo à bille les anciens bâtiments de l’hôpital psychiatrique et également ses camarades, disparus depuis pour la plupart. C’est presque un hommage ou une seconde vie qu’il leur offre.

« Quand je suis rentré ici, dit-il d’une voix douce, j’ai eu l’impression que toutes les portes s’étaient fermées. En réalité, ces portes sont ouvertes car je travaille avec des gens dont j’aime la personnalité. » Didier Amblard a eu plusieurs vies. « Quand mon fils est né, je suis parti seul en Martinique car je savais que j’étais malade, je suis parti à l’aventure. Je voyais des anges, j’entendais de la musique qui me rappelait la beauté du monde. Ca a été un chemin. Je marchais, je marchais, je passais sur les rochers pour aller d’une plage à une autre. Je pense avoir vu la Martinique au moment où je devais la voir. C’était une évasion.»

« Quand je créé, je pense toujours à ma petite maison »

Retour à Clermont-Ferrand. Le point d’ancrage dans l’élaboration de la peinture de Didier Amblard est une petite maison en contre-plaqué qu’il a réalisé pendant son apprentissage. Cette maison l’accompagne dans chacune de ses œuvres. Il la « promène partout dans sa tête ». C’est son port d’attache, dans une psyché perpétuellement tourmentée. Didier évoque les « lumières trangenscentes » dans sa peinture et c’est ainsi que le poète s’exprime. La poésie fait partie de cet artiste peintre qui n’ose – pas encore – se définir ainsi. Il sait qu’il est exposé dans une galerie parisienne spécialisée dans l’art brut, il sait qu’il est exposé en ce moment dans un musée d’art moderne de Rotterdam, mais ne s’intéresse qu’au bonheur qui l’anime quand il peint, tout simplement. D’ailleurs, au début, Didier Amblard ne signait même pas ses œuvres. Pourquoi ? « Par abandon, pour que ça tombe dans l’oubli. », dit-il.

Cet effacement volontaire, puisque Didier se sait conscient de la valeur marchande de son art, serait-il un refuge ? Didier est un artisan avant tout et quand on l’interroge sur le regard qu’il porte sur le marché de l’art, il emploie le mot de « fumisterie ». Didier Amblard est sans doute un génie qui ne veut pas le savoir. Ses peintures ne sont pas toutes signées du maître parce qu’il est loin d’avoir achevé son œuvre. « Je ne crois pas au bonheur, je ne crois pas au bonheur », répète-t-il inlassablement. «Je peins parce que je me dis qu’un jour je partirais là-haut, et je veux laisser quelque chose qui soit fini. Mais en même temps je n’ai pas envie d’y monter, là-haut, et du coup cette œuvre reste toujours inachevée… »  Nous quittons Didier Amblard pour le laisser à son travail. Semblant seul dans l’atelier, pourtant peuplé d’autres artistes, il peint, il peint, il peint…