Lyon : un chat candidat à l’élection présidentielle !

Le 23 janvier 2017, par Thomas Fauveau

Le parti des Patouneurs Chatocrates (le PaCha) a été fondé au mois de décembre 2016 par 6 chattes résidentes d’un bar à chats lyonnais. Au terme d’une primaire très serrée, Nicole a reçu l’investiture. La candidate officielle du PaCha se lance dans la course à l’Élysée avec un programme complet : santé, logement, environnement, justice, impôt, diplomatie… Nicole et les membres de son équipe savent que tout cela risque de faire rire, néanmoins son équipe est persuadé qu’elle est la candidate providentielle que les Français attendent. Bien relayées, ses idées pourraient raisonner dans la sphère politique et être considérées pour « animaliser » le débat et parler de la condition animale.

Les objectifs

Avant tout, le parti des Patouneurs Chatocrates souhaite sensibiliser les électeurs à la prise en compte de la condition animale dans les programmes des candidats à la présidence de la République Française en 2017. Faire avancer encore la condition animale en instaurant notamment une vraie répression de la maltraitance et du trafic des animaux est aussi l’un des objectifs de cette campagne atypique. Récolter des fonds pour les associations de protection animale qui partagent les valeurs de la campagne et promouvoir la charte éthique du bar à chats où Nicole est résidente, pour proposer un code de bonne conduite à tous les établissements similaires sont également deux intentions de Nicole, cette petite Exotic Shorthair âgée d’une quarantaine d’années (5 ans en âge chat).

La Stratégie

En faisant entrer un chat de pleine patte dans l’élection présidentielle, les Patouneurs Chatocrates espèrent interpeller un maximum de Français. Tant qu’à investir un chat d’une mission aussi importante, autant jouer la carte du CatPower jusqu’au bout. C’est ainsi qu’afin d’interpeller tout en restant très ludique, le site internet s’appuie sur un double discours : les idées réelles d’un côté et une invasion du monde par les chats de l’autre avec instigation de l’Ordre Mondial Chatocrate.

Yes we cat !

Le site Internet de la campagne de Nicole offre deux accès selon que l’on est un humain ou un chat. Nicole y detaille son programme en matière de logement, de réinsertion des chats en marge, de santé, d’impôts et de consommation, d’environnement et recherche, d’action citoyenne, de diplomatie ou encore de justice. L’équipe dispose d’un bureau de campagne composé d’un directeur, d’un chargé de communication, d’un trésorier, d’une porte-parole et de conseillers politiques. L’accès reservé aux chats est moins rassurant puisqu’il propose ni plus ni moins une prise de pouvoir à grande échelle par les chats. Jugez-en par vous même : « Le combat est en marche mes chers conchatriotes et chacun d’entre nous devra prendre part à la bataille dans la mesure de ses possibilités et assurer un soutien indéfectible à notre cause. Nous sommes presque 13 millions de chats en France et nous pourrons compter sur le soutien de tous les félins du monde aspirant à une chatocratie universelle. Rien qu’avec le soutien de nos alliés outre-Atlantiques nos troupes s’agrandissent de pas moins de 70 millions d’âmes ! De plus nous n’excluons pas le soutiens des humains qui partagent nos valeurs et vous savez qu’ils sont nombreux ! La prise de l’Elysée n’est que le début d’un long périple vers l’Ordre Chatocrate Mondial. »

Robert Rochefort serrant la main au président

Le 06 octobre 2016, par Christophe Siébert

Sa main était si près que je ne pus m’empêcher de la saisir et de la fourrer dans ma braguette. Elle se leva vivement, pâle et effrayée. Mais déjà ma verge était dehors et frémissait de joie.
(Henry Miller, Tropiques du Capricorne)

En politique on connaît des menteurs, des voleurs, des escrocs, des magouilleurs et des mafieux, et une assez grande quantité de types qui ont du sang sur les mains. Il y a aussi dans le tas quelques violeurs, et bien sûr on ne compte plus les parjures, les traîtres ni ceux qui contre vents et marées tournent leur veste à chaque saison.

Leur point commun, à tous ceux-là, c’est leur étonnante capacité à ressusciter. Procès ? Scandale ? Prison ? Collection complète de casseroles ? Rien à fiche ! Une nouvelle coupe de cheveux, une cravate plus jolie, de beaux remords et hop ! Retour aux affaires ! Un coup ministre, un coup président, un coup consultant, un coup avocat, un coup expert, un coup donneur très cher payé de leçon quelconque, un coup signataire d’un intelligent livre à succès écrit par on ne sait qui, un coup autre chose, et à la fin, quoi ? Sénateur ou député et les voitures de fonction, et le chauffeur, et la soupe à midi, tranquille, les truffes à Noël, le champagne, la belle vie.

Robert Rochefort, rien de tout ça. Il est fini, Robert Rochefort, terminé, lessivé, en voilà un qui s’en ira la queue entre les jambes, qui ne reviendra pas, il peut bien changer de cravate ou écrire lui-même sa lettre d’excuses. Qu’a-t-il fait ? Qui a-t-il étranglé de ses propres mains ? Personne. Lui-même, peut-être, à la rigueur. Robert Rochefort s’est branlé en public, il est grillé, il est foutu – en tout cas, si j’en crois les torrents de haine que l’annonce de son crime a déclenchés il y a un mois, et l’absolu silence qui a suivi depuis.

Il aurait copulé en public, on l’aurait surpris dans une voiture et la bouche d’une prostituée au mauvais endroit, on l’aurait photographié attaché à une croix de Saint-André ou en train de s’amuser dans une backroom avec un copain, c’était toujours le scandale, certes, mais avec lui la gloire, une forme de gloire en tout cas, gloriole scandaleuse mais gloriole quand même, et l’admiration de quelques-uns, l’admiration que les singes timides vouent au grand singe déluré. Mais là ? Opprobre, opprobre, opprobre ! Exhibition solitaire, plaisir solitaire, qui va admirer ça ? Quel pervers refoulé pour tirer son chapeau au pervers au grand jour ? Personne. Il n’y a que des vertueux, des salauds, oui ! Des salauds aux mains propres et qui jettent des pierres à celui qui les a occupées.

PAS D’ACTIVITÉ PLUS INOFFENSIVE QUE CELLE-LÀ

Comment revenir après un coup pareil ? Lui il ne sera jamais au Sénat, et encore moins payé cinquante mille euros de l’heure pour expliquer à une bande de très riches quelques subtilités de droit et de fiscalité, personne ne le prendra au sérieux, tout le monde aura l’image en tête. Même s’il trouve une chaire pas trop tarte à HEC ou au Collège de France. Quolibets sur quolibets et s’ils ont encore des tableaux noirs là-bas, je vois d’ici les graffitis, chaque matin.

C’est l’histoire d’un type qui pour une raison qu’on peut trouver un peu bête, c’est-à-dire quand il est stressé, se masturbe compulsivement. J’en connais, moi, qui dans la même situation frappent leurs enfants, gueulent sur leurs employés, s’enfilent du whisky ou insultent tous ceux qui passent à leur portée.

Celui-là se branle. Oui, on peut se moquer, mais je ne connais pas d’activité plus inoffensive que celle-là. J’aurais bien aimé que certains hommes politiques, au lieu d’utiliser la gégène pendant la guerre d’Algérie, ou de serrer la pogne à Omar Bongo, ou de planter leur zizi dans des employées d’hôtel guère consentantes, ou de se faire financer le narcissisme par la Libye  ou d’envoyer les CRS taper sur les mécontents, fassent de même.
Et les assassins ? Et les suicidaires ? Et les braqueurs de banque ? Et tous ceux qui chaque jour commettent d’irréparables conneries ? Et si ce matin-là, Wolfgang Přiklopil s’était branlé ? Et Andréas Lubitz ? Et Abdelhamid Abaaoud ?

Le 11 septembre ? Branlette !
Hiroshima ? Branlette !
Qui a tué Jaurès ? Personne ! Raoul Villain avait les deux mains occupées !
Hitler, Staline, Napoléon, César ? Branlettes, branlettes, branlettes !

JERK-OFF, NOT WAR !

C’est curieux, quand même, que la masturbation soit le dernier tabou, l’infranchissable, la honte suprême.

Moi, finalement, je le trouve assez courageux, ce geste. Alors, en hommage non-ironique à Robert Rochefort (non-ironique, j’aime autant préciser), hommage non pas à ses idées (dont j’ignore le premier mot) mais à son geste étrange et pacifique, à ce rempart de chair qu’il dresse entre la violence du monde et lui, je vais raconter quelques-unes de mes anecdotes les plus foireuses en la matière.

Bibliothèque d’Agde, début des années quatre-vingt-dix.
Je passe dans la salle de lecture la plupart des mes pauses de midi. Je ne vais pas à la cantine, je ne fréquente personne : j’avale un sandwich et fonce là-bas, pour lire. Je suis en seconde ou en première, je suis fabuleusement mal dans ma peau, j’aimerais être au moins un paria mais on ne me remarque pas assez pour ça, je suis juste invisible. De plus en plus souvent, je me planque dans un coin pour me masturber à travers la poche en lisant des passages de La Louve, d’Emmanuelle Arsan, et j’envoie tout dans mon pantalon, contre ma cuisse, frisson supplémentaire quand il y a d’autres lecteurs.

Un cybercafé situé sur le quai des Bateliers, à Strasbourg, début des années deux mille. Je m’y rends le matin pour écrire quelques pages de mon roman en cours (une chose médiocre qui ne sera jamais éditée sous forme de livre), mais avant cela je visite quelques sites pornographiques et ça se passe de la même manière qu’à l’époque de la bibliothèque d’Agde.

Même cybercafé, à peu près à la même époque. Une femme avec qui je corresponds sur MSN m’encourage à sortir mon sexe devant la webcam et je m’exécute, émoustillé, alors que l’endroit est plein craquer, chaque ordinateur occupé par un client. J’ai l’objet du délit dans une main et la boule en plastique gris de la webcam dans l’autre, son câble tiré au maximum. Cette fois-là, je suis trop timide pour aller jusqu’au bout.

Il y en a d’autres, plus ou moins spectaculaires ou honteuses, je ne vais pas les raconter toutes. Dans des bars, chez des gens, dans la rue, dans des trains, et toutes ont une chose en commun et c’est pour ça que je me sens le frère de Robert Rochefort : elles m’ont rendu le monde un peu, un peu moins insupportable, à des moments où j’avais les meilleures raisons de le détester, lui et ses habitants.

Henry Miller en a quelques-unes aussi à raconter, et Bukowski, et Topor, et Houellebecq, et Fante, et il faudrait aller voir du côté de Balzac et de Flaubert, et des Russes, et il y a aussi Edgar Hilsenrath et même sans parler de Sade je ne suis pas en mauvaise compagnie – les écrivains sont des gens doux et raisonnables, vous voyez bien. Quand la situation devient difficile ils font comme Robert Rochefort, ou plutôt c’est lui qui fait comme eux, ils se recentrent sur eux-mêmes et tels des escargots s’enroulent à l’infini dans le secret de leur coquille, jusqu’à l’extase, jusqu’à la paix, qui jamais ne dure, mais c’est toujours ça de pris, et qu’importe qu’on se trouve en pleine rue ou dans un magasin de bricolage, que je sache Clark Kent se transforme en Superman dans des cabines téléphoniques aux vitres parfaitement transparentes et personne ne trouve à y redire.

Vous devriez essayer. Je suis certain que vous y prendriez goût.

Note de l’auteur – Serrer la main du président : Cette jolie expression désignant la masturbation est d’origine roumaine et se dit, dans la langue d’origine, A da mâna cu presedintele.

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Pétitions, piège à cons ?

Le 22 septembre 2016, par Christophe Siébert

Quand je me suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.

(Blaise Pascal, Pensées)

J’ai vu passer tantôt (merci à mon copain Alex A4, vous devriez aller voir ses dessins, ils sont aussi absurdement lucides que ceux de Topor à l’époque) une pétition dont voici un extrait :

En France, un-e citoyen-ne qui ne peut pas justifier d’un casier judiciaire vierge se voit interdire l’accès à plusieurs professions. Au total, 396 métiers requièrent l’obligation d’un casier judiciaire vierge. En revanche et contre toute logique, pour être élu-e ou réélu-e, vous n’avez pas besoin de présenter un casier judiciaire vierge.
SIGNEZ AFIN DE RENDRE LE CASIER VIERGE OBLIGATOIRE POUR ÊTRE ÉLU-E OU POUR SE MAINTENIR DANS UNE FONCTION D’ÉLU-E ! (voir le texte complet)

Elle recueille, au moment où j’écris ma chronique, plus de cent mille signatures. C’est pas mal, même si je doute sérieusement qu’une pétition ait un jour changé quoi que se soit.

Avant d’expliquer ce que je pense de celle-ci en particulier, je voudrais préciser un dernier point : je ne vote pas. Je ne voterai jamais. Le 5 mai 2002, au lieu de faire barrage au Front National en me joignant aux 80% de chiraquiens spontanément révélés à eux-mêmes, je cuvais ma MDMA de la veille et mon front à moi, je ne sais pas s’il était national ou métèque (plutôt métèque, en fait), mais à coup sûr il était fort lourd. Voilà pour situer la place que j’occupe dans ce que les gens qui travaillent au Nouvel Observateur (il paraît qu’on dit L’Obs, maintenant ?) appellent le processus démocratique.

J’AI CHANGÉ, NOUS DIT MARIE-FRANCE PARADISFISCAL

Interdire à quelqu’un, dont le casier judiciaire n’est pas vierge, de se présenter à une élection… C’est sûr que si j’ai le choix, j’irais pas voter pour Jean-François Partiaveclacaisse, ni pour Marie-France Paradisfiscal.

Mais est-ce une raison pour les empêcher de se présenter ? Je ne crois pas. Et puis, si on empêche toutes les personnes ayant un casier judiciaire de se présenter à une élection, c’est pas seulement les escrocs habituels qu’on exclut : c’est aussi tous les autres.

C’est le mec qui a piqué une bagnole, c’est celui qui a vendu du shit. C’est celui qui en a consommé, aussi, et c’est la caissière qui s’est fait virer parce qu’elle a fauché de la bouffe. Oui, bon, ceux-là ils se présentent pas, on s’en fout.

C’est les syndicalistes qui ont mis le feu à leur usine ou séquestré leurs patrons, c’est les Black Blocs.

Tiens, c’est aussi les déserteurs.

On en connaît, d’anciens militants d’ultra-gauche qui ont fini élus ? D’ancien déserteurs ? Faudrait aller voir de plus près.

C’est quoi, encore ? C’est une longue liste. C’est les écrivains et les éditeurs condamnés pour leurs propos. C’est beaucoup de gens, qui ne pourraient pas se présenter, finalement, et parmi eux c’est un certain nombre qui incarnent une alternative, un contre-pouvoir, et en signant cette pétition on exprime notre désir de les exclure.

Mais vous allez me répéter que de toute façon jamais ils ne se présenteront, le système est bien assez verrouillé comme ça ; là non plus je ne suis pas d’accord. Le système n’est pas verrouillé, ça n’est pas vrai. Il y a tout un tas de procédures franchement décourageantes, c’est exact – mais rien qui interdise, en théorie, à un marginal, à un pauvre, à un prolo, à un connard quelconque de se présenter. Tout bien sûr qui l’interdit en pratique, mais rien en théorie. Quelques-uns y parviennent.

LES GENS QUI SIGNENT CETTE PÉTITION DISENT DEUX CHOSES, LA PREMIÈRE ILS EN SONT CONSCIENTS, LA DEUXIÈME ILS NE L’ONT PAS VUE COMME ÇA, JE CROIS.

Et parmi ces cent mille signataires, combien dont le casier judiciaire n’est pas vierge ? En 2014, c’est presque un demi-million de personnes, dont la condamnation y est portée*. L’année précédente, autant. Combien de français inéligibles, si cette pétition était suivie d’effet ?

Et puis tant qu’à faire, pour éviter qu’un prête-nom quelconque se présente à la place de l’exclu du concours, qui faudrait-il interdire aussi ? Les épouses ? La famille ? Les amis proches ? Jusqu’où, le cercle ? Quel diamètre, pour être sûr ?

Ce qui rend la démocratie intéressante, c’est la possibilité d’élire un salaud, un assassin, une ordure, une crapule – on ne se prive pas, d’ailleurs, et la solution, quand on n’aime pas le résultat du vote, n’est certainement pas de légiférer pour que la fois suivante le même résultat soit impossible.

Et ceux qui votent ? Est-ce qu’il ne faudrait pas les sélectionner un peu mieux, eux aussi ? Ils font souvent n’importe quoi, vous ne trouvez pas ? À Bessan, mon ancien bled, en 2012, ils étaient plus de 40% à élire Marine Le Pen au premier tour. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais bien déchiré une carte d’électeur sur deux.

Chaque fois qu’on réduit le champ de ceux qui votent, le champ de ceux qu’on peut élire, on fait quoi, au juste ?

Votez pour qui vous voulez, mais pas lui parce que c’est un escroc, pas lui parce que c’est un raciste, pas lui parce qu’il a montré sa bite à tous les passants, pas elle parce qu’elle est partie avec la caisse, pas lui parce que c’est un ancien braqueur, pas lui parce que c’est un ancien manifestant qui a pété des vitrines de banques, pas lui parce qu’il est militant d’extrême-gauche et pas lui parce qu’il est militant d’extrême-droite, pas lui parce que c’est un chef d’entreprise qui a coulé sa boîte dans des conditions douteuses et pas lui parce que c’est un prolo que personne ne connaît, il n’a pas ses cinq cent signatures, hooooooooo ! vous avez peur de quoi, au juste ? Qu’on vote pour un pourri ? Qu’on élise un criminel ? Eh ! si c’est ce qu’on veut, voter pour un pourri, si c’est d’un criminel qu’on a envie ? Bordel !

UN SEUL CANDIDAT, CE SERAIT PLUS SIMPLE, AU MOINS ON RISQUERAIT PAS DE SE GOURER !

(En Corée du Nord, les candidats aux élections législatives sont au nombre de un par circonscription, et le vote n’est pas anonyme. Voilà une démocratie qui a bien compris la notion de principe de précaution.)

J’ai l’impression que ce que les français n’ont pas pigé, ne pigeront jamais, c’est que la démocratie est un risque. Voter, c’est s’exposer à faire de grosses conneries – et c’est ça tout l’intérêt de la chose. Mettre en place des processus de vérification, de contrôle, de censure, d’interdiction, dans le but de limiter le danger, dans le but de tenir à l’écart de la petite fête les trublions et les maboules, ça n’est pas seulement manifester du mépris ou de la condescendance à l’égard de ce système politique et de ceux qui l’utilisent, c’est surtout démontrer qu’on y a rien, mais rien compris.

De toute façon, les français ne sont pas démocrates. Ce qu’ils veulent, les français, c’est un roi. Un type dont ils ne sont pas responsables, dont ils peuvent dire : c’est pas de ma faute s’il est là, d’ailleurs c’est un con, d’ailleurs je l’aime pas, d’ailleurs je comprends pas ce qu’il fout ici et si on me demandait mon avis, il dégagerait vite fait à coups de pied où je pense – oui, car le français est poli. Mais manque de chance, dit-il (heureusement, pense-t-il sans même s’en rendre compte), on n’y peut rien, c’est le roi, faut faire avec.

Le pouvoir, on est fort pour le critiquer. Mais pour le prendre, mais pour l’exercer, y a plus personne.

AVANT, AU BOUT DES PIQUES, ON METTAIT DES TÊTES COURONNÉES. MAINTENANT ON Y MET DES APPAREILS PHOTOS

Jacques Chirac, en 2007, 72% des français veulent qu’il dégage. Dix ans plus tard, ils décident que c’est leur ancien président préféré** et les livres qui le prennent pour sujet se vendent comme des petits pains.

Et Louis XVI ? En 1793 ils lui coupent la tête ; deux cent ans plus tard il se pressent devant pour s’y prendre en selfies. Combien y en a-t-il, en France, des statues équestres de Louis XVI, des statues de Louis XIV, des statues de Napoléon ?

Il y a au fond deux manières principales d’aborder le monde, et si on les éclaire assez vivement pour en faire disparaître les nuances, elles se résument à ceci :

La première consiste à placer au-dessus de tout le reste le bien, à estimer justes tous les sacrifices nécessaires pour y parvenir, à être persuadé qu’il est la seule destinée humaine possible, le seul rempart contre une chute qu’il faut éviter coûte que coûte.

La deuxième consiste à voir le libre-arbitre comme une chose supérieure à toute autre, qui ne doit nullement être entravée, et dont il faut accepter que l’usage puisse conduire dans l’abîme, car sans possibilité de chute nul triomphe n’est possible.

Orgueil d’un côté, orgueil de l’autre.

Et puis bien sûr il y a les connards dans mon genre, qui pensent que le bien est un fantasme, le libre-arbitre une illusion, et pour qui l’abîme n’est qu’une pente douce descendant de la naissance à la mort, une sorte de plage qui n’en finirait pas, avec au bout la mer, ou non, je vous laisse libre de vos images, et, kilomètre après kilomètre, année après année, les jambes un peu plus lourdes, le sol un peu plus boueux.

Le reste, comme dirait Pascal, n’est que divertissement.

* Source : http://www.justice.gouv.fr/art_pix/stat_condamnations_2014.pdf
** Sources : http://www.tns-sofres.com/dataviz?type=1&code_nom=chirac1
et http://www.europe1.fr/politique/sondage-jacques-chirac-le-prefere-des-anciens-presidents-940162